Préambule
Congrès
: Nécessité des élites
Le
Cercle civique européen rassemble des associations et
des
personnes décidées à maintenir et à promouvoir
celles des
valeurs
qui ont engendré l’Europe chrétienne, et basées sur
le
Décalogue.
Il a tenu son deuxième congrès de Lausanne à la
Longeraie
sur Morges en présence d’une centaine de personnes, les
11
et 12 octobre 1997. Ce Congrès fut organisé au plan pratique par
le
Centre de documentation civique à Lausanne.
Le
livre ci-dessous contient les Actes de ce Congrès, selon
les
documents remis par les divers conférenciers. À la fin, le texte
de
M.
Christian Burgaud sur le Crédit social ne fait pas partie des Actes
au
sens thématique strict ; il présente une doctrine
élaborée par des
amis
canadiens. Un texte complémentaire de M. Etienne Couvert
figure
également en annexe. Une troisième annexe donne des notes
relatives
à l’exposé de M. François de Siebenthal.
Madame,
Monsieur, ne vous privez pas d'une joie extraordinaire
:
vous enrichir de la substance de toutes ces réflexions !
Sur
la revue Finalités
Le
Centre de documentation civique à Lausanne édite
depuis
1972 une revue de 20-30 pages paraissant dix fois par année,
consacrée
à la diffusion du droit naturel et chrétien, et utilisée
actuellement
par
le Cercle civique européen.
Les
articles publiés par le soussigné se présentaient au
cours
des années d’une manière assez variée, sous des
pseudonymes
parfois.
Il convenait je crois de permettre aux lecteurs un usage plus
ramassé
de leur collection. Actuellement, la presque totalité des articles
parus
de 1972 à 1980 se voit insérée dans le volume de quelque
350
pages intitulé: Agonie et transcendance I, qui donne une illustration
suivie
des problèmes posés aux citoyens, en rapport avec le droit
naturel
et chrétien. On peut ainsi assister à une sorte d’agonie
des
sains
principes, nécessitant sans se lasser le rappel de leur transcendance.
Le
lecteur désireux de rétablir un axe sûr dans le
comportement
en
politique peut le lire et même mieux, s’en inspirer en se
joignant
à deux ou trois amis, afin de réagir et d’agir, en usant
des
moyens
légaux : référendums, lettres de lecteurs à
diverses instances,
etc.
Le dos de la couverture donne quelques titres assez “accrocheurs”
je
crois, par exemple “Faire l’amour, c’est faire la
guerre”.
Mais
cela serait peu de chose sans le recours à l’essence de
notre
religion : la vie trinitaire dans toute sa splendeur. Sans la méditation
assidue
de cette vie, on erre. Le lecteur aura à coeur je l’espère
de
se procurer et de fréquenter le “Manuel de la cellule
trinitaire”,
qui
décrit les rites et la vie intime de la cellule, accompagnés des
textes
de
l’Écriture ou de la Tradition qui ont quelque résonance
civique.
La
cellule ainsi conçue est un centre de vie, génératrice de
vie
spirituelle et de vie civique.
Le
pape Jean-Paul II a rassemblé récemment à Paris un
million
de jeunes, fervents. Pour que cette rencontre soit bénéfique
pour
la société, il est désirable évidemment
qu’ils la prolongent en se
mettant
au travail, pour engendrer des élites solides, assidues, formées
à
la propagation du droit naturel et chrétien, chastes selon leur
état,
respectueux de la famille, des commandements, repoussant toute
compromission
avec l’avortement et autres turpitudes.
Les
deux livres mentionnés fournissent dans ce sens des
instruments
qui me semblent difficilement remplaçables.
Les
membres du Cercle civique européen et les autres orateurs
ont
chacun leur mode de rayonnement, qui apparaît au cours des
exposés
ci-dessous.
Puisse
la nécessité de vraies élites se dégager de ce
livre et
de
leur action !
Jean
de Siebenthal
Note
: Les photographies des orateurs apparaissent au
début
de leurs textes. Les personnes suivantes ont fonctionné en
qualité
d'organisateurs
ou de modérateurs :
Homélie
Abbé
Trauchessec
Le
thème retenu pour ce Congrès du Cercle Civique
Européen
: “Nécessité des élites “s’accorde
merveilleusement avec
l'Évangile.
En
effet les élites dans l'Église ce sont les élus, ce sont
ces
hommes
et ces femmes qui ont parfaitement répondu à l'appel du
divin
Maître :
“Vous,
soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.”
Le
Seigneur, qui nous aime d'un amour incommensurable
veut
pour chacun d'entre nous ce qu'il y a de meilleur, à savoir le bonheur
éternel
du Ciel dont jouissent les saints et les saintes, canonisés
ou
non, que nous fêterons, le 1er novembre, en la fête de tous les
saints
instituée pour n'en oublier aucun.
Cet
appel à la sainteté, le Seigneur, en bon pédagogue nous
en
fait mieux prendre conscience à travers des comparaisons telles
que
le levain dans la pâte, la lumière placée sur le lampadaire
ou le
sel
de la terre.
De
même, l’appel du Seigneur au jeune homme riche est
net,
sans équivoque et loin de la médiocrité, de la
tiédeur, de l'indifférence
qui
nous caractérisent le plus souvent !
Ne
nous arrive-t-il pas d'entendre dire ou de dire nousmêmes
ou,
au moins de penser : “Le Bon Dieu n'en demande pas
autant.”
?
Quelle
ignorance des Saintes Écritures ! Quelle ignorance
de
l'enseignement de l'Église dénotent de tels propos !
L'appel
à la perfection ne s'adresse pas seulement à
quelques-uns,
comme certains seraient tentés de le croire, à tort, mais
à
tous ! Le IIème Concile Œcuménique du Vatican a
magnifiquement
rappelé
cet appel universel à la sainteté dans le chapitre V de la
Constitution
dogmatique sur l'Église intitulée Lumen Gentium.
À
défaut de pouvoir le citer en entier, faute de temps, retenons,
au
moins, ce passage :
“Il
est donc bien évident pour tous que l'appel à la plénitude
de
la vie chrétienne et à la perfection de la charité
s'adresse à tous
ceux
qui croient au Christ, quels que soient leur état ou leur rang ;
dans
la société terrestre elle-même cette sainteté
contribue à promouvoir
plus
d'humanité dans les conditions d'existence. Les fidèles doi-
vent
appliquer les forces qu'ils ont reçues selon la mesure du don du
Christ,
à obtenir cette perfection, afin que, marchant sur ses traces et
devenus
conformes à son image, accomplissant en tout la volonté du
Père,
ils soient avec toute leur âme voués à la gloire de Dieu au
service
du
prochain. Ainsi la sainteté du peuple de Dieu s'épanouira en
fruits
abondants, comme en témoigne avec éclat l'histoire de
l'Église
par
la vie de tant de saints.”
La
méditation des paraboles déjà évoquées et de
ce texte
du
Magistère suprême ne doit-elle pas nous conduire à prendre
dans
la
cité les engagements, les responsabilités en fonction des talents
que
Dieu nous a confiés et dont nous aurons à rendre compte au soir
de
notre vie ?
À
ceux qui ont beaucoup reçu, il sera beaucoup demandé.
Sans
doute sommes-nous de ceux qui ont beaucoup reçu, à commencer
par
le don de la foi au jour de notre baptême.
Cette
foi nous devons l'entretenir, l'éclairer et la communiquer
sans
altération.
Lors
de la célébration du IVème centenaire de la mort de
Sainte
Thérèse d'Avila, en 1982, ne lisait-on pas sur l'affiche
éditée à
cette
occasion, une phrase dont elle est l'auteur :
“Le
monde est en feu… Ce n'est pas l'heure de traiter avec
Dieu
d'affaires de peu d'importance.”
Quelle
actualité dans ces paroles ! Quel cri d'alarme qui
devrait
secouer notre torpeur ! Devant les maux dont nous souffrons,
chaque
jour un peu plus, que faisons-nous ?
Au
début du siècle, Saint Pie X, le dernier pape canonisé,
ne
disait-il pas : “Si le Christ ne règne pas par ses bienfaits,
Satan
régnera
par ses méfaits.”
Quel
spectacle offre le monde à la fin de ce siècle, à
quelques
années du troisième millénaire ?
Loin
de baisser les bras, loin de nous laisser abattre par les
nombreuses
difficultés de l'heure, nous nous devons de réagir d'ur-
gence
à la manière des saints. D'abord en priant et ensuite en
travaillant
selon
la belle devise de Saint Benoît, Patron de l'Europe ;
“Ora
et Labora “.
Oui,
mettons-nous vite à l'œuvre avec ardeur pour faire
échec
à l'extension sournoise du marxisme qui continue malgré la
levée
du rideau de fer et la chute du mur de Berlin, pour faire échec
aux
lois civiles contraires aux lois divines telles celles sur l'avortement
et
le divorce. A l'heure où les criminels n'ont plus à craindre la
peine
de mort les innocents, par millions chaque année à travers le
monde,
sont assassinés dans le sein maternel. Dans tel pays, qui plus
que
d'autres devrait donner l'exemple de la fidélité, ce “crime
abominable
“
pour reprendre la vigoureuse et exacte expression employée
par
le IIème Concile Œcuménique du Vatican, est remboursé
aux
frais
des contribuables !
Que
faisons-nous pour que les lois civiles s’harmonisent
avec
la loi divine : “Que l'homme ne sépare pas ce que Dieu a uni
“,
à
l'heure où le libéralisme favorise le divorce par consentement
mutuel
?
Que
faisons-nous pour que la morale soit respectée, pour
que
les incitations permanentes à la débauche disparaissent de nos
rues
et de nos écrans de téléviseurs ?
Que
faisons-nous pour tenir en échec l'abominable proposition
de
loi sur l'infâme et répugnant “contrat d'union civile et
sociale
“qui
devrait prochainement être discuté au parlement français
pour
la
plus grande honte de ce Pays auquel le Pape Jean-Paul II a plusieurs
fois
posé la question avec insistance en 1980: “France, fille
aînée
de l'Église qu'as-tu fait des promesses de ton baptême ?''
Devant
de telles offenses à Dieu et aux hommes créés à
son
image, les saints ne craignaient pas de réagir avec vigueur et de
crier
haut et fort - souvent au péril de leur vie “à temps et
à contre
temps“
comme dit Saint-Paul, les droits imprescriptibles de Dieu
auxquels
les hommes doivent se soumettre sous peine de se condamner
eux-mêmes.
Les
mémoires seraient-elles si courtes pour ne plus se souvenir
de
la disparition de Sodome et Gomorrhe et de brillantes civilisations
égyptienne,
grecque et romaine, qui, elles aussi, ont sombré
dans
la luxure ?
Le
champ d'action qui s'ouvre à nous est vaste ; aussi a-ton
plus
que jamais besoin de saints. La nécessité des élites
a-t-elle
jamais
été plus nécessaire ?
Comme
les saints, usons des moyens préconisés par Saint
Paul
dans l'épître de ce jour et, comme eux, trouvons, dès ici
bas,
notre
bonheur dans la mise en œuvre du Décalogue !
“Heureux
ceux dont la conduite est sans reproche, et qui
suivent
la loi du Seigneur “nous dit l’Introït de cette messe du XXI
ème
dimanche après la Pentecôte. Là où un saint passe,
Dieu passe,
dit
le Saint Père.
Au-delà
des difficultés présentes, gardons courage et
confiance.
“Courage, petit troupeau, J'ai vaincu le monde “, nous dit
Notre
Seigneur.
À
la veille de fêter le 80e anniversaire de la sixième apparition
de
Notre-Dame du Très Saint Rosaire à Fatima, rappelons ses
paroles
pleines d'espérance :
“À
la fin mon Cœur Immaculé triomphera.”
Ainsi
soit-il
Abbé
Trauchessec
Homélie
prononcée le 11 octobre 1997 en la chapelle de la
Longeraie.
Familles
et élites
Daniel
Raffard de Brienne
Avant
d'aborder la question des élites, il faut commencer
par
définir le mot pour savoir de quoi l'on parle. Or le mot élite
réserve
des
surprises. À en croire les dictionnaires français,
l'élite, c'est ce
qu'il
y a de meilleur, c'est, pourrait-on dire, la crème, la fleur. Nos
amis
italiens et allemands expriment la même idée en parlant de fleur
:
fire ou Blume.
Mais
le mot élite vient du verbe élire qui signifie choisir,
tout
comme le portugais élite ou l'espagnol escogido. Il faudrait donc
comprendre
que l'élite est choisie comme étant ce qu'il y a de
meilleur.
Mais choisie par qui ?
En
fait on tombe en plein paradoxe. Si l'on se fie à un
choix
démocratique, car élire fait penser à élection,
selon quels critères
et
par quels moyens la masse des moins bons peut-elle désigner
les
meilleurs ? Au demeurant, être meilleur est une qualité
intrinsèque
qu'aucune
élection ne peut conférer ; tout au plus pourrait-on
reconnaître
les meilleurs, si l'on en est capable, mais non rendre
meilleurs
les gens que l'on désigne. Ouvrons ici une parenthèse pour
limiter
notre sujet. On peut être le meilleur dans n'importe quelle
catégorie,
aussi bien sur le plan physique que psychique ou moral,
sans
que cela ait d'incidence sur la vie de la société. Mais nous ne
parlerons
ici
que des élites qui jouent un rôle, par voie de hiérarchie
ou
par
influence morale, dans le gouvernement de la société.
Or
la démocratie, pour sa part, s'oppose à la notion même
d'élite
contraire à ses deux dogmes fondateurs et d'ailleurs contradictoires
:
la liberté et l'égalité. La liberté, telle que la
prône le libéralis-
me,
aboutit à l'inégalité par la libre domination des plus
faibles par
les
plus forts. L’égalité, fondement du socialisme, se trouve
contrainte
de
brider la liberté en s'appuyant toujours, comme l'a montré
Chafarevitch,
sur une nomenklatura, c'est-à-dire une classe supérieure
de
fonctionnaires. Ainsi la liberté et l’égalité en
viennent à créer la
contrainte
et l'inégalité. L'aboutissement de la démocratie, c'est en
fait
l'oligarchie, le gouvernement d'un petit nombre. Et, en fin de
compte,
comme le dit la dernière encyclique pontificale, la démocratie
mène
au totalitarisme.
L'oligarchie
issue du processus démocratique est bien, par
ses
origines et par ses modalités d'accession au pouvoir, tout le
contraire
d'une élite, c'est-à-dire du meilleur. Certes tout homme jouit
de
la liberté de choisir le bien moral et toutes les âmes sont
égales
devant
Dieu, mais il s'agit là de valeurs surnaturelles. Tout système
qui
se veut angélique et qui n'est que la répétition du
péché originel,
tout
système qui entend transformer artificiellement les valeurs
surnaturelles
dans
le domaine naturel aboutit à une inversion des
valeurs.
L'élite née de la démocratie n'est donc qu'une
contre-élite.
On
pourrait en dire autant de tous les élitismes que certains,
comme
la Nouvelle Droite, veulent instaurer artificiellement
sans
qu'ils soient enracinés dans la nature.
Car
la véritable élite ne provient pas d'une élection, non
plus
que d'une fabrication arbitraire. Elle est d'abord inhérente à
l'inégalité
naturelle.
Il
faut être intellectuellement aveugle pour ne pas voir que
toute
l'organisation et même toute l'harmonie de la création sont
fondées
sur
l'inégalité, une inégalité voulue par Dieu. Toute
doctrine
égalitaire
constitue donc un refus du plan de Dieu, une révolte, un
péché
contre Dieu. Elle est aussi une absurdité. Car, même si l'on s'en
tient
à l'espèce humaine, on n'y voit que des inégalités.
Inégalités
physiologiques
: le sexe, l'âge, la race. Inégalités physiques : la
beauté,
la
force, la santé. Inégalités intellectuelles et mentales.
Inégalités
morales.
Toute
l'organisation sociale humaine est fondée sur ces
inégalités.
Sans inégalités, il n'y aurait pas de société,
seulement une
juxtaposition
d'êtres semblables.
La
famille est la cellule de base de la société naturelle.
C'est
pourquoi, d'ailleurs, toute idéologie qui prône la construction
d'une
société artificielle commence par essayer de détruire la
famille.
Rien
n'est plus inégal que l'organisation de la famille : les charges, les
responsabilités,
l'autorité y sont distribuées en fonction de l'état de
chacun.
C'est
à partir de la famille que s'élève la pyramide des
sociétés
naturelles pour répondre aux différentes nécessités
de la vie
temporelle.
Il n'y a pas de modèle unique de cette pyramide. Les aléas
de
l'histoire et les contraintes géographiques amènent des solutions
différentes.
Mais
il y a néanmoins des constantes. Et parmi ces constantes,
on
note l'existence à tous les niveaux d'oligarchies. Parmi les
hommes,
parmi les chefs de famille, certains sont plus forts, plus
compétents,
plus riches. Ils forment un groupe social, ou même une
classe,
qui domine la société et y exerce la réalité du
pouvoir. Cela
aussi
résulte de l'inégalité naturelle que l'on est bien
obligé de prendre
en
compte si l'on ne rêve pas d'utopies fumeuses.
Et
cela se vérifie tout au long de l'histoire comme sur toute
la
surface de la Terre. On pourrait multiplier les exemples et citer,
entre
mille autres cas, les patriciens de Rome, les incas du Pérou ou
les
mandarins de Chine. Toutes oligarchies obéissant par ailleurs à
des
modalités de fonctionnement très différentes.
Mais
peut-on appeler élites ces oligarchies ? L'élite, c'est
le
meilleur. S'agissant de son action au niveau du pouvoir social, on
devrait
parler d'aristocratie, c’est-à-dire du gouvernement des
meilleurs.
Or
il n'est que trop certain que, dans biens des cas, l'oligarchie
s'exerce
au profit de ses membres, au détriment des classes
moins
favorisées qu'elle devrait aider et protéger, et sans réel
souci du
bien
commun. Sans même chercher dans l'histoire des exemples de
ce
comportement, il suffit de regarder comment agissent les oligarchies
nées
artificiellement des utopies démocratiques, libérales ou
socialistes.
Les chroniques judiciaires sont remplies de leurs exploits.
Pour
qu'une oligarchie mérite le nom d'élite ou d'aristocratie
et
en joue réellement le rôle, il faut qu'elle exerce le pouvoir en
vue
du bien commun, que toute son influence et toute son action
soient
guidées par des règles morales. Autrement dit, il faut qu'elle
applique
consciemment le plan de Dieu.
C'est
ce que l'on a pu voir se réaliser en Europe au cours
des
siècles de chrétienté. Prenons l'exemple de la France.
L'effondrement
des structures de l'État antique et l'insécurité
générale
y ont amené l'apparition d'un régime assez étonnant : la
féodalité.
Un régime en principe idéal puisqu'il repose sur une pyramide
de
liens personnels, d'homme à homme pratiquant l'entraide et
l'échange
des services. Je ne veux pas faire de la féodalité un tableau
angélique.
Comme disait Jacques Bainville, “tout a toujours très mal
marché
“. Et selon le Curé d'Ars : “partout où il y de
l'homme il y a
de
l'hommerie”. La féodalité était donc imparfaite,
comme l'homme,
comme
toute institution humaine.
Elle
était menée par une classe dirigeante, une noblesse
qui
aurait pu n'être qu'une oligarchie jouisseuse et égoïste
comme nos
modernes
oligarchies. Mais elle était profondément chrétienne,
animée
par
l'idéal de la chevalerie, soucieuse du bien commun et du
règne
de Dieu. Elle était une élite, une aristocratie, sans laquelle la
France
n'aurait jamais eu d'âme, sans laquelle l'épopée des
croisades
n'aurait
pas freiné l'invasion islamique.
Plus
tard, la féodalité n'a plus correspondu aux
nécessités
de
l'histoire, alors qu'un État se reconstituait au détriment des
autonomies
régionales.
Mais jusqu'à la Révolution, la pyramide des
sociétés
naturelles a subsisté. La noblesse est restée une élite en
continuant
de donner l'exemple de l'honneur et du service.
Les
forces mercantiles qui substituent “l'économisme” à
la
chrétienté
ont déclenché la Révolution. Le règne du “roi
très chrétien”
s'est
achevé le 10 août 1792 dans le sang de ses derniers défen-
seurs.
Ce sera la gloire de la Suisse d'avoir donné au roi ses derniers
et
héroïques défenseurs.
On
connaît la suite. Depuis deux siècles, la France,
l'Europe,
le monde roulent vers l'abîme dans un torrent de boue et de
sang.
Il
n'y aura de salut que dans le retour aux valeurs traditionnelles,
celles
qui dans le plan de Dieu et donc selon les principes
du
christianisme doivent organiser et conduire la société. Il y faut
l'exemple
et l'influence d'une nouvelle élite, d'une nouvelle aristocratie.
L'histoire
ne remonte pas le temps. Il n'est pas question de
recréer
l'ancienne noblesse. Mais il n'est pas interdit de penser que la
nouvelle
élite pourrait prendre exemple, non sur les vanités, mais sur
les
vertus de l'ancienne noblesse.
C'est
pourquoi, sans nul doute, le grand pape Pie XII,
comme
le rappelle dans son livre le professeur Plinio Correa de
Olivera,
s'est si souvent adressé à la noblesse, et plus
spécialement à
la
noblesse italienne. L'ancienne noblesse a encore un rôle à jouer,
en
transmettant
à l'avenir ce qu'elle a reçu du passé, en jetant un pont
par-dessus
l'histoire entre la chrétienté détruite et la
chrétienté à construire.
Daniel
Raffard de Brienne
Élites
et principe de Subsidiarité
Philippe
Maxence
Mesdames,
Mesdemoiselles, Messieurs,
C'est
pour moi un grand honneur et une grande joie que
d’être
présent aujourd'hui à cette tribune pour ce Congrès du
Cercle
civique
européen et du Centre de documentation civique. Je remercie
particulièrement
Monsieur Jean de Siebenthal qui m'honore de sa
confiance
en me permettant d’évoquer aujourd'hui avec vous deux
éléments
indispensables de toute réforme sociale et politique catholique
:
le principe de subsidiarité et la nécessité des
élites à tous les
niveaux
du corps social.
J'avoue
avoir quelques scrupules à évoquer ces deux thèmes
car
il y faudrait une expérience que je suis loin de posséder et
surtout,
je suis l’hôte d'un pays où ces deux éléments
restent des
réalités
vécues alors qu'elles sont, pour nous Français, des espoirs
à
retrouver.
Avant d'entrer dans une présentation sommaire du principe
de
subsidiarité et de ses liens avec les élites, brossons rapidement
un
tableau
des grands axes vers lesquels le monde semble se diriger.
I
Où en sommes-nous aujourd’hui ?
Toute
démarche qui se veut réaliste doit, en effet, s'appuyer
sur
des données facilement vérifiables. Affirmer aujourd'hui
que
le monde se trouve dans une phase de mondialisation accrue n'a
pas
besoin d'une longue démonstration. Ouvrons seulement les yeux.
Les
moyens de communication, du satellite à Internet, les produits
manufacturés,
la rapidité des voyages, l'uniformisation vestimentaire
de
la jeunesse, l'existence d'une Organisation des Nations Unies,...
autant
de signes parmi d'autres de cette volonté de faire de la terre un
grand
village global, sans frontières, sans particularismes, sans
héritage,
sans
identité propre à chaque pays, à chaque nation.
Mais
la mondialisation est à la fois un fait acquis et une
volonté
politico-idéologique qui n'a pas encore abouti.
C'est
un fait acquis au point de vue des techniques ou des
échanges
économiques.
Et
en même temps, le mondialisme n'est pas encore parvenu
à
toutes ses fins, et notamment à la disparition des nations et à
l’établissement
d'un
gouvernement mondial.
D'autant
que nous pouvons remarquer une autre tendance
:
celle du particularisme exacerbé, de l'ethnicisme, du
séparatisme.
Regardons
les affrontements inter-ethniques en Afrique, les luttes
entre
castes en Asie. Pensons plus près de nous aux ravages de la
guerre
dans les Républiques de l'ex-Yougoslavie. Sans oublier, bien
sûr,
les problèmes du Liban ou les affrontements entre communautés
aux
États-Unis.
Or
qu'est-ce que tout cela révèle ? Tout simplement que le
monde
est pris dans une tension entre la mondialisation et le particularisme.
L'utopie
rattrapée par l'histoire et la réalité. L'Europe
ellemême,
je
veux dire l'Europe de la Communauté européenne est prise
dans
cette tension, insoutenable à long terme. Elle vise à l'union
mais
par
la disparition des nations. À la place, elle prévoit
l’établissement
de
régions qui dépendront entièrement du pouvoir central
bruxellois.
En
1992, le ministre des Affaires étrangères de l'Allemagne a ainsi
présenté
une carte d'Europe entièrement redécoupée en trois
régions
économiques,
plus ou moins autonomes, et qui avaient toutes pour
pivot
central l'Allemagne. Au mépris de l'histoire, au mépris de la
réalité
politique présente, la France et l'Italie étaient tout bonnement
découpées
en deux.
Le
monde, l'Europe se trouvent donc aujourd'hui pris entre
le
particularisme exacerbé et le mondialisme, entre l'atome et le
gigantisme,
entre la désagrégation et la fusion. À terme, c'est
l'homme
qui
risque de se replier sur lui-même en échappant à son besoin
d'universel.
Tout autant il risque d’être écrasé en manquant
à son
besoin
d'enracinement. En tous les cas la tension entre les deux sera
intenable.
I1
faut donc une réforme politique. Totale. Elle ne sera pas
suffisante
à elle seule, c'est entendu. Mais elle est incontournable car
la
fonction du politique est bien d'assurer le bien commun temporel.
Et
c'est ce qui est aujourd'hui dramatiquement en jeu.
La
doctrine sociale de l'Église apporte pour sa part les
principes
auxquels il faut revenir pour sortir de ce chaos : la primauté
du
bien commun, le principe de l'autorité et le principe de
subsidiarité.
Les
trois termes sont inséparables.
II
Le principe de subsidiarité
Pourquoi
attacher aujourd'hui tant d'importance au principe
de
subsidiarité ? Pour deux raisons au moins, étant entendu qu'il y
en
a beaucoup d'autres que je ne présenterai pas ici. La première de
ces
raisons est tout simplement que correctement compris et appliqué,
ce
principe de subsidiarité est d'une étonnante actualité.
Plus
qu'hier,
si c'est possible, il permet de résoudre cette tension que
j’évoquais
tout
de suite entre le gigantisme et l’atomisation. Je dis plus
qu'hier
bien que ce principe corresponde tellement à la nature humaine
—
c'est là son profond réalisme — qu'au fond il ne varie pas
dans
le
temps. Seules les circonstances varient et appellent le jugement du
gouvernant.
Et les circonstances aujourd'hui rendent le principe de
subsidiarité
d'une grande urgence.
La
deuxième raison vient de ce que l'Église au XXème
siècle
a insisté de façon de plus en plus pressante sur la
nécessité de
recourir
au principe de subsidiarité comme règle de vie sociale. Ce
n'est
pas l'Église qui a inventé le principe de subsidiarité. Il
est, en
quelque
sorte, inscrit dans la nature humaine. Subsidiarité comme
vous
le savez vient de subsidium, qui veut dire aide. Il est important
de
recourir ici à l’étymologie car beaucoup — et parfois
de bonne foi
—
pensent substitution plutôt qu'aide. Or il s'agit de tout le contraire.
Il
s'agit de substituer le moins possible mais, par une aide appropriée,
si
elle est nécessaire, d’éduquer à la
responsabilité. C'est en cela que
l'on
peut dire que ce principe — au nom barbare, je vous l'accorde,
intraduisible
dans certaines langues, le danois par exemple — découle
de
la nature humaine. La mère aide son enfant à manger mais dans
le
but de l'aider à acquérir la faculté de manger seul.
Autrement dit
que
l'enfant acquiert la responsabilité de lui-même pour cette
fonction
importante
de la nutrition.
Là
aussi un peu d’étymologie peut nous aider à comprendre
ce
que nous voulons dire. Responsable vient de respondeo, répondre.
Être
responsable, c'est avoir la capacité, le pouvoir, de répondre
de
ses actes, d'expliquer, de justifier pourquoi nous avons posé tel
acte,
décidé telle chose. À un degré supérieur,
c'est la qualité éminente
du
chef, de l'autorité, des élites. Nous nous approchons par
là
du
lien entre subsidiarité et élites.
Venu
de l’expérience humaine, le principe de subsidiarité
a
été en quelque sorte formulé scientifiquement par
l'Église. Cette
définition,
reprise depuis lors mais avec une portée toujours agrandie,
se
trouve dans Quadragesimo anno de Pie XI, paragraphes 86 ou 87.
On
peut résumer ce principe en trois points :
1°)
premier point : laisser les personnes responsables agir
par
elles-mêmes si elles en ont les capacités. Autrement dit respecter
leur
faculté d'initiative, le fait qu'elles soient cause responsable de
leurs
actes;
2°)
deuxième point: faciliter, aider les personnes responsables
pour
leur permettre, si elles n'en ont pas encore les capacités,
d’assumer
pleinement ces responsabilités ;
3°)
enfin troisième point, si, pour un temps, ces personnes
s’avèrent
vraiment incapables d'assumer ces responsabilités, on va
suppléer,
faire à leur place mais dans l’idée de tout faire pour les
former
afin
qu'elles agissent un jour par elles-mêmes.
Vrai
pour les personnes, ce schéma s'applique également
aux
communautés de toutes tailles. On peut résumer encore ce principe
en
trois mots : respecter, aider, suppléer. Le tout orienté en
direction
de
l’éducation à la responsabilité.
J'ai
donné tout de suite un sens actif au mot responsable.
Mais
il y a aussi un sens passif. On est responsable quand on subit les
conséquences.
Prenons l'exemple de l’éducation des enfants. Qui est
responsable
? Les parents ? L’école ? L'État ? Vous savez ce que
répondent
les idéologies. Mais la réalité ? La question à
poser est
celle-ci:
qui supporte, avant tout, en premier, au plan moral comme
au
plan matériel les conséquences d'une mauvaise éducation ?
Qui,
sinon
les parents ? Les premiers, les parents récoltent les fruits de
l’éducation
donnée
à la maison, poursuivie à l’école ou dans les
mouvements
de
jeunesse. Les parents, avant même les enfants euxmêmes,
qui
ne sont pas cause responsable de leurs actes, sont comptables
de
l’éducation. Sur la terre comme au Ciel. Certes, si les
enfants
volent ou agressent d'autres personnes, la responsabilité de
l'État,
dans ses fonctions de police, rentre alors en jeu. Oui, mais ce
n'est
pas de l'enfant en tant que sujet d’éducation dont
l’État est
responsable.
C'est de la sécurité des citoyens. Et, à ce titre,
l'État va
se
tourner vers les parents pour qu'ils payent et réparent.
Appliqué
au problème scolaire tel que nous l'avons en
France,
quel est le pouvoir des parents en matière d’éducation ?
L'Éducation
nationale, en France, se charge de tout. Son ingérence
totale
annihile les pouvoirs des véritables et premiers responsables.
Le
nœud géométrique du problème du principe de
subsidiarité, du
problème
politique se trouve justement là : dans cette confiscation du
pouvoir
de ceux qui ont pourtant les responsabilités et l'autorité
naturelle.
Nous
assistons depuis 1789 à la confiscation des pouvoirs des
responsables
naturels par des officines, par des idéologues, par des
classes
et des partis fabriqués artificiellement, par des élites
nouvelles
qui
n’étant plus confrontées aux conséquences de leurs
décisions
entretiennent
et aggravent une situation déjà dramatique.
Propos
réactionnaire ? Le très sérieux et tout aussi peu
réactionnaire
quotidien du soir français, Le Monde, dans son édition
du
9 septembre, sous le titre La France malade de ses élites ? remarquait,
à
propos de l’élite sortie de l'Ecole Nationale d'Administration
(ENA)
: «ce mélange de formation généraliste et de pseudo-expertise
sans
débat ni recours au terrain semble toucher ses limites».
«Sans
recours
au terrain», c'est-à-dire sans l’expérience
véhiculée par
l'exercice
de véritables responsabilités sociales et politiques. Le
Monde
le constate bien d'ailleurs : «de jeunes bêtes à concours
sont
sélectionnées
et formatées par le système scolaire pour être
propulsées
ensuite
sans expérience professionnelle à des postes de décisions.
»
Pardonnez-moi de m'appuyer, une fois n'est pas coutume je
vous
assure, sur ce dossier du Monde. Car le journal de référence de
la
République laïque française va plus loin. Il enfonce le clou
: « il
existe
en France une élite dirigeante qui ne connaît pas la sanction de
l’échec
». Ce que Le Monde en bon français appelle « l'absence de
responsabilité».
Nous
nous trouvons en France dans une situation où —
c'est
une image — le pouvoir tient le marteau et les vrais responsables
le
clou. Quand la même personne possède à la fois le pouvoir
—
le
marteau — et la responsabilité — le clou — habituellement
cela
fonctionne
bien. Quand ce n'est pas le cas, il y a matière à enseignement.
On
corrige parce qu'on subit alors directement les conséquences
de
ses actes. La grande leçon du principe de subsidiarité
réside là
:
laisser aux gens le marteau et le clou, autrement dit laisser aux
responsables
le pouvoir. Car nous entrevoyons très bien quelles peuvent
être
les réactions lorsque les deux sont dissociés. Si je tiens le
marteau
et que vous tenez le clou, vous ne jouerez pas longtemps
avec
moi à ce petit jeu-là. Car la peur vient très vite. La
peur et le
repli
sur soi. S'installe alors le règne de la déresponsabilisation. Et
quand
arrive un problème, on ouvre le parapluie. Pour se protéger. Ce
n'est
pas moi, c'est lui.
Au
niveau de la société, les responsabilités, les domaines
de
compétence qui devraient être du ressort des communautés
intermédiaires
sont
rejetés sur l'État. Conclusion logique, l'État doit tout
prendre
en charge. Et quand l'État se défausse à son tour, parce
que
cette
déresponsabilisation est installée institutionnellement, alors on
abandonne
les responsabilités du pouvoir à une super technostructure
qui
s'appelle l'Europe de Maastricht ou l'ONU. En terme politique,
c'est
un abandon de souveraineté et l'application du principe de
subsidiarité.
Mais
à l'envers.
III
Les élites
Et
l’élite dans tout cela ? Nous avons tendance à confondre
élite
et aristocratie. À cela, rien de plus normal. Si l'on entend le
terme
aristocratie — non pas au sens strict de gouvernement des
meilleurs
— mais au sens plus élargi, de composante du meilleur
régime
présenté par saint Thomas d'Aquin dans la Somme
théologique
(I-II,
Q105, 1), il est normal que nous établissions cette parenté
entre
élite et aristocratie. Mais la situation d'aujourd'hui est loin de
nous
plonger dans ce cas. L'article du Monde que je citais tout à
l'heure
le montre bien. Il nous faut donc distinguer entre élite et
aristocratie,
ou
plus simplement entre véritables élites et fausses élites.
Le
portrait de cette dernière nous l'avons en quelque sorte dressé
il y
a
un instant. N'ayant pas les conséquences de ces décisions, en
raison
de
la dissociation du couple pouvoir-responsabilité, cette fausse
élite
voit
s'ouvrir devant elle un vaste champ de turpitudes : fausses factu-
res,
délit d'initié, prébendes, pressions en tout genre,
etc… L’actualité
récente
est suffisamment éloquente à ce sujet.
Quel
sera alors le rôle d'une véritable élite, des
véritables
élites
? Et d'abord peuvent-elles encore exister ? Recourons une fois
encore
au sens des mots. Le mot élite vient d’élire. Rien qui
à première
vue
nous conduise au sens actuellement entendu du terme : les
meilleurs,
les plus compétents. Le regretté Marcel de Corte l'a très
bien
expliqué : «toute élection implique désignation à
une dignité, à
une
fonction par un choix. L’élite suppose donc l'approbation
d'autrui,
entendue
non pas au sens de suffrage universel ou d’élection
démocratique,
mais au sens d'estime plus ou moins diffuse dans un
groupe,
sans le moindre caractère artificiel de propagande, avec une
sorte
de reconnaissance naturelle et spontanée de ceux qui sont “les
meilleurs”
dans ce groupe» (in L’Homme contre lui-même, NEL
1962,
page 108). Autrement dit, l’élection dont il s'agit, le choix qui
s’opère
quand il s'agit de l’élite vient de la reconnaissance de la
compétence.
Ce
n'est pas d'abord la fonction qui fait l’élite. Le Monde le
reconnaît
lui-même aujourd'hui. C'est la compétence qui conduit à la
fonction.
Ou plus exactement c'est la compétence, le savoir-faire, les
services
rendus qui donnent l'autorité absolument nécessaire au rôle
de
l’élite.
Nous
ne sommes pas ici dans le seul registre subjectif du
dévouement,
du désir même de servir bien qu'il faille son existence
au
point de départ. Nous sommes dans le registre de l'autorité
réelle
née
de la reconnaissance objective, par les faits, du service rendu, de
la
compétence apportée. Un médecin n'est pas un grand
médecin
parce
qu'il désire se dévouer corps et âme aux malades. Un
médecin
est
grand parce qu'il s'est dévoué corps et âme aux malades,
avec une
réelle
compétence et une véritable efficacité. Autrement dit
parce
qu'il
a associé de manière éminente les pouvoirs (de soigner)
que lui
conférait
sa responsabilité (de médecin). Un maire d'une commune
est
un véritable homme politique parce que ses choix en vue du bien
commun
de sa cité conduisent effectivement au mieux vivre en commun
des
habitants de la cité et non pas simplement parce qu'il désire
atteindre
le bien commun. Et cela nous amène à un deuxième
caractère
de
l’élite. Car si la compétence conduit à la fonction,
à l'autorité
naturelle,
celle-ci donne à l’élite un caractère social, une
signification
sociale.
«L’élite explique Marcel de Corte émane d'une
communauté
dont
elle partage le destin avec plus de vigueur et de lucidité que les
autres».
Cette vigueur et cette lucidité tiennent inévitablement,
quoique
pas seulement, à une capacité très grande d'assumer des
responsabilités
sociales et politiques au sein des communautés dans
lesquelles
sont plongés ceux qui constituent l’élite.
L’élite véritable
est
au service du bien commun. Et ce service dicte ses devoirs.
Au
plan social et politique qui est le nôtre, le rôle d'une
élite
sociale et politique est donc de créer les «conditions publiques
normales
et stables telles qu'aux individus aussi bien qu'aux familles
il
ne soit pas difficile de mener une vie digne, régulière, heureuse
selon
la loi de Dieu» C'est là une définition du bien commun
donnée
par
le pape Pie XII le 8 janvier 1947. Plus prosaïquement on peut
définir
le rôle de l’élite comme devant créer les conditions
qui permettront
au
plus grand nombre d'avoir intérêt à bien faire ou à
faire
le
bien. Cela revient finalement à exiger le principe de
subsidiarité en
règle
de vie sociale. Si l'on reprend l'image du clou et du marteau utilisée
tout
à l'heure pour résumer en quelque sorte ce principe, nous
voyons
fort bien que lorsque nous avons le clou et le marteau nous
avons
intérêt à bien faire. À bien faire quoi ? Ce qui est
de notre
devoir,
de nos responsabilités. Tout le rôle du politique, tout le
rôle
politique
des élites consistera donc à créer dans les
communautés
dont
ils ont la charge les conditions pour que les personnes aient
intérêt,
c'est-à-dire
le pouvoir, à bien faire leurs devoirs. Dans Retour au
réel
Gustave Thibon écrivait déjà : « les hommes ont
perdu le sens du
devoir,
gémit-on devant la profonde incurie de tant de membres de la
société
moderne. Cet état de chose soulève une question essentielle :
ces
hommes qui ne font pas leurs devoirs ont-ils vraiment intérêt
à le
faire
? Ayons le courage de l'avouer : tant que nous n'aurons pas construit
un
ordre social où l'individu se trouve soudé à sa fonction
par un
système
de récompenses et de sanctions immédiates et personnelles,
il
ne faudra pas nous étonner des éclipses du sens moral». Et
Thibon
de
conclure :«C’est précisément dans une époque
comme le Moyen
Âge
où, depuis le prince jusqu'au dernier artisan,
l’intérêt des hommes
faisait
le plus intimement corps avec leurs devoirs, qu'on a vu
fleurir,
dans tous les milieux le plus de héros et de saints»
(Lardanchet,
1943, pages 162 à 166). Autrement dit une véritable
élite.
IV
Conclusion
Pour
conclure revenons au principe de subsidiarité. On
peut
lui attribuer deux portées significatives : une négative, l'autre
positive,
de deux façons. De manière négative, ce principe limite
dans
une certaine mesure l'intervention de l'État ou de tout groupement
supérieur
par rapport aux communautés intermédiaires ou inférieures.
De
façon positive, le principe de subsidiarité donne, en
revanche,
la mesure d’après laquelle l'intervention de l'État ou
d'une
communauté
hiérarchiquement placée au-dessus d'une autre est possible.
Mais
tout aussi fondamentalement, ce principe a valeur directive
pour
l'ensemble de la vie sociale à tous les niveaux : famille, école,
entreprise,
etc…
Le
rôle des élites doit éminemment tenir compte de cet
aspect
des choses.
a)
Elles doivent réactiver l'ensemble du corps social. Mais
non
pas de façon arbitraire ou idéologique. Mais parce qu'elles sont
membres,
de façons diverses, des communautés qui forment ce corps
social.
Le père de famille doit créer les conditions où les
membres de
sa
famille auront intérêt à bien faire ; le chef d'entreprise
doit créer
les
conditions pour que les cadres, employés, ouvriers aient
intérêt à
bien
accomplir leur tâche, le chef de la commune, le bourgmestre
pareillement,
etc.
b)
Les élites doivent, d'une manière plus urgente aujourd'-
hui
qu'hier limiter l'extension du rôle de l'État ou de toute
technostructure
européenne
ou mondialiste qui viserait à confisquer tout
espace
de liberté, c'est-à-dire finalement tout exercice du pouvoir et
de
la responsabilité correctement associés.
Cette
élite politique et sociale, ne l'attendons pas du ciel.
Pas
seulement du moins. Elle doit naître de nos efforts, de notre travail,
de
notre abnégation au service du bien commun. Il faut la former
dans
des cellules d’études, spéculatives et pratiques. Il faut
qu'elle
rayonne
autour d'elle afin de redonner courage, confiance au plus
grand
nombre si souvent désemparé. Elle pourra ainsi exercer une
influence
bénéfique et réelle qui découlera non pas de
l'application de
techniques
et de trucs mais de la fécondité de l'autorité naturelle
qu'elle
aura acquise et de la diffusion de la vérité qu'elle entretiendra
par
capillarité. Ces élites doivent enfin se connaître,
établir des
contacts,
par réseaux afin d'exploiter au maximum les mille et une
possibilités
qui lui sont offertes quotidiennement. Ainsi elles pourront
espérer
voir un jour couronner leurs efforts par le rétablissement
du
Règne social du Christ, règne très doux, règne de
paix, cette tranquillité
de
l'ordre à laquelle nous aspirons tous pour remplir nos
devoirs
d’état et le premier de tous : « louer, honorer et servir
Notre
Seigneur
».
Philippe
Maxence
Directeur
délégué du mensuel catholique La Nef.
Note:
Né
en 1965, marié et père de quatre enfants, Philippe
Maxence
a suivi des études de philosophie thomiste. Il est diplômé
de
la
Faculté libre de philosophie comparée (FLPC) et du Centre de
perfectionnement
des
journalistes de Paris (CPJ). Il a collaboré à La
Presse
française – -Le Nouvel Hebdo, à L'Homme nouveau, au
réseau
radiophonique catholique Radio Espérance et il collabore à
l'Action
familiale et scolaire. Après avoir été responsable de
l'information
de
Radio Espérance, il est aujourd'hui directeur
délégué de La
Nef.
La
pénétration maçonnique
dans
la société chrétienne
Étienne
Couvert
Le
problème qui se posa d'abord aux révolutionnaires pour
détruire
la Société chrétienne fut celui-ci :
Comment
pénétrer dans cette société et peu à peu en
détruire
les structures politiques et sociales, puis les convictions religieuses
?
Il
fallait donc d'abord séduire l'opinion catholique en lui
faisant
absorber des principes destructeurs présentés comme des
idées
nourricières. Il fallait ensuite écarter la méfiance ou
l’hostilité
des
autorités politiques et religieuses (rois et pape) d'où la
politique
du
secret et le respect au moins apparent des convictions chrétiennes.
Il
fallait patiemment substituer sans jamais le dire une pensée gauchie
par
des falsifications successives, progressives mais insensibles, à la
pensée
chrétienne ; il fallait une tolérance officielle des loges en
organisant
un
recrutement initial, défectueux, parce qu'imprégné de
mentalité
chrétienne,
mais déjà apte à recevoir quelques germes nouveaux.
Ainsi
la Constitution maçonnique d’Andersen affirme les
principes
qu'elle veut détruire, mais elle prépare les déformations.
Elle
proclame l'existence de Dieu, le respect de la religion, mais elle
se
déclare philosophique et progressive. Elle affirme que son but est
“la
recherche de la vérité et la liberté de conscience”
; contradiction
énorme:
comment rechercher la vérité, si l'on doit respecter toutes les
religions
? Comment garder sa liberté de conscience, si l'on doit professer
l'existence
de Dieu ? On commence à préparer les “vagues
d'assaut
successives contre l'Église Catholique“. La tolérance ne
peut
se
combiner avec le respect de toutes les religions, puisque certaines
sont
intolérantes. La recherche de la vérité suppose la
suppression de
tous
les dogmes religieux, puisqu'ils sont immuables et qu'ils sont
déjà
une vérité acquise. Les Papes condamnent-ils la F.M.? Ils
manifestent
par
là leur intolérance et leur attitude provocante.
La
F.M. avait préparé aussi l'aveuglement des pouvoirs
politiques.
Il lui fallait se donner une façade plaisante, mondaine pour
détourner
toute méfiance et obtenir l'autorisation d'exister, condition
absolument
nécessaire pour agir efficacement sur une population profondément
chrétienne,
dont l'éducation religieuse avait depuis des
siècles
imprégné l'âme.
1)-
La F.
M. est une Société d'Éducation
Révolutionnaire.
Il
n’était pas possible pour les dirigeants, de donner directement
des
ordres et d'exiger l'obéissance sans se dévoiler et se rendre
vulnérables.
Il fallait donc procéder autrement.
Parmi
le tout venant des adhérents aux loges, il fallait opérer
une
sélection : les hommes honnêtes et paisibles s'éliminent
peu à
peu
: soit dégoût des rites bizarres ou stupides, soit
indifférence : la
porte
de sortie est largement ouverte. Il suffisait d’écouter un
enseignement
plus
inquiétant pour obtenir le dé part des initiés
restés relativement
honnêtes
: c'est une première forme d’épuration, lorsque la
F.
M. prépare une action plus fortement révolutionnaire. Les
départs
sont
compensés par des nouvelles recrues. Restent les ambitieux, les
mécontents.
Il suffit de renforcer un enseignement plus “philosophique,
progressif
et éclairé”.
--
Il reste à les convaincre qu'ils travaillent en vue du progrès
de
l'humanité, qu'ils sont les champions d'un ordre nouveau,
enfin
libérés des vieilles vertus routinières.
Les
dirigeants maçonniques utilisent deux méthodes
remarquables
pour obtenir cette éducation révolutionnaire :
a)
La double hiérarchie : une hiérarchie administrative
officielle
qui maintient un appareil institutionnel relativement anodin,
et
une hiérarchie secrète : celle des hauts grades dans laquelle les
initiés
ne sont pas élus par la base, mais cooptés par les grades
supérieurs.
Les
grades administratifs élus sont renouvelés annuellement et
démocratiquement
: ils sont l'image même de nos gouvernements
modernes.
Les hauts grades sont obtenus par une sélection rigoureuse
des
plus convaincus et sont conférés à vie.
b)
Les “cercles intérieurs” où se pratique 1a dynamique
de
groupe.
Par atelier, un petit nombre d'adhérents, environ une vingtaine
;
circulation libre et fréquente des hauts gradés au cours des
tenues
d'ateliers,
qui se déroulent toujours selon un rit à caractère
religieux
pour
imposer même aux sceptiques une certaine crainte respectueu-
se.
Or, avant la tenue d'un atelier, les hauts gradés se sont réunis
entre
eux
; ils ont mis au point la direction des débats, les idées
dominantes
à
faire pénétrer dans les esprits et à faire adopter. Ils se
retrouvent
à
deux ou trois, parmi la masse des frères non initiés ; ils n'ont
pas
d'ordre
ou de consigne à donner. Ils suggèrent, ils proposent les
formules
et
les décisions. Les autres frères, non initiés aux grades
supérieurs,
croient
être eux-mêmes spontanément venus aux décisions
qu'ils
prennent alors. C'est la dynamique de groupe.
Voici,
quelles sont les idées essentielles qui resteront dans
les
esprits des simples frères ; la FM est sacrée, son origine se
perd
dans
la nuit des temps. Son symbolisme est obscur, équivoque, mais
la
légende d’Hiram permet de renverser le sens de la Bible :
Caïn
odieusement
calomnié, victime de la jalousie d'Abel, ancêtre de tous
les
grands inventeurs de l'histoire, père de la “Civilisation, du
Progrès
et
des Lumières”,
La
tolérance est la grande vertu du frère initié : On a
même
supprimé
le G.A.D.L.U pour ne pas blesser la conscience de ceux qui
ne
croient pas à l'existence de Dieu. “Parmi toutes les opinions qui se
heurtent,
le frère peut défendre les unes, mais doit accepter le voisinage
des
autres et les respecter.
Cette
tolérance est prêchée avec fanatisme, les frères
modérés
sont dénoncés pour leur mollesse devant l'Intolérance,
pour
leur
manque d'ardeur à prêcher la Tolérance. Ainsi les hommes
les
plus
doux vont petit à petit devenir fanatiques ; cette idée de
Tolérance
doit être une arme sans cesse tournée contre l'Église
intolérante.
On
respecte le chrétien “sincère”, le chrétien
“éclairé”, on
fustige
le chrétien fermé sur son dogme, incapable d'ouvrir son esprit
aux
“lumières” de la nouvelle société, !
’intégriste en somme. Donc
l’ennemi
à abattre. Et voici que le frère est prêt à passer
l'action. Son
éducation
révolutionnaire est quasiment achevée.
2)
La F. M. est une Ecole de préparation à
l'Action.
Après
cinquante ans de cette éducation, il faut passer à
l'action.
En effet, au cours d'une première génération
d'initiés, une
sélection
remarquable a pu être opérée. À la
génération suivante, la
plupart
des initiés sont enfin assez préparés à la
''haine“ de la civilisation
chrétienne
et de la Foi catholique pour que l’on puisse espérer
une
révolution avec quelque chance de succès et sans trop de remous,
de
sursauts et d'oppositions à l'intérieur de la Société
maçonnique.
Vient
le jour J, celui de la Révolution. Les hommes sont
prêts.
La F.M. a terminé son œuvre éducative. Elle se met “en
sommeil”.
Elle
échappe ainsi aux conséquences de l’Échec, s'il y en
a.
Les
frères constituent des Sociétés d’action révolutionnaire
: les
Jacobins,
les Théophilanthropes, la Charbonnerie, la Ligue de
l’enseignement,
l'Hétairie
grecque, les Fenians irlandais, les ''Jeunes
Turcs”.
Restent des circulaires confidentielles, des influences individuelles
soigneusement
couvertes pour rappeler aux frères hésitants ce
qu’on
attend d’eux.
Au
moment du passage à l'action révolutionnaire, une
multitude
de frères ouvre les yeux : les principes inculqués aboutissaient
donc
à cela, qu'on ne voulait pas. Ce sera la fuite des frères
désabusés.
Resteront seulement les violents, les ambitieux. La dernière
épuration
est achevée. La Révolution sera aux mains des
“purs“,
les esprits complètement éclairés. Enfin,
“l'Infâme” va être
abattu.
3)
La F.M.
est une Contre-Eglise camouflée
-
Il existe dans les Hauts grades, celui de Rose-Croix le 18-
ème.
L'initié qui a enfin passé ce grade est nécessairement
prisonnier
de
sa haine contre l'Église catholique.
Comment
provoquer cette haine antireligieuse ? Faire pratiquer
à
l'initié des gestes, prononcer des paroles devant témoins qui
puissent
révolter tout homme honnête et de bonne foi. À ce moment,
l'initié
est prisonnier de ce qu’il vient d'accomplir. Il est “tenu”
par les
autres
initiés, témoins définitifs de la profanation. Le rit
d’initiation
au
Grade de Rose-croix est une haineuse profanation de la Sainte
Messe.
Il comprend un signe d'ordre dit du bon Pastcur : un mot de
passe
“Emmanuel” auquel on répond “Pax Vobis”. Puis,
se déroule la
“Cène”
rosicrucienne : pain et vin sur la table.
Le
Maître des Cérémonies déclare : “que ce pain
nous
maintienne
en force et en santé” puis “que ce vin, symbole de
l'Intelligence
élève notre esprit. Puis“Prenez et mangez, donnez à
manger
à celui qui a faim”. “Prenez et buvez, donnez à boire
à celui
qui
a soif“. Enfin : “Tout est consommé. Retirons-nous en
paix“.
Le
texte maçonnique dit :
Le
Chevalier Rose-Croix est un apôtre. Son apostolat lui
commande
de placer l’Amour de l'Humanité, poussé à
l'extrême
sacrifice,
en frontispice de l'Oeuvre qu'il poursuit… Un historique
même
abrégé de ta Croix dont l'origine se perd dans la nuit des temps.
Le
point crucial ainsi déterminé (par la Croix) est l'axe de la Roue
Universelle
des Choses, engendrée par la Révolution de la Croix
autour
du point d'intersection de ses branches, image de l'Évolution
du
Grand Tout, lieu de rencontre des valeurs extrêmes ou opposées,
ce
point crucial est aussi le Médiateur et il est assez curieux de
remarquer
que
le nom égyptien de ce Médiateur est “Kryst” qui
signifie le
Possesseur
du Secret, etc…”.
Après
une pareille initiation et une telle profanation de la
Sainte
Messe, on peut se représenter l'état d’esprit d'un
évêque F.M.
célébrant
l'office religieux. Ce pourrait être par exemple le F.M.
Talleyrand,
pour ne pas citer quelques évêques ou cardinaux plus
récents.
Etienne
Couvert
Les
élites dans le domaine économique
Michel
de Poncins
“Les
premiers seront les derniers ; les derniers seront les
premiers”.
Tout
le monde connaît, même ceux qui ne sont pas chrétiens,
cette
phrase fameuse que le Verbe de DIEU nous a dite, il y a
un
peu moins de deux mille ans environ.
L'on
pourrait en conclure que notre congrès doit s'arrêter
dès
maintenant car il serait inutile de parler des élites, puisque les
meilleurs
sont destinés à la dernière place et que les moins bons
sont
destinés
à la première.
En
particulier, cela pourrait conduire, sur le plan économique,
à
une sorte de fatalisme et à l'inaction. Or, justement, c'est tout
le
contraire ; comme beaucoup de pages de l'Évangile, celle-ci doit
stimuler
notre réflexion.
Ceux
qui se croient les premiers, justement, ne le sont pas
vraiment
parce qu'ils se croient les premiers. Et ceux qui se pensent
les
derniers peuvent être les premiers sans le savoir.
C'est
un appel étonnant à l'humilité et, depuis deux mille
ans,
ces appels à l'humilité n'ont cessé de retentir jusque et
y compris
par
celle que l'on appelle la petite Thérèse qui, du fond de sa
préten-
due
petitesse, est devenue, sans le savoir à l'avance et sans
évidemment
le
vouloir, la Française la plus célèbre des temps modernes.
Et
l'humilité est si importante dans tout l'Évangile que l'on
pourrait
énoncer que l'élite est composée de ceux qui font bien
mais
ne
le savent pas.
Les
élites sont, bien évidemment, nécessaires. Elles
reflètent,
en
effet, l'inégalité et celle-ci, contrairement à la
philosophie en
vogue
depuis deux cents ans, est indispensable au progrès de
l'humanité.
Il
est même possible d'affirmer que les élites sont un des aspects
de
la création : les hommes étant divers sont inégaux et de
ces inégalités,
l'élite
doit surgir. C'est du fait qu'elles sont inscrites dans l'ordre
naturel
qu'elles sont utiles et nécessaires.
Dans
le domaine économique, le sujet pourrait, au départ,
paraître
facile, car la foule y désigne facilement l'élite qui est
particulièrement
visible.
Mais, justement, cela constitue, en fait, une difficulté
car
les apparences peuvent être trompeuses comme nous
allons
le voir et la véritable élite n'est pas forcément celle
que l'on
croit.
Nous
parlerons d'abord de ce que je propose de dénommer
les
élites de deuxième niveau, qui pourraient n'être
qu'apparentes, et,
ensuite,
des élites de premier niveau qui sont, en fait, les véritables
élites.
Les
élites de second niveau ou les élites
apparentes
Nous
ne parlerons que d'une économie libre qui correspond
à
l'ordre naturel créé par DIEU.
Les
activités économiques étatiques reposant sur l'usage
de
la force publique et sur les prélèvements fiscaux ne peuvent
être
dans
le champ de notre réflexion et je ne crois pas que de véritables
élites
puissent s'y développer. Tout le monde s'étonne que dans les
pays
de l'Est les anciens communistes apparaissent comme des sortes
de
maffiosi ; mais l'on ne doit pas s'étonner. Les communistes ne
deviennent
pas des maffiosi ; en fait, ils l'ont toujours été.
Simplement,
ils ont changé de méthode dans leurs rapines et sont
restés
tels
qu'ils étaient. Tout au contraire, le fait nouveau à l'Est, est
qu'il
y
a des personnes qui peuvent gagner leur vie honnêtement et
peutêtre,
à
ce titre, créer une élite.
La
France est soumise à un système socialiste qui s'est
aggravé
depuis la dernière élection présidentielle ; cela veut
dire qu'il
ne
peut guère y exister des élites économiques dans une large
fraction
de
la population. Nul doute que les inspecteurs des finances qui ont
détruit
les plus belles banques françaises ne peuvent être
considérés
comme
appartenant à l'élite.
Quelles
sont les élites dans le domaine économique
?
Aux
yeux de la foule, l'élite économique est facile à
désigner.
Sera
réputé membre de l'élite celui qui réussit d'une
façon ou de
l'autre
et comme la réussite est visible la prétendue élite l'est
aussi.
Cela
commence par celui qui a la chance de passer des
examens,
ces derniers, surtout dans le contexte français, étant
annonciateurs
de
succès économiques. Il est facile pour les titulaires d'examens
de
se croire appartenir à l'élite et de le faire savoir. Les examens
constituent,
en effet, une sorte de passeport assurant, sans autres
efforts,
le déroulement d'une carrière réussie dans les entreprises
;
mentionnons,
cependant, une atténuation récente de ces perspectives,
sans
que l'on sache si elles reviendront en force ultérieurement.
Il
y a le phénomène bien connu de l'ENA (Ecole Nationale
d'Administration).
Les titulaires de cet examen ont pu tellement saisir
la
totalité du pouvoir que même les plus malins ou les plus vertueux
d'entre
eux auraient du mal à ne pas se considérer comme l'élite
;
je dirais, même, qu'un énarque qui, par pure distraction, ne se
considérerait
pas comme tel serait, en quelque sorte en faute, vis-àvis
de
ses camarades et affaiblirait le système dont il tire tout son
pouvoir
et toute sa richesse.
Indépendamment
des examens, d'autres occasions apparaissent
pour
entrer dans l'élite. La réussite professionnelle, la
création
d'une
belle entreprise, une découverte intéressante : voilà une
foule
de circonstances où l'heureux bénéficiaire peut
réellement penser
faire
partie de l'élite.
Mais
il peut aussi s'ajouter l'augmentation des gains et
même
la fortune, qui peuvent accompagner les autres critères. Il est
logique,
que dans une économie libre, les personnes qui réussissent
bénéficient
d'un confort matériel accru. Qu'un Bill Gates qui rend service
à
des milliards de personnes accumule de ce fait une fortune
incroyable
est parfaitement légitime et de même pour d'innombrables
enrichissements
de moindre niveau.
Quand
l'on ajoute plusieurs critères les uns aux autres
(examens,
réussite professionnelle, fortune) comment ne pas penser
que
l'on appartient à l'élite. Si l'on n'y pensait pas, d'autres vous
y
feraient
penser. Le pouvoir et la richesse attirent les courtisans et
ceux-ci
renforcent le concert de louanges.
J'ai
coutume de dire qu'un imbécile qui est en même temps
pauvre
sera toujours un imbécile. Un imbécile qui est riche sera tout
simplement
un riche et plus du tout un imbécile.
Cette
tentation de confondre, sans autre réflexion, le résultat
d'une
sélection avec l'élite est d'autant plus forte dans le domaine
économique
que le simple accomplissement du devoir d'état pousse à
chercher
le succès. Quoi de plus naturel pour un commerçant que
d'essayer
de rendre service honnêtement à des clients et à des
clients
de
plus en plus nombreux. Quoi de plus naturel pour un cadre que de
désirer
rendre des services plus importants et valorisants dans une
fonction
plus élevée. Quoi de plus naturel pour un patron que de
développer
son entreprise à la satisfaction de ses actionnaires, des
clients,
du personnel. Quoi de plus naturel pour les uns et les autres
que
de voir leurs revenus s'améliorer et, s'ils ont le sens de
l'épargne,
leur
fortune s'accroître.
Au
stade actuel, considérons que ceux qui se dégagent,
ainsi,
du lot commun forment l'élite au sens économique du terme.
La
nécessité des élites
Il
est évident que l'élite, ainsi décrite et
désignée, est absolument
nécessaire.
Elle correspond, d'abord, à la création, comme
rappelé
il y a un instant : les hommes naissent inégaux, contrairement
aux
prétentions de certains idéologues pressés d'imposer aux
autres
une
égalité irréelle, qu'ils s'empressent d'ailleurs de
refuser pour eux
;
en plus, ces inégaux creusent l'inégalité en tous sens
pendant le
cours
de leurs vies respectives.
Notre
Président, Jean de Siebenthal, ne m'en voudra pas, je
l'espère,
de citer son nom : il est né, sans doute, fortement inégal et a
dû
creuser l'écart, puisqu'il connaît non seulement les
mathématiques
modernes,
mais aussi l'histoire des mathématiques, ce qui doit être
formidablement
compliqué.
Les
services que rend ou doit rendre cette élite, ainsi décrite,
sont
immenses ; d'où sa nécessité.
Le
premier service est l'exemplarité. C'est le service essentiel
de
toute élite dans quelque domaine que ce soit.
Mais
il y en a bien d'autres.
Les
instruits diffusent leur instruction vers les autres.
Beaucoup
de progrès agricoles ont résulté de l'impulsion
donnée par
des
membres de l'élite. Louis XVI sut saisir l'importance de la
pomme
de terre pour nourrir les gens dans une période où la famine
rôdait
: il décida d'en consommer lui-même publiquement pour inciter
les
autres à le faire.
Les
riches épargnent, investissent, dépensent et créent.
L'idée
que pour qu'il y ait moins de pauvres, il faut plus de riches est
vraie,
au-delà de sa formulation abrupte. L'Ambassadeur de Venise,
bon
observateur de la révolution, remarquait, parmi les diverses
catastrophes
de
cette époque, que la destruction des richesses avait jeté
à
la
rue des millions d'artisans.
Plus
près de nous, d'innombrables industries ont commencé
par
les riches : l'aviation, les ordinateurs personnels, l'automobile.
Sainte
Thérèse de l'Enfant Jésus, encore elle et bien que
l'économie
ne
soit pas son fort, nous donne un renseignement intéressant ; elle
écrit
que, dans la ville de Lisieux, les riches avaient des ascenseurs ;
sans
ces riches, jamais cette industrie des ascenseurs ne se serait
développée
avec ses multiples implications.
Sans
les riches, aucun des progrès techniques que nous
connaissons
n'aurait eu lieu et les pauvres auraient faim.
Et
ne nous trompons pas ; chacun est riche de quelque
chose
et il est légitime de chercher à améliorer son sort. Si
l'on ne
cherchait
pas à améliorer son sort c'est-à-dire à s'enrichir,
la terre ne
serait
pas cultivée, les progrès techniques n'auraient pas eu lieu et
nous
nous nourririons de racines.
Le
formidable aménagement du jardin que DIEU nous
offre
vient du fait que les hommes courent toujours après les biens
matériels.
Les
dangers
Cependant
à limiter la sélection de l'élite au succès
économique
et
à ce qui y mène, nous risquons de mutiler la notion même
d'élite.
Et pour bien le comprendre, nous allons voir un certain nombre
de
dangers qui menacent cette élite que nous avons évoquée et
peut
la rendre simplement “apparente”.
L'orgueil
est une première tentation. La tentation de l'orgueil
détruit
l'élite. Le succès, dans n'importe quel domaine, est d'autant
plus
difficile à gérer que, dans l’action, la simple
fierté de soimême
est
un adjuvant parfois précieux. Un des petits génies de
l’informatique
aux
USA a écrit un livre où il dit que seuls les “parano”
survivent.
Il est de fait que certaines grandes réalisations n'auraient
jamais
vu le jour sans une bonne dose d'inconscience et d'orgueil.
L'orgueil
est le péché de Satan ; il conduit à la perversion
de
l'intelligence, puisqu'il empêche de voir clair ; pervertissant
l'intelligence,
il
détruit l'œuvre de DIEU. Il y a une tour à Paris le long
du
périphérique et cette tour est un hôtel ; le
créateur s'est suicidé en
se
jetant de la tour pendant la réception qui célébrait le
rachat par un
concurrent.
Or le rachat était la seule conclusion logique d'une difficulté
financière
et le racheté n'était pas vraiment maltraité.
Mais
l'acheteur était tellement odieux pour tout le monde
par
son orgueil que les nerfs du racheté, lui-même, probablement
formidablement
orgueilleux,
n'avaient pas résisté. L'histoire est assez
morale
puisque l'acheteur, à force d'être odieux, a fini par être
lui
même
chassé de sa propre entreprise.
La
tentation du matérialisme est, aussi, omniprésente. Le
champ
économique a précisément pour objet tout ce qui se
rapporte
aux
commodités de la vie ; or, du succès personnel à l'amour
exclusif
et
acharné de l'argent, le chemin est court.
Tout
le monde connaît l'exemple du jeune homme riche.
Ce
jeune homme dont l'image a traversé les siècles était
honnête dans
ses
transactions puisqu'il respectait les commandements ; il payait
certainement
correctement ses caravaniers et il voyageait entre ses
entrepôts
avec le respect de tous et, pourtant, le Seigneur lui dit qu'il
lui
manquait l'essentiel.
Les
biens de ce monde, comme l'on sait, ne devraient être
que
des instruments et non des objectifs. Instruments, ils doivent l'être
pour
nous aider à faire notre salut et à aider les autres dans le
même
sens.
Un
autre danger est l'égoïsme. La nécessité
impérieuse de
faire
bien et si possible mieux, la difficulté de la concurrence, les
multiples
dangers de la vie économique actuelle peuvent facilement
conduire
à l'égoïsme. Et cet égoïsme trouve facilement
des justifications:
il
faut nourrir sa famille, il faut préparer son avenir, il faut
protéger
l'entreprise.
Reconnaissons
que le développement incroyable des techniques,
en
offrant une palette d'actions sans limite, peut être créateur
d'égoïsme.
Dans une économie rurale, l'on subissait le sort des
éléments
n'ayant
pas beaucoup de moyens nouveaux pour réagir, si ce
n'est
la poursuite au mieux des méthodes ancestrales. Si la récolte
était
mauvaise, tant pis et tant mieux, si elle était bonne : l'on
était
égaux
devant cette fatalité. Dans le monde d'aujourd'hui les possibi-
lités
de réagir sont innombrables, d'où cette impression de course qui
peut
conduire à s'échapper tout seul en larguant les autres.
Et
l’égoïsme mène au manque de charité. Le
meilleur, au
sens
humain du terme, se croit l'élite et se pense autorisé à
écraser les
autres
de sa supériorité.
Enfin,
la tentation du vol.
Dans
le monde socialiste, le vol est organisé institutionnellement.
On
y est tellement habitué que plus personne n'y pense et
la
plupart volent sans le savoir ou sans y penser. Je suis un usager
régulier
du métro ; le métro étant subventionné, chaque fois
que je
prends
le métro, je vole quelqu'un ; dois-je, pour autant, aller à pied
?
Dans
une économie libre, le vol n'est pas de fondation ni
organisé
par l'État. Quand il se produit, il est volontaire. Mais la tentation
est
forte, car justement le matérialisme et l’égoïsme y
trouvent
leur
compte. En France, le fait que la justice connaisse un certain
réveil
met au jour des pratiques très anciennes au niveau des
sociétés
et
qui sont des vols purs et simples. L'intervention de la justice a,
d'ailleurs,
pour effet justement, de les raréfier.
Mais
l'on retrouve ici le socialisme. Ce dernier a développé
dans
le monde entier la corruption et celle-ci a débordé dans le
domaine
privé. Le problème est si vaste qu'une autre conférence
serait
nécessaire à ce sujet. Un ami architecte me dit qu'en France l'on
ne
peut gérer un cabinet, surtout un grand, sans corrompre non seulement
les
services publics, mais aussi, par osmose, les services privés.
La
gangrène s'étend.
Il
est certain que celui qui succombe à l'un ou l'autre de ces
dangers
n'appartient plus à la vraie élite. Certes, il continue
apparemment
à
être rangé dans la catégorie et à rendre des
services mais
globalement
il détruit les services rendus par ailleurs.
Dans
ce cas, il est évident que le service de l’exemplarité
n'est
plus rendu du tout et devient même négatif.
Les
élites de premier niveau ou les vraies
élites
Cela
nous conduit aux élites de premier niveau qui sont les
vraies
élites.
J'aurais
tendance à dire que la véritable élite dans le
domaine
économique est celle qui au succès nécessaire joint la pratique
des
vertus.
Je
n'hésite pas à employer ce terme que, malheureusement,
l'on
a démonétisé en quelque sorte. La vertu c'est bien de se
conformer
à
la volonté de DIEU en toutes choses et les vertus ce sont divers
moyens
d'y parvenir.
Et
ce qui est frappant, c'est que, finalement, la pratique des
vertus
ne nuit pas au succès bien au contraire. J'oserais dire que les
vertus
sont un bon placement, mais encore faut-il les pratiquer sincèrement
et
non par intérêt.
L'Évangile,
que nous retrouvons ici, n'a pas pour objectif
de
donner des conseils de management et, pourtant, il se trouve qu'il
en
contient. Par exemple, quand après une parabole, le Christ ajoute
:
“Celui
qui est digne de confiance dans une toute petite
affaire
est digne de confiance dans une grande. Celui qui est trompeur
dans
une petite affaire est trompeur dans une grande. Si vous n'avez
pas
été digne de confiance avec l'argent trompeur, qui vous confiera
le
bien véritable?“.
Dans
ce court texte, nous trouvons, à la fois, l'honnêteté
dans
les transactions, la loyauté dans les affaires et le mépris des
biens
de ce monde.
De
son côté, Saint Paul écrit à Philémon,
à propos de l'esclave
Onésime
:
“Je
l'aurais volontiers gardé auprès de moi, pour qu'il me
rende
des services en ton nom, à moi qui suis en prison à cause de
l'É-
vangile.
Mais je n'ai rien voulu faire sans ton accord, pour que tu
accomplisses
librement ce qui est bien, sans y être plus ou moins
forcé”.
Quel
bon conseil pour inviter le nouveau converti à agir
au-delà
de ce que pouvaient lui autoriser les règles économiques
couramment
admises
à l'époque.
La
première vertu est l'honnêteté.
L’honnêteté s'exerce
dans
les paroles, les actes, les contrats. C'est le contraire du vol dont
je
parlais à l'instant. Il se trouve d'autre part que c'est un excellent
placement,
mais
ce n'est pas facile en toutes occasions.
Saint
Paul, encore lui, écrit :
“Mes
frères, je me servirai de l'exemple d'une chose
humaine
et ordinaire. Lorsqu'un homme a fait un contrat en bonne
forme,
personne ne peut le casser, ni y ajouter. Or les promesses de
Dieu
ont été faites à Abraham et à celui qui devait
naître de lui.”
Une
autre vertu dans le domaine économique est la franchise.
La
franchise est, finalement, un bon placement aussi. Être
franc
en affaire est le meilleur moyen d'être cru et d'avoir du crédit.
Le
menteur est vite connu et démasqué.
Et,
enfin, bien que j'en oublie peut-être, il y a la charité.
C'est
probablement la plus difficile dans le domaine des relations
économiques.
Arrêtons
-nous un instant sur un exemple parmi beaucoup
d’autres
: la poursuite des débiteurs défaillants. Un particulier se
trouvant
devant un locataire défaillant peut choisir l'indulgence, car il
est
libre de ses intérêts. Un chef d'entreprise propriétaire de
son affaire
peut
aussi choisir de ne pas “exécuter” tel débiteur par
simple
bonté,
mais, déjà à ce stade, ce n'est pas simple. Un cadre de
banque
peut-il
faire de même ? C'est probablement dans la majorité des cas
impossible
et non souhaitable.
L'exemple
des catholiques sociaux au XIXème siècle est
intéressant.
Beaucoup de patrons catholiques ont sacrifié de leur fortune
pour
aider les autres et particulièrement leurs ouvriers dans des
circonstances
difficiles ; ils étaient incontestablement de l'élite et ils
ont
rendu de grands services. Mais là aussi il peut y avoir des limites.
J'ai
connu une entreprise qui a disparu corps et biens parce que le
propriétaire
avait
été imprudent sur le plan social. En fait, la
générosité
du
patron sur le plan social aurait été gérable, mais elle
avait eu des
effets
indirects qu'il n'avait pas perçus : il s'était produit un
laisser
aller
général.
Certes,
quand on évoque les limites économiques de la
bonté,
l'on pourrait objecter la parabole des travailleurs de la vigne et
du
denier qui rémunère des travaux inégaux. Mais, il s'agit
de la
bonté
sans limite de DIEU. Rien n'est impossible à DIEU et il faut
penser
que nous sommes limités pour ce qui nous concerne. C'est
l'une
des raisons pour lesquelles l'État -Providence est naturellement
et
totalement condamnable. Les S.D.F. qui traînent hélas dans Paris
sont
les victimes directes de l'assistanat développé par les pouvoirs
socialistes
depuis une trentaine d'années.
Pensons
encore à une dernière vertu, la justice. Voici une
belle
vertu, si difficile aussi à pratiquer.
Conclusion
Pour
conclure, je dirais volontiers que la véritable élite
dans
le domaine économique est celle qui, aux qualités proprement
humaines,
sait ajouter tout le supplément que peut lui inspirer le service
unique
et nécessaire de DIEU.
Cela
conduit, au premier niveau, celui où l'on ne pense pas
à
se servir mais à servir.
Je
terminerai volontiers par deux citations.
Saint
Thomas écrivait :
“La
société civile ne saurait subsister sans une autorité,
dont
le rôle est la poursuite du bien commun dans le respect du droit
et
de la justice ;”
Et,
dans l'Imitation de Jésus-Christ, je lis au chapitre XXII
:
“Celui
qui a reçu davantage ne peut se glorifier de son
mérite,
ni s'élever au-dessus des autres, ni insulter celui qui a moins
reçu
; car celui-là est le meilleur et le plus grand, qui s'attribue le
moins
et qui rend grâces avec le plus de ferveur et d'humilité”.
Michel
de PONCINS
Résumé
Les
élites sont un des aspects de la création : les hommes
étant
divers sont inégaux. C'est du fait qu'elles sont inscrites dans l'ordre
naturel
qu'elles sont utiles et nécessaires.
Dans
le domaine économique, il faut distinguer, d'abord,
l'élite
de second niveau qui peut n'être qu'apparente. En fait, la
réussite
en
est le critère principal et la rend visible ; la réussite, ce
peut
être
les examens, le succès professionnel, la fortune. Il est évident
que
l'élite ainsi décrite et désignée est absolument
nécessaire.
Elle
rend de grands services : exemplarité, diffusion du
savoir,
diffusion de la richesse. Mais elle peut n'être qu’apparente ;
l'orgueil,
le matérialisme, l’égoïsme, le vol et la corruption
peuvent
rendre
l'élite nocive et la détruire.
Les
élites de premier niveau, qui sont les vraies élites, sont
celles
qui au succès joignent la pratique des vertus : honnêteté,
franchise,
charité,
justice et d'autres.
Cela
conduit, au meilleur niveau, celui où l'on ne pense
pas
à se servir mais à servir.
Note
Michel
de PONCINS
Diplômé
de l'Institut d'Études Politiques de Paris et
Docteur
d'État (Économie).
Michel
de Poncins est économiste. Il écrit de nombreux
articles,
des livres et fait des conférences. Il préside le jury du prix
Renaissance
de l'économie.
Ayant
fondé l'association “Catholiques pour les libertés
économiques”
(C.L.E) (adresse : BP 247 16, 75 768 PARIS CEDEX
16),
il en assure la présidence. C.L.E. se propose d'affirmer qu'il n'y
a
pas de contradiction entre le catholicisme et les libertés
économiques
et
que, bien au contraire, l'un suppose les autres. L'association
organise
des conférences avec des personnalités de haut niveau et
édite
la LETTRE DE CLE, périodique dont l'audience est importante.
Elle
prend, aussi, position officiellement par des communiqués sur
les
problèmes de son ressort.
Dans
ses livres, Michel de Poncins s'attache, principalement,
à
analyser le socialisme qui est, à ses yeux, le phénomène
économique
le
plus significatif de notre époque. Par contraste, il montre
les
bienfaits des Libertés Économiques. Pour lui le socialisme ne se
limite
pas du tout au parti du même nom. En France, il est le fait aussi
bien
du parti du même nom que de la fausse droite.
Dans
son livre, la République Fromagère, il montre comment
le
but ultime de la loi, de toute loi, est l'enrichissement personnel
des
politiciens et de leur cour.
Il
écrit, aussi, de nombreux articles, participe à des
émissions
de
radio et donne de nombreuses conférences, en France et à
l'étranger.
Il
est également président du prix Renaissance de
l’économie,
attribué
chaque année par le Cercle Renaissance.
Liste
des livres
-
Tous capitalistes ou la réponse au socialisme : Prix
renaissance
de l’économie 1983 (Éditions de Chiré, 1983).
-
La démocratie ou le rêve en morceaux (Éditions
Albatros,
1986).
-
Chômage : fils du socialisme : la vérité, les
remèdes (Éditions
O.E.I.L.
1991).
-La
république fromagère ou comment les politiques font
la
fête avec l’argent des pauvres :(Première Ligne 1994).
-
Catéchisme de l’électeur trompé (Odilon Media 1995).
-
Les étranges silences de la cour des comptes (Odilon -
Media
1996).
La
formation des élites médicales
Dr
Philippe Schepens
Ce
sujet me tracasse déjà depuis de nombreuses années, et
permettez-moi
de vous livrer le fruit de mes cogitations dans ce
domaine.
Vous
définir ce qu'est un médecin, ou plutôt ce qu'il ou elle
devrait
être me semble à première vue superfétatoire.
Cependant à y
réfléchir
deux fois, il me semble bon de quand même vous livrer
quelques
pensées à ce sujet.
Pour
votre serviteur, un médecin se doit de se mettre au
service
de la personne humaine individuelle en tout premier lieu. Le
médecin
doit avoir le bien et le bien-être qui découle de ce bien
comme
valeur suprême, comme guide dans ses interventions sur la
personne
qui le consulte. …Évidemment il y a des biens encore plus
importants
que la santé, tel la Foi, ou le service de la Patrie ou d'autres
personnes
en état de besoin grave etc.
Tout
service d'autre chose que le bien corporel ou psychologique
du
malade se doit d'être subordonné à ce service. Par
“autre
chose”
je sous-entends ici non seulement les loisirs et surtout les
revenus
du médecin, mais également la recherche scientifique, la
santé
dite publique, et tous programmes issus du gouvernement espéré
légitime
du pays où pratique le médecin.
Bref,
tout ceci nous ramène à la base de l'éthique
médicale
:
le modèle de la médecine hippocratique.
Il
va sans dire que l'exigence morale doit être haute pour
tout
candidat médecin. Permettez-moi de déplorer fortement le fait
que
dans pratiquement aucune faculté de médecine au monde, on
sélectionne
les candidats potentiels sur des critères d'ordre éthique en
plus
de critères scientifiques.
Dans
mon pays, la Belgique, les candidats voulant étudier
puis
pratiquer la médecine sont sélectionnés uniquement sur la
base
de
leurs capacités en physique, chimie, zoologie, physiologie et autres
sciences
exactes. Tout cela peut être très utile pour assurer une
sélection
quant au niveau des connaissances requises pour devenir
médecin.
Mais ce n'est pas suffisant. On devrait au moins avoir la
capacité
de refuser un diplôme de médecin à un candidat qui
possède
un
scotome, une tache aveugle sur le plan éthique.
C'est
pourquoi je prône comme premier pas dans cette
bonne
direction l'instauration d'un cours de philosophie beaucoup
plus
approfondi que celui dont certaines universités gratifient leurs
étudiants
en médecine. Philosophie de type thomiste, collant à la
réalité
telle que la percevait déjà Aristote.
Car
quelqu'un qui pense bien, agira également bien.
Mais
le besoin d'une formation sérieuse, formation qui
transforme
le corps médical en un corps d'élite de grande valeur, ce
besoin
nécessite au fond une approche “intégrée” de
la part du corps
professoral
enseignant dans les facultés de médecine.
Le
thème du respect de la vie n'est-il pas que trop souvent
amalgamé
avec un prétendu “fondamentalisme” que l'on colle sur la
peau
des mouvements Pro-Vie manifestant publiquement leur opposition
aux
dénis de respect de la part des médecins pour toute vie
humaine
? De nombreux professeurs en médecine, voulant se montrer
aux
étudiants comme des “esprits dits forts”, trouvent que dans
le
domaine
du respect de la vie une attitude “nuancée” s'impose. Cette
prétendue
attitude nuancée tue tous les jours un nombre important de
personnes
innocentes. Que ce soit par avortement, par euthanasie, par
fécondation
in vitro ou même par certaines formes de la contraception.
Cette
approche intégrée, qui d'ailleurs se fait par certains
professeurs,
heureusement, se doit d'intégrer l'éthique médicale au
cours
même de l'enseignement scientifique, lors de la description de
maladies
ET de leur traitement.
Mais
malheureusement, dans trop d'universités les professeurs
ne
pensent qu'à former des “techniciens” de la médecine.
Ils
oublient
cette dimension de la morale, du permis et du non-permis,
avec
toute la justification, le “pourquoi” de chaque intervention
médicale
et de sa licéité.
C'est
pourquoi l'Académie Pontificale Pour la Vie, fortement
sensibilisée
à ce problème a suivi la proposition du Professeur
Edmund
D. Pellegrino de la Georgetown University à Washington
USA
et appuyée en séance de l'Académie par votre serviteur.
Le
Professeur Pellegrino a proposé de créer un groupe de
travail
entièrement dédié à ce sujet. Groupe de travail
composé de
praticiens
de la santé : médecins, personnel infirmier, scientifiques
biologistes,
et même d'étudiants. Effaré par la méconnaissance
des
principes
de base de l'éthique médicale de la part tant des
médecins,
des
paramédicaux et des étudiants, le Professeur Pellegrino veut rapidement
remédier
à la chose. Le problème est particulièrement urgent
dans
les facultés de médecine des universités catholiques. De
nombreux
professeurs
y enseignent une éthique souvent contraire à celle
du
magistère de l'Église Catholique, pour ne pas dire contraire
à la
Déclaration
Universelle des Droits de l'Homme. Ainsi par exemple
l'enseignement
de l'embryologie se retrouve falsifié par le refus de
reconnaître
l'individuation dès le moment de la fécondation.Ce déni
de
reconnaître formellement une vérité pourtant scientifique
procède
comme
tout un chacun le sait, d'un refus de vouloir tirer les conclusions
qui
s'imposent dans le domaine des droits de l'embryon et du
fœtus.
Car
la société occidentale, ayant pris de mauvaises habitudes
dans
ce domaine, préfère un flou “artistique” quant
à la définition
du
début de la vie humaine, de peur de devoir refuser l'avortement, la
fécondation
in vitro ainsi que la plupart des méthodes dites de
“contraception”.
A-t-on oublié l'adage du vieux chasseur, qui refuse
de
tirer sur un gibier qu'il n'a pas formellement reconnu. “Dans le
doute
abstiens-toi” disaient les Romains antiques… Maintenant on
enseigne
de tuer, parce qu'on ne veut pas être sûr qu'il s'agisse bel et
bien
d'un être humain individuel, donc d'une personne humaine.
C'est
en quelque sorte la “culture de la mort” qui prévaut
à
présent
dans les facultés de médecine, tout comme dans le reste de
nos
sociétés tristement “post-chrétiennes”. Il
faut non seulement arrêter
cet
enseignement de la culture de la mort, mais il faut lui substituer
un
enseignement de la culture de la vie. Ces réalités du
début de
la
vie, quand elles sont connues, sont même traitées avec
dédain
comme
un reste rétrograde de l'ère des Poissons, alors qu'on se veut
de
passer à l'ère du Verseau, chère aux promoteurs des
fadaises du
New
Age…
C'est
à nous, de produire l'alternative. Le Groupe de
Travail
s'en occupe activement.
Nous
avons pour objectifs pratiques les choses suivantes :
•
Tout d'abord concevoir et publier un syllabus solide, qui
couvre
les aspects scientifiques, philosophiques et spirituels des problèmes
concernant
le respect de la vie humaine par le médecin. Ceci
est
un travail de base extrêmement important. Cela nécessitera un
travail
d'équipe
d'experts reconnus, qui sont intellectuellement sains et
devra
constituer une base pour tous ceux qui étudient les sciences
médicales
et paramédicales.
•
Ensuite organiser des journées d'études intensives tant
régionales
qu'internationales pour tous ceux qui enseignent la médecine,
la
biologie, les sciences infirmières, afin de les préparer à
enseigner
dans
leur propre université ou école (para) médicale, afin de
contrer
ainsi certaines idées reçues issues de la culture de la mort, et
qui
prévalent actuellement. Il nous faut reconquérir les
facultés de
médecine
!
•
Finalement il faudra concevoir également de s'occuper
de
la formation continue des médecins et paramédicaux. Cela tant sur
le
plan des fondements scientifiques qu'éthiques du respect dû
à tout
être
humain. Les réunions seront par régions. Les instructeurs
devront
mettre l'accent sur les particularités de chaque pays, des cultures
locales.
Cela se fera tant dans le cadre des universités qu'en
dehors
de celles-ci. Car c'est de l'éducation continue des médecins et
paramédicaux
qu'il s'agit.
Tout
cela est très important, car nous devons savoir quel
type
de médecin, et de paramédicaux nous voulons avoir.
À
mon humble avis, il faut que le médecin soit au service
de
la personne humaine malade, de toute personne humaine malade
en
tout premier lieu. Cela vous semble évident, mais au vu de
l'évolution
des
mœurs actuelles, ce ne l'est souvent plus guère.
L'avorteur
n'agit pas au service de l'enfant non-né, puisqu'il
le
tue pour satisfaire les désirs d'autres personnes.
L'euthanasiaste
fait de même avec le malade non-curable. Le fécondateur
in
vitro sélectionne les embryons et tue ceux dont il n'a pas
besoin.
Il les traite même comme des objets d'expérimentation. Cela
au
mépris le plus parfait de la Déclaration d'Helsinki de
l'Association
Médicale
Mondiale, déclaration qui régit l'expérimentation sur
l'homme….
Nous
sommes à la croisée des chemins.
Voulons-nous
une médecine au service de l'individu ? Ou
bien
voulons-nous transformer le corps médical et para-médical en
un
corps de fonctionnaires au service de l'État et de son administration
?
Qui
se doit d'être l'employeur du médecin ? Le malade ou
bien
le ministre de la santé “publique” et son administration ?
Permettez-moi,
pour rendre les choses encore plus claires,
de
vous parler en paraboles, de vous donner en exemple un récit
biblique.
Le
médecin actuel est soumis à des tentations qui forment
autant
de menaces tant pour l'intégrité de sa personnalité
professionnelle,
que
pour l'humanité elle-même. Ces tentations peuvent être
classées
dans trois catégories que je comparerai avec les tentations de
Jésus
Christ dans le désert (Matthieu 4 : 1-11). Le médecin, s'il veut
garder
l'intégrité de sa profession, se devra de ne pas succomber
à ces
trois
tentations.
La
première tentation, que l'on peut comparer au mieux
avec
le récit biblique de la transmutation des pierres en pain, est pour
le
médecin la tentation de l'argent. Qui place l'argent au-dessus du
bien
être du malade, est un médecin indigne. Cette réelle
inversion
des
priorités est universellement connue - pas seulement dans le
monde
médical et ne mérite pas d'explications supplémentaires.
La
deuxième tentation peut aisément se comparer avec le
récit
du défi aux lois de la gravitation universelle au départ du
pinacle
du
Temple. Cette tentation est, pour le médecin, nettement moins
terre
à terre que la précédente. La science pure,
l'expérimentation, la
passion
des expériences est préférée à la
santé et au bien-être du
malade.
Car la science et le progrès des technologies doivent demeurer
au
service de l'homme, et non pas au service des aspirations et
ambitions
du scientifique. Ceci constitue même une condition
indispensable,
si l'on veut bâtir plus avant la civilisation. Car la science
est
impensable sans la conscience. Tout comme la personne doit
être
placée au-dessus de l'objet, l'éthique devra toujours
prévaloir sur
la
technique. Et ceci est encore plus applicable à la science
médicale
qui
a l'homme lui-même pour sujet. Celui qui se livre à des
investigations
sur
la vie humaine, se doit de rester au service de cette même
vie.
L'unique attitude réellement humaine sera une attitude de respect
absolu
pour chaque vie humaine individuelle, sans distinction d'âge,
de
race, d'état de santé, de convictions politiques ou religieuses
etc…
Exploiter
des individus humains, les écarter, voire les détruire,
c'està-
dire
les considérer comme des objets, est en contradiction flagrante
avec
la nature même des sciences médicales. Qui place la science
et
la recherche au-dessus du bien du malade est un médecin indigne.
La
troisième tentation, que nous pouvons comparer avec le
récit
biblique de l'adoration de Satan pour posséder le monde, est traduite
en
catégories de notre époque encore plus idéaliste que les
deux
précédentes.
Le médecin se met en premier lieu au service de la
société
et de son administration : le gouvernement, le parti, l'idéologie.
Le
service au malade individuel vient seulement en deuxième
place.
Cette
dernière tentation est certainement la plus pernicieuse
des
trois.
En
effet, le médecin se met aussi dans un rôle de guérisseur
des
maux qui affligent la société. Il participe de façon
très
concrète
aux structures du pouvoir. Il devient l'exécutant de la volonté
des
Dirigeants de la Nation. Il devient aussi un médicocrate, un
biocrate.
Le
temps nous manque pour vous expliquer en détail les
mécanismes
précis qui président à la mutation du médecin en
médicocrate.
Je
vous renvoie à l'oeuvre du Professeur SCHOOYANS,
disponible
dans les stands de ce congrès, et en particulier au livre
“Maîtrise
de la Vie, Domination des Hommes , à celle du Professeur
Robert
J. LIFTON “The Nazi Doctors”, et du Dr. Pierre SIMON “De
la
Vie Avant Toute Chose”.
Ces
trois tentations sont autant d'appels au médecin pour
se
mettre soi-même au-dessus des autres. Elles flattent son orgueil.
Davantage
de finances donnent plus de pouvoir. Plus de science
donne
plus de gloire, et il en découle plus d'argent et une influence
plus
grande, donc également un pouvoir accru. Participer au pouvoir
politique
signifie également plus d'influence partant plus de pouvoir.
Et
tout cela est ressenti par le médecin comme étant prioritaire par
rapport
au bien-être du malade. Cela ne veut pas nécessairement dire
que
de tels médecins sont de prime abord beaucoup plus mauvais que
les
autres. Les gradations sont nombreuses, mais dire “Oui” à
ces tentations
signifie
de toute évidence renoncer à l'idéal médical qui
incite
à
se mettre toujours au service du malade, de l'individu humain en
tout
premier lieu.
Rien
d'étonnant donc au fait constaté un peu partout que
des
médecins succombent à deux ou aux trois tentations. Cela n'est
pas
l'exception car l'une entraîne souvent l'autre. L'amour
immodéré
de
l'argent, ou celui de la recherche, sans parler de la soif de domination
sociale
et politique, tout cela constitue trois aspects d'un seul
et
même égocentrisme. L'orgueil en est fouetté. L'intellect se
met à
son
service propre, ou au service de la Caste, du Parti au pouvoir, et
non
pas au service de l'homme, de l'individu humain souffrant, du
malade.
Voulons-nous
assurer le futur de notre profession médicale
au
service de l'humanité malade, il nous faudra nous garder de
consentir
à ces tentations que je viens de vous décrire. Le
caractère
hippocratique
et humanitaire de la médecine ne doit pas seulement
être
souligné en paroles et en actes, il doit “transpirer” de
façon la
plus
évidente possible dans tout acte médical. Et on ne saura jamais
assez
insister sur ce fait, surtout quand il s’agit d'enseigner aux
étudiants
en
médecine ou aux paramédicaux. L'enseignement de la
médecine
consiste malheureusement trop souvent en une formation
de
“technicien médical”. Celui-ci sait un tas de choses sur
l'organisme
humain
et ses maladies, ainsi que les meilleures façons d'éliminer
ces
dernières. Mais que ce brave homme travaille sur l'être humain
lui-même,
semble être d'importance secondaire. C'est en fait toute la
différence
entre l'homme et les autres individualités biologiques et
matérielles
qui s'estompe. C'est cela qui doit changer.
Consentir
à ces trois tentations, signifie de plus pour le
médecin,
la perte de sa liberté thérapeutique, et de notre liberté
en
général.
“Les médecins sont les bergers de la liberté.” a
déclaré le
Professeur
Michel SCHOOYANS, de façon géniale. Ils sont les bergers
non
seulement de leur propre liberté, mais aussi de celle des
hommes
en général. L’homme, et sa santé doivent demeurer
les buts
suprêmes
du médecin. Le médecin devra rester le gardien de la
liberté
de
ses malades en les traitant toujours dans leurs intérêts propres.
Si
nous nous mettons au service de quelque chose, ou de quelqu'un
d'autre
que le malade, nous devenons des oppresseurs et nous collaborons
à
l'avènement d'une société totalitaire. Voulons-nous garder
nos
régimes démocratiques, nous devons en tant que médecins,
rester
maintenant
et dans le futur inébranlablement au service des individus
et
des familles en tout premier lieu.
C'est
cette vision du médecin, de la médecine et de tout le
travail
au service du malade que nous devons propager auprès des élites
médicales
et autres ainsi que surtout auprès des futures élites.
Dr
Philippe Schepens
______________________________________________
_
Les
élites et le respect de la vie
Dr
Emmanuel Tremblay
Mesdames,
Mesdemoiselles, Messieurs, Chers Amis,
Notre
sujet nous demande d'examiner les relations entre
les
élites et le respect de la vie. C'est un sujet difficile et nous
présenterons
un
certain nombre de réflexions nullement exhaustives.
Le
respect de la vie humaine est en fin de compte une philosophie
et
un comportement en accord avec elle. Il fait partie de l'ancien
et
du nouveau Testaments. Il est un élément du Décalogue. Et
plus
on l'étudie, plus on se rend compte qu'il est un élément
clef non
seulement
de la religion, mais aussi de la philosophie.
Et
on peut aujourd'hui presque diviser les civilisations en
deux
groupes : celles qui respectent la vie humaine, celles qui ne la
respectent
pas.
Et
dans cette alternative, il n'y a pas de troisième voie.
On
peut tuer ou ne pas tuer, mais on ne peut pas tuer à moitié.
S'il
en est bien ainsi sur le plan de l'acte individuel, sur le plan sta-
tistique,
il y a, certes, des peuples qui tuent massivement, il y a ceux
qui
tuent moins, et ceux qui ne tuent pas. Mais, sur le plan des principes,
il
n'y a que deux comportements possibles. Même si le crime
est
commis en petit nombre, il ne cesse pas pour autant d'être un
crime.
La loi est normative. Elle dit ce qu'il faut faire et ce qu'on n'a
pas
le droit de faire. Mais, même dans les pays où la loi est bonne et
conforme
au respect de la vie, il y a toujours, et il y aura sans doute
toujours
des gens qui violeront la loi et qui tueront. Ceci, on ne pourra
sans
doute jamais l’empêcher, mais, ce qui compte, avant tout, c'est
ce
qu'on adopte sur le plan des principes.
En
quoi cette philosophie du respect de la vie concerne-telle,
implique-t-elle,
intéresse-t-elle les élites ?
On
pourrait poser le problème autrement : pourquoi cette
philosophie
ne les concernerait-elle pas ? Pourquoi seraient-elles en
dehors
des questions fondamentales, voire les plus fondamentales de
la
société ? Les élites ne peuvent pas être à
part de ce problème. Elles
sont
dans la société, donc concernées nécessairement par
les problèmes
de
celle-ci et surtout pour ses principaux problèmes.
Elles
sont donc nécessairement impliquées par ce choix et
ne
peuvent pas rester en dehors. Elles doivent choisir entre ces deux
philosophies.
Et les meilleurs doivent choisir la meilleure.
Ces
deux philosophies ne sont pas égales. À nous d'être
convaincants
pour que les meilleurs choisissent la meilleure.
Normalement,
le fait d'appartenir à l'élite, c'est-à-dire d'être
parmi
les meilleurs, doit conduire à adopter la philosophie la
meilleure.
À
voir comment la culture de mort s'est développée dans
le
monde, et l'a littéralement envahi, il faut croire que la
présentation
de
la philosophie du respect de la vie n'a pas été suffisamment
convaincante
et, en tout cas, pas ce qu'elle aurait dû être. Et les
tenants
de cette philosophie devraient faire l'effort nécessaire pour
être
les plus convaincants. Ils seraient, d'autre part, fort heureux que
les
élites la retrouvent en grand nombre.
Mais
ils ne sauraient se borner à un souhait.
Dans
le combat idéologique en cours, il faut prouver la
supériorité
du respect de la vie sur la culture de mort, seul moyen
véritable
de ramener les élites au respect de la vie.
Dans
cette affaire, il y a un affrontement idéologique certain,
et,
à moins d'accepter la subversion idéologique totale, ce qui
adviendrait
si nous cessions de nous battre et si nous déposions les
armes,
nous sommes contraints à la victoire, car la situation actuelle
est
une situation instable. qui peut basculer à tout moment et, pour
être
sûr d'éviter cela, il n'y a pas d'autre issue que de vaincre.
Les
élites iront vers la philosophie
la
meilleure et la plus forte.
Pour
toutes les personnes qui acceptent la loi de Dieu, qui
elle-même
comporte, inclut le respect de la vie humaine, ce dernier
s'impose
à elles par l'argument d'autorité.
La
renaissance de la foi peut favoriser le progrès de la philosophie,
du
respect de la vie et peut même assurer sa victoire.
Mais,
pour tous ceux qui ne croient pas en Dieu, qui ne
reconnaissent
pas la loi de Dieu, le respect de la vie doit s'imposer par
autre
chose que l'argument d’autorité, à savoir par ses
dualités propres
et
en montrant sa supériorité sur la culture de mort.
Ce
sont donc les qualités propres de la civilisation du
respect
de la vie et sa supériorité sur la culture de mort qu'il faut
établir
et
démontrer et ne pas se contenter d'affirmer.
La
culture de mort comporte quatre éléments principaux :
l'homicide
volontaire, le mensonge, l'erreur et l'arbitraire, avec
comme
dénominateur commun l'hostilité à l’homme et la
volonté
bien
arrêtée de réduire l'humanité et d'en
détruire une grande partie,
voire
la plus grande partie.
Ce
n'est pas un état d'esprit, sans passage à l'acte. C'est le
meurtre
en action, et les résultats sont là.
Disons
au passage, qu'il s'agit de personnes très haut placées,
voire
les plus haut placées. Il y a donc dans leurs rangs une partie,
et
même une partie importante, voire la plus importante de ce
qu'on
appelle couramment l'élite, disons une certaine élite.
Ecoutons-les
parler, et voyons ces résultats :
Le
Dr J.H. Knowles, Président de la Fondation
Rockefeller
déclarait, dans un important discours prononcé à New-
York,
le 14 mars 1973, devant le conseil national du centre de développement
du
planning familial, je cite : «que c'est le rôle des secteurs
privés
comme du secteur public, d'accélérer le développement
des
avortements légaux, afin qu'ils atteignent aux USA de 1,2 à 1,8
million
par an.» Ce monsieur considérait le massacre de 1,2 à 1,8
million
d'enfants comme un objectif impératif.
Il
ajoutait qu'il fallait répondre à cette exigence, qu'une
politique
de laisser-faire ne permettait pas d'atteindre le but proposé
et
qu'il fallait une politique volontariste de l'avortement de masse. Il
envisageait
l'introduction de pressions légales, pour contraindre à
l'avortement
de
masse, et il s'insurgeait contre les institutions offrant
une
alternative.
Dans
son esprit, il ne s'agissait pas seulement d'autoriser
l'avortement,
c'est-à-dire d'autoriser un meurtre, mais il s'agissait de
contraindre
à l'avortement pour aboutir à un avortement de masse.
Autoriser
un meurtre sans sanction était déjà une révolution.
Mais le
promouvoir
afin qu'il y en ait le plus possible était une étape
au-delà
tout
à fait décisive.
Ces
documents ont été produits par le Professeur Rice,
professeur
de droit devant la commission des règlements de l'administration
du
Sénat des États-Unis, à l'occasion de la nomination de
Nelson
Rockefeller, comme vice-président des États-Unis, le 26 septembre
1974.
Le
Professeur Rice a emprunté sa documentation exclusivement
aux
publications de la Fondation Rockefeller elle-même.
Tout
ceci a été publié dans «Pro Life Reporter»
volume 3
n°
7 summer (été) 1974, reproduit par US coalition for Life Export
Pennsylvania
15632 USA.
Le
professeur Rice a écarté les documents venant des
ennemis
de la Fondation Rockefeller, ce qui donne un poids considérable
à
ses déclarations officielles et supprime les doutes.
Donc,
l'assassinat de 1,2 à 1,8 million d'enfants aux USA
est
considéré par ces gens-là comme un objectif, comme un but
à
atteindre,
au besoin par la contrainte.
Le
commandant Jean Yves Cousteau, membre de
l'Académie
Française, universellement connu, dans le Courrier de
1'UNESCO
novembre 1991, page 13, demande la mort de 350.000
humains
par jour en plus de la mortalité normale. Au Rwanda, on en
a
tué 700.000, mais en deux mois seulement. C'est bien, mais pas
assez.
(au rythme Cousteau, 350.000 par jour, pendant 60 jours, cela
fait
21 millions). C'est sans doute la raison pour laquelle les
Occidentaux
qui savaient ne bougeaient pas (c'est l'honneur de la
France
d'être intervenue).
William
AIKEN, dans un livre publié à New-York en 1984
(Earth
Bound New-introduction Essais Environnemental - Ramdon
House
1984 - New-York) déclare : «une mortalité humaine massive
serait
une bonne chose. Il est de notre devoir de la provoquer. C'est le
devoir
de notre espèce vis-à-vis de notre milieu d'éliminer 90 %
de
nos
effectifs».
Le
Professeur HERLICH demande le massacre des 5/6e de
l'humanité.
Il
accordait à la France 500.000 habitants au lieu de 60
millions.
Hudson
Hoagland, Président de l'American Academy of
Arts
and Sciences, déclare dans un article de 1972 : «Pourquoi
contrôler
la fertilité». Il y a deux solutions «accroître le
taux de mortalité
ou
réduire le taux de natalité.
Parmi
les mesures suggérées par Hoagland, on trouve :
stérilisation
temporaire
des femmes célibataires et des femmes venant
d'accoucher
jusqu'à ce que le gouvernement en décide autrement,
stérilisation
obligatoire
des hommes ayant plus de trois enfants, introduction
de
substances contraceptives dans l'eau et la nourriture.
On
remarque qu'il s'agit de mesures d'état totalitaire, intervenant
sans
scrupule dans la vie personnelle des humains dans un but
de
destruction avoué.
Les
trois grands rapports officiels américains, adressés aux
Présidents
des USA : - «Projet pour les années 80» du CFR (Council
of
Foreign relation) - Le «Rapport Global 2000» aux Présidents
- Le
«Rapport
Kissinger NSSM 200» concluent dans le même sens.
Le
rapport Kissinger NSSM 200 a été analysé en détail
par
la
revue française «Le Temps de l'Église» n° 8 avril
1993.
C'est
bien une destruction massive de la population qui est
préconisée
officicllemcnt ct déjà en cours de réalisation par une
politique
massive
d'avortements.
La
culture de mort n'est pas une idéologie platonique, mais
une
force de combat en action. On voit qu'elle est préconisée par les
plus
hautes personnalités américaines qui appartiennent
évidemment
à
l'élite.
Quels
sont ses résultats ?
L'ONU
qui participe à l'action va nous le dire. Selon des
sources
officielles, à savoir précisément l'ONU et plus
particulièrement
le
FNUAP (Fonds des Nations Unies pour les activités en
matière
de population), il y a eu en 1996, 45 millions de morts dans
le
monde par avortement provoqué, soit, depuis 24 ans (le discours
Knowlès,
président de la Fondation Rockefeller, appelant au massacre
date
du 14 mars 1973), 45 x 24 = 1 milliard 80 millions de morts.
Admettons
qu'il y n'y ait pas eu tout de suite 45 millions
de
morts par an, on arrive quand même, en chiffres ronds à : 1
milliard
de morts par avortement, soit 1/6e de l'humanité.
C'est
en gros six fois plus que les pertes provoquées par les
deux
guerres mondiales, le communisme et le nazisme réunis.
Et
la perte en matière démographique est encore plus grande
que
ne le donne à penser ce chiffre de 1 milliard.
En
effet, l'espérance de vie d'une population est l'addition
de
l'espérance de vie de chacun des individus qui la composent. Les
individus
ont tous les âges, les uns étant au début de leur vie, les
autres
à
la fin, et le reste entre les deux. L'espérance de vie d'une personne
à
la fin de sa vie est très faible, celle d'une personne au milieu
de
sa vie est, en gros, l'espérance de vie admise de la population
moins
son âge. Celle d'un jeune enfant est beaucoup plus grande. Et
celle
d'un enfant dans le sein de sa mère plus grande encore. Pour
établir
un
chiffre exact, il faudrait des calculs mathématiques très
compliqués,
comme
nous les donnent les tables des compagnies d'assurances.
Mais,
on peut dire, en première approximation, qu'un milliard
de
morts par avortement, c'est, en matière de perte d'espérance de
vie
d'une
population, au moins comme 2 à 3 milliards de morts de la
mortalité
générale,
cette dernière se produisant plus dans les âges
élevés
que
dans l'âge adulte ou le très jeune âge.
Ce
n'est pas tout. La perte de substance pour l'humanité est
encore
plus grande. En effet, la mortalité générale se produit le
plus
souvent
après que les humains ont eu leurs enfants et même le plus
souvent
leurs petits enfants. Donc, les générations suivantes ne vont
pas
ou très peu diminuer par la mortalité générale,
davantage par la
mortalité
due aux guerres qui tuent beaucoup de jeunes hommes,
mais
cependant, même dans ce cas, elles sont peu diminuées. Dans le
cas
de l'avortement, les générations ultérieures
correspondantes à la
population
avortée sont totalement supprimées. En ne comptant que
deux
générations descendantes (avec la prolongation de la durée
de
la
vie, ce serait plutôt trois), avec un coefficient de strict
renouvellement
de
2,1, ce sont deux générations d’un milliard chacune qui
sont
supprimées,
soit deux milliards d'hommes, soit, en comptant le
milliard
d'avortements, une perte humaine de 3 milliards d'humains,
soit
la 1/2 de l'effectif de l'humanité actuelle. Ce sont les
résultats
actuels
déjà réalisés de la politique d'avortement
légal imposée.
Si
l'action de ces gens-là continue encore 20 ans, à partir
de
maintenant, ils auront tué en empêchant de naître
l'équivalent de
l'effectif
de l'humanité actuelle (1 milliard d'avortements + 2
milliards
de descendants supprimés, cela fait 3 milliards à ajouter aux
3
milliards supprimés par l'avortement déjà
réalisé, cela fait 6
milliards).
Autrement
dit, la guerre de l'avortement est bien une guerre
d'extermination,
très supérieure et de très, très loin à
toutes les
guerres
connues depuis l'origine des temps.
Tous
ces morts sont des innocents, ce ne sont pas des coupables
condamnés
à mort par la justice pour actes graves.
La
culture de mort pratique donc le meurtre en grand et
même
en très grand et contre des innocents. C'est le crime à
l'état pur
dans
lequel la victime n'a aucun tort.
La
culture de mort impose l'arbitraire :
Le
choix des victimes est décidé arbitrairement. En
France,
par exemple, 1'IVG ne peut être pratiquée qu'avant la fin de
la
10e semaine de grossesse (Article L 161-1).
Autrement
dit, le dernier jour de ce délai, l'avortement est
encore
légal. Un jour plus tard, il ne l'est plus.
Même
si l'avortement était permis jusqu'à la veille de l'accouchement,
pourquoi
serait-il permis de tuer jusqu'à la naissance et
interdit
dès la naissance ?
Avec
le vieillissement extrême de la population qui existe
déjà
en Europe Continentale et qui va, par la volonté des politiciens
actuels
de tous ses pays, prendre des proportions encore plus importantes,
créant
des problèmes financiers d'une extrême gravité, avant
de
devenir complètement insolubles, la culture de mort peut très
bien
suggérer
l'arrêt des soins médicaux à partir, par exemple, de 70
ans.
Toujours
l'arbitraire, pourquoi pas 69 ou 71 ? Et donner deux chiffres
est
encore un phénomène d’arbitraire.
Si
vous faites un infarctus du myocarde à 70 ans moins un
jour,
vous avez le droit d'être soigné. Si vous le faites à 70
ans plus
un
jour, vous avez le droit de mourir sans soins. C'est précisément
ce
que
la culture de mort réclame. Pour l'enfant non né, vous avez le
droit
de le tuer sans motif jusqu'à une certaine date. L'arbitraire est
total.
En
raison du vieillissement accéléré de la population, non
seulement
dans de nombreux pays, mais bientôt à l'échelle mondiale,
la
tentation va être forte de laisser mourir et de tuer les personnes
âgées
à partir d'une certaine date. Si la culture de mort reste en
vigueur,
la probabilité de ce genre de choses est élevée. Les nazis
tuaient
les personnes socialement inutiles, les malades mentaux, les
handicapés,
par exemple. La culture de mort actuelle va quantitativement
beaucoup
plus loin.
Pour
supprimer l'arbitraire, la culture de mort doit autoriser
le
meurtre de toute personne, à tous les âges, sans motif, et pour
couper
court à tout arbitraire, par simple convenance personnelle et
sans
avoir à fournir d'explications, comme c'est le cas actuellement
en
France pour l'avortement, mais dans la période légale.
C'est
ce à quoi aboutit la logique de la culture de mort, si
elle
se débarrasse de l'arbitraire, et précisément des limites
fixées
arbitrairement.
Si en somme elle s'améliore.
Pour
ne plus être arbitraire, la culture de mort doit être
totale.
Si
la culture de mort va jusqu'au bout de sa logique, afin
de
faire disparaître l'arbitraire, c'est l'insécurité pour
tous, - avis aux
élites
- y compris d'ailleurs pour les adeptes de la culture de mort euxmêmes,
et
l'on voit très bien, dans un autre domaine, mais dans une
autre
variété de culture de mort, les groupes de gangsters
s'entre-tuer,
et
le tueur tue un tueur, avant d'être tué par un autre tueur. C'est
l'insécurité
pour
tous, et il ne reste plus, pour ceux qui tiennent à la vie,
qu'à
se barricader soigneusement dans un univers restreint et protégé.
C'est
une conséquence pratique de la culture de mort qui devrait retenir
aussi
l'attention des élites.
Rien
ne s'oppose, sur le plan logique, à ce que la culture de
mort
ne s'étende à un domaine plus large que le domaine restreint
où
elle
est cantonnée actuellement, mais qui lui permet quand même de
tuer
tous les enfants non pas d'une année mais de chaque année, et
donc
de toutes les générations.
Il
n'y a que 300.000 avortements en France par an, parce
que
les parents de ceux qui naissent ont refusé la culture de mort.
Mais,
la loi autorise à les tuer tous, dans les limites de temps qu'elle
précise
arbitrairement.
C'est
seulement parce que la culture de mort est rejetée par
un
certain nombre de personnes, qu'ils ne sont pas tous tués.
La
loi en France ne précise aucun contingent (ce qui serait
arbitraire),
ce qui signifie que toute femme a droit de tuer tous ses
enfants.
C'est l'avis de l'actuelle Cour de Cassation.
Le
seul rempart qui nous reste en France, est que ce «droit
de
tuer les innocents », n'est pas encore inscrit dans la Constitution.
L'élite
doit évidemment faire ses choix dans cet aspect des
choses,
et dire notamment quelle société elle propose et choisit.
Par
ailleurs, la culture de mort ment.
Nous
n'allons pas énumérer la liste des mensonges dans
cette
affaire. La femme sait, depuis l'origine des temps, que son
enfant
est d'espèce humaine. On a tenté de lui faire croire, pour la
déculpabiliser,
que ce n'était pendant longtemps qu'un amas de cellules
sans
importance, et que l'acte en question était lui aussi sans
importance.
Si c'était vrai, pourquoi agir et se donner tant de mal ?
La
liste des mensonges est longue, comme les statistiques
hautement
falsifiées par exemple, comme on a pu le démontrer
notamment
en France, mais c'est très probablement aussi le cas
ailleurs.
Enfin
: elle est dans l'erreur.
L'équation
du Club de Rome (réserves connues/ consommation
annuelle
= x années), qui a affolé des quantités de personnes
et
est à l'origine de ce malthusianisme de destruction exterminatoire,
est
complètement fausse.
L'homme
ne détruit pas la matière en l'amenant au néant,
il
ne fait que la manipuler et les matériaux sont recyclables. Même
les
atomes
constituant les combustibles ne sont pas détruits. Il y a des
déstructurations
moléculaires qui pourraient être suivies de restructurations.
L'exemple
le plus facile à donner est :
C
+ 02 = CO2 + chaleur et C02 + énergie = C + 02.
Cette
dernière réaction est réalisée tous les jours par
les
végétaux,
grâce à l'énergie lumineuse solaire. C'est la
photosynthèse
qui
réalise donc la réaction inverse de la combustion :
CO
2 + énergie = C02.
Après
x années il n'y aura plus de fer, c'est encore rigoureusement
faux.
Cette
conclusion est liée à un sens aberrant donné aux
mots
consommation et production, précisément par ces gens-là,
et par
tous
ceux qui les suivent.
C'est
le « sens » même de ces mots qui est en cause.
Quand
vous dites : « l'homme produit du fer», ceci veut
dire
qu'il le sort d'où il est, l'isole, le manipule, le rend utilisable pour
son
usage, mais n'a jamais voulu dire qu'il a créé du fer à
partir du
néant,
ce qui serait une création « vraie ».
Ce
n'est pas là une opinion, un avis, mais un fait.
Quand
on dit: « l'homme consomme du fer », ceci veut
dire
qu'il l'emploie, s'en sert, mais n'a jamais voulu dire qu'il l'a
détruit
en le transformant en néant.
La
« consommation » n'est pas une destruction vraie. C'est
encore
un fait et non une opinion.
Le
fait que la « production » ne soit pas une création vraie,
c'est-à-dire
à partir du néant et que la « consommation » ne soit
pas
une
destruction vraie, c'est-à-dire avec retour au néant, signifie
qu'il
y
a sur terre la même quantité de fer, de métaux, de
minéraux, etc…
aussi
bien après qu'avant l'intervention de l'homme.
Il
n'y en a pas plus après la « production » qui n'a rien
créé
à
partir du néant. Il n'y en a pas moins après la «
consommation » qui
n'a
rien ramené au néant. L'homme ne réalise qu'une
manipulation
sans
création vraie, ni destruction vraie de la matière.
Quand
la manipulation aboutit à la libération d'énergie
(déstructuration
moléculaire, ou fusion ou fission atomique), cette
énergie
est libérée où ? Dans la nature (qui ne perd rien).
Et
toute opération de déstructuration peut être suivie d'une
opération
de restructuration avec absorption d'énergie, mais il y a
aussi
la mise en réserve de celle-ci et le matériel restructuré
se trouve
où
? Dans la nature.
En
raison de l'équivalence matière-énergie
démontrée par
EINSTEIN,
une partie de la matière ne fait, dans le cas de transformation
en
énergie, que se transformer en son équivalent,
c'est-à-dire
l'énergie
qui, de plus, n'est pas libérée n'importe où (hors de
l'univers),
mais
dans l'univers, c'est-à-dire la nature qui ne perd rien.
Ceci
n'est pas contestable.
Le
fait que l'activité humaine ne soit qu'une manipulation
de
la matière sans création vraie ni destruction vraie, fait
disparaître
la
notion d'épuisement des ressources terrestres. Il y a des
déstructurations
moléculaires,
mais qui peuvent être suivies de restructurations.
Elle
agit à la manière d'une diastase qui préside à des
remaniements
moléculaires
sans détruire les éléments atomiques constitutifs.
L'homme
est dans le cosmos. C'est une diastase cosmique. C'est une
qualité
très particulière qui lui offre des perspectives
considérables.
L'activité
humaine n'entraîne pas de destruction vraie de la
matière.
Un
accident cosmique pourrait, certes, produire des dévastations
massives
sur terre, mais cela nous dépasse, et n'a, de plus, rien
à
voir avec l'activité humaine.
La
notion d'épuisement de la nature par l'activité humaine
est
sans fondement et n'existe pas. Autrement dit, la motivation de la
récession
économique maximum volontariste et du malthusianisme
démographique
de destruction n'existe plus. La motivation de cette
destruction
humaine massive n'existe plus.
C'est
cette théorie fausse - celle de l'épuisement rapide de
la
matière par l'homme - qui a conduit à ce malthusianisme
féroce,
farouche,
un malthusianisme d'extermination.
Il
est le moteur même de la culture de mort, qui sans lui
n'existerait
pas et qui n'a donc plus de raison d'être.
On
est obligé de dire qu'une part importante de ce qu'on ne
peut
pas ne pas appeler les élites a participé et participe toujours
à
cette
culture. Les patrons des grandes fondations américaines qui ont
organisé
cette entreprise de destruction humaine, gigantesque et massive,
appartiennent
aux hauts sommets de l'échelle.
Il
y a certainement des élites dans le respect de la vie, mais
la
masse des hauts dirigeants de très nombreux pays qui ont approuvé
la
culture de mort est impressionnante et on est obligé de dire
qu'ils
sont une forme d'élite, qu'ils appartiennent à l'élite.
Quel
peut donc être le rapport entre les élites et le respect
de
la vie humaine, puisqu’une très importante partie de celles-ci,
dans
un
très grand nombre de pays a accepté - et accepte toujours - la
culture
de
mort et ses pratiques et continue sa promotion ?
Dans
le relativisme contemporain, toutes les opinions sont
également
respectables, et chacun peut librement les professer, à
condition
de ne pas chercher à les imposer.
Même
dans cette perspective relativiste, la philosophie du
respect
de la vie a donc le droit de proposer ses valeurs en face de la
culture
de mort, et, puisqu'elle se propose à un choix, de vanter ses
mérites,
et de se prétendre supérieure. Elle a donc, même dans cette
perspective,
le droit de se proposer à l'élite.
Mais
dans la situation présente, le problème ne se pose pas
sous
la forme d'un libre choix. La culture de mort tend à s'imposer par
la
force (Chine) et la contrainte. En France même, le grand appareil
médiatique
se livre à une intoxication de force, la libre discussion
n'existe
pas. Les membres du respect de la vie sont obligés de payer
les
avortements, sous peine de poursuites. Et il est strictement interdit
de
tenter de sauver un enfant non pas menacé de mort mais qui va
être
tué sûrement par avortement alors que la loi d'assistance à
personne
en
danger existe toujours et vous l'impose. La contradiction
juridique
est évidente. Néanmoins, si vous voulez sauver un enfant,
les
sanctions judiciaires sont immédiates. Nous sommes bien dans
une
société criminelle, avec des dirigeants criminels, donc des
élites
criminelles.
Donc,
nous ne sommes pas placés dans cette perspective
relativiste,
qui met au départ le bien et le mal sur le même plan. Dans
la
situation présente, nous sommes au-delà de ce relativisme
contemporain,
nous
vivons sous la contrainte de la culture de mort. qui
n'admet
pas, elle, la présentation libre de notre position. Nous sommes
donc
obligés au combat et nous le serions même si ce n'avait pas
été
notre intention première.
Il
faut donc être clair. Il y a le bien et le mal, le vrai et le
faux,
la vérité et l'erreur, la vérité et le mensonge. La
culture de mort
aligne
le meurtre, l'arbitraire, le mensonge et l'erreur.
Personne
ne peut dire aujourd'hui que le meurtre, a fortiori
prémédité,
ne fait pas partie du mal, à moins d'accepter une inversion
totale
des valeurs qui conduirait l'humanité à sa destruction finalement
totale.
Le crime légal contre des innocents et dans l'arbitraire
total
est une monstruosité que les élites doivent rejeter. Elles
devraient
se précipiter pour ce rejet. Ceci heurte les bases même de
notre
civilisation. Et ceux qui acceptent ce crime, et encore plus ceux
qui
l'ont préconisé, inspiré, imposé et contraignent le
monde à l'ap-
pliquer,
appartiennent à une autre civilisation incompatible avec la
nôtre.
Comme ce crime ne va pas seul, mais s'accompagne de l'arbitraire,
du
mensonge et de l'erreur, c'est bien d'un autre monde qu'il
s'agit.
Ces gens sont parfaitement identifiés comme on l'a vu plus
haut.
Il s'agit du mondialisme malthusien impérialiste américain qui
est
en train notamment de détruire l'Europe continentale.
L'heure
est venue de conclure.
L'élite
étant faite des meilleurs, les meilleurs peuvent-ils
choisir
une philosophie inférieure ? La réponse est : non. Peut-on
accéder
à l'élite avec une philosophie inférieure ? La
réponse est :
non.
Peut-on rester dans l'élite, si l'on choisit alors une philosophie
inférieure
? La réponse est : non.
Les
choses apparaissent claires. Elles sont en effet très
claires.
Mais, elles sont difficiles Elles sont même très difficiles, car
une
très grande partie des sommets a adopté la culture de mort.
En
France, par exemple, et c'est le pays le moins touché de
l'Europe
continentale les 5/6e de la précédente Assemblée Nationale
sont
pour la culture de mort. Et encore, dans le 1/6e restant, une
bonne
partie est pour la loi Veil, ce qui est très loin du respect de la
vie.
Ces gens veulent appliquer toute la loi Veil, c'est-à-dire inclusivement
les
parties qui comportent une certaine limitation du meurtre
de
masse. Alors que les autres sont en accord pour la violer au-delà
et
violent notamment toutes les clauses restrictives de la loi.
Ceci
signifie que le rétablissement du respect de la vie
représente
un retournement de la grande majorité des sommets, c'està-
dire
des élites, c'est-à-dire un véritable bouleversement de la
situation
actuelle.
Les
sommets sont, qu'on le veuille ou non, d'une certaine
façon,
les élites.
Nous
faisons appel aux élites qui sont déjà dans le respect
de
la vie pour qu'elles augmentent leur effort et aux autres pour qu'elles
abandonnent
la culture de mort, pour rejoindre le respect de la vie.
Sur
le plan de l'idéal de la pensée, la culture de mort,
l'arbitraire,
le
mensonge et l'erreur qui l'accompagnent, doivent être évidemment
abandonnés,
mais un tel ensemble a aussi un retentissement
négatif
profond sur la qualité de la vie pratique (affaiblissement
économique,
sénilisation
des peuples). Ceci compte aussi dans l'option
finale.
Contrairement à ce que veut faire croire la propagande pour la
culture
de mort, celle-ci ne s'accompagne pas d'un enchantement,
d'une
euphorie et d'une amélioration éblouissante de la vie de tous les
jours.
C'est tout le contraire, elle amène un profond amoindrissement
de
celle-ci, que la propagande de la culture de mort cherche à occulter
soigneusement.
L'élite
ne s'arrête pas, par définition, à ce genre d'argument,
mais
s'oriente sur l'essentiel. Cet essentiel doit suffire à la
déterminer
en faveur du respect de la vie.
Nous
espérons donc que l'élite optera en masse pour le
respect
de la vie et y retrouvera la partie de l'élite qui a déjà
fait le
bon
choix.
Le
respect de la vie est tout à fait certain de la
supériorité
de
la philosophie qu'il offre à tous, et il accueillera avec grande
satisfaction
la
partie de l'élite encore égarée.
Merci
de votre aimable attention.
Dr
Emmanuel Tremblay
Les
élites traditionnelles en
Europe
:
passé
et avenir
Roberto
De Mattei
Les
élites en Europe, entre passé et avenir ; leur rôle dans
le
chaos contemporain. Ceci est le thème de mon exposé.
1.
Élite et aristocratie : la conception classique
La
définition du mot élite est préalable. Ce terme est en
effet
utilisé aujourd’hui de façon ambivalente et peut donner
lieu à
des
équivoques et à des malentendus. Il importe donc d’en fixer
bien
le
sens.
La première signification du mot est