Généalogie, jubilé et histoire
de la famille
de Siebenthal

La dernière née de la famille, Isabel  en petit ange.

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Mon âme exalte le Seigneur

et mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur

Magnificat (La Bible, Luc 1, 46)

 

Lucie de Siebenthal-Favre, à Lausanne ;

Bruno et Ylva de Siebenthal-Torgersruud, Alexandra et Patrick, à Chavornay ;

Hugues et Christine de Siebenthal-Cuénoud, Vincent, Thomas, Claire et Christophe, à Epalinges ;

François et Cecilia de Siebenthal-Tinio, Jean-Martin, Maria Marina, Maximilien, Maria Inès, Marc-André, Nicolas, Alexandre et Maria Isabel, à Lausanne

Marie-Luce Jerabek-de Siebenthal, Stéphane et Carole Jordan, Roman et Jan Jerabek, à Colombier, NE

Les fils de feu Jean-Luc de Siebenthal, Johan Torgersruud, à Stockholm et David de Siebenthal, à Territet

ainsi que les familles amies,

 

ont la grande tristesse de faire part du décès de

 

M. Jean de Siebenthal

Mathématicien, professeur à l'Université de Lausanne et à l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne, Docteur EPFZ

 

qui a rejoint la maison du Père à l'âge de 88 ans, le 5 février 2006 le lendemain de l'anniversaire de sa femme.

 

Il laisse à tous un souvenir d'humour spirituel. « Dieu est amour, Dieu est humour » disait-il souvent. Tendre époux et père attentionné, homme de chiffres et homme de lettres, philosophe mathématicien hors normes, il s'est consacré de toute son âme à ses devoirs.

 

Domicile de la famille : Grand-Vennes 25, CH 1010 Lausanne ou info@de-siebenthal.com

 

Au lieu de fleurs et en son souvenir, il vous est possible de faire un don au Centre de Documentation Civique CCP 10-26139-6.

 

La Messe funèbre aura lieu en l'église St Etienne La Sallaz, Rte d'Oron 10, Lausanne, ce vendredi 10 février, à 14h45. Les petits enfants sont les bienvenus.

 

Domicile mortuaire: Chapelle Saint-Roch, rue Saint-Roch 19, 1004 Lausanne.

 

Cet avis tient lieu de lettre de faire part.

 

Christus vincit             Christus regnat           Christus imperat

 

Peu avant son départ, il a fondé www.lentente.com , pour mieux incarner ses idéaux sans la Cité.
Un décret publié ce vendredi par le Saint-Siège annonce que Benoît XVI accordera l'indulgence plénière ou partielle aux fidèles, lors de la Journée mondiale du Malade, qui aura lieu le 11 février prochain en la fête de Notre Dame de Lourdes et qui commencera vendredi soir, dès que 3 étoiles brilleront dans le ciel.

http://www.de-siebenthal.com/gdpapagdmaman.jpg

http://www.finality.ch/viedesieb.htm

Merci de cliquer sur le mot souligné.

La famille ,petite chronique.

Histoire , quelques éléments Burgondes et Valser...

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Politique, communiqués de presse et plus...

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Réservé ,sur demande.

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La vie de Jean de Siebenthal

Conversion

Au début

Je suis né le 26 juin 1917 à Lausanne, soit 13 jours après la seconde apparition de la Vierge à Fatima, par simple coïncidence évidemment, et cela dans une famille protestante, issue d'une lignée, catholique jusqu'au début du seizième siècle.

Mon père, menuisier très travailleur, dirigeait un petit atelier dans lequel il fabriquait des malles-auto et des ruches ; ma mère, couturière, tenait à la perfection son ménage, tout en élevant quatre enfants : mon frère William, devenu maître menuisier et soutien de famille, ma soeur Clarice, institutrice et peintre remarquable, mon frère Michel handicapé, et moi-même, troisième dans l'ordre des naissances. Mon père aurait voulu devenir géomètre : c'est de lui que j'ai eu quelque goût pour cette science.

Mon père et ma mère observaient correctement les préceptes de la Bible, et me firent suivre l'école du dimanche à la Cathédrale . Plus tard, le pasteur Robert Payot, au temple de Saint Laurent, marqua ma mémoire de prédications vigoureuses, empreintes de poésie, dans une ambiance assez nettement calviniste: ...incapables par nous-mêmes de faire le bien, et qui transgressons chaque jour et de plusieurs manières tes saints commandements, ce qui fait que nous attirons sur nous par ton juste jugement la ruine et la perdition...(je cite de mémoire).

Il est certain que l'amour des Ecritures me rendit ultérieurement de grands services. Vers 17 ans, un jour de quasi-désespoir, je me rendis du 5e étage de la rue du Mont-Blanc 1 à la Pontaise jusqu'à la cave où se trouvait une bible (traduite sur la Vulgate par Lemaistre de Saci), ce qui m'aiguilla sur la récitation par coeur du Psaume 1, entre autres, et sur des lignes de Saint Paul ou de Saint Jean.

Ce séjour à la Pontaise fut également déterminant pour mon éducation physique, m'habituant à courir souvent quelques kilomètres le matin, et à suivre des séances de culture physique prodiguées aux jeunes paroissiens par le champion mondial dejiu-jitsu Armand Cherpillod.

A mon avis, le redressement de la société ne peut commencer que par le redressement préalable de la mémoire, structurée par la Parole. A Zurich, à l'église française, en 1945, le pasteur Perret évoquait non sans regrets l'heureux temps où chaque culte comportait nécessairement l'énoncé du Décalogue, cette digue contre les turpitudes qui inondent le monde aujourd'hui.

Comment le jeune homme gardera-t-il pur son sentier?

En restant fidèle à ta parole,

De tout cœur je te cherche,

Ne permets pas que je m'écarte de tes commandements.

Dans mon cœur je conserve ton oracle, De façon à ne pas pécher contre toi.

Béni sois-tu, Seigneur, Enseigne-moi tes principes.

De mes lèvres je récite toutes les ordonnances tombées de ta bouche.

Sur la route tracée par tes paroles, je suis heureux, Comme au comble des richesses.

Tes préceptes, je veux les ruminer Et contempler tes voies.

Tes principes font mes délices, Je n'oublierai pas tes paroles.

Sois bon pour ton serviteur, Que je vive et garde ta parole.

Ouvre-moi les yeux, Que je découvre les splendeurs de ta loi.

Je ne fais que passer sur la terre, Ne me laisse pas ignorer tes commandements.

Mon âme est consumée de ferveur Pour tes ordonnances, en tout temps.

La menace plane sur les orgueilleux, Misérables qui errent foin de tes commandements.

Garde-moi de la honte de et la confusion, Car j'observe ta parole.

Les grands ont beau tenir conseil et parler contre moi, Ton serviteur ruminera tes statuts.

Oui, ma joie, c'est ta parole, Elle me tient lieu de conseiller.

(Extrait du psaume 118)

Premiers contacts

Dans l'appartement au dessous du nôtre à l'avenue Vuillemin à Lausanne habitait une famille catholique nommée Fornallaz; première surprise, mais n'impliquant aucune réflexion particulière. Cependant, plus tard à la Pontaise, je me liais avec un nommé Joseph Kraüter, également catholique, à qui je demandai un jour : Pourquoi aller à la messe ? Parce que je m'y trouve bien, réponse alors sans conséquence .

Cet ami contribua notablement à mon éducation culturelle en me faisant écouter à plusieurs reprises un enregistrement admirable de la symphonie ''Haffner'' de Mozart. Il devint plus tard pianiste dans un orchestre de jazz. Par curiosité, à l'école de sous-officiers, je me rendis à l'église en compagnie des camarades de cette religion, sans éprouver aucune impression déterminante. Je restais sûr que là, on ignorait totalement la bible, et que la Réforme avait fait passer des ténèbres à la lumière.

A la bibliothèque municipale

A la rue des Terreaux à Lausanne s'était ouverte dans les années 1930 une bibliothèque d'accès facile, qui me permettait de nourrir ma mère de romans traduits de l'anglais, langue qu'elle avait apprise lors d'un séjour en Grande-Bretagne. En explorant les rayons, je fus intrigué par une mention : Edification catholique. L'un des titres : L'Imitation, suscita mon intérêt, et une lecture assidue. Bizarre, les citations de la bible étaient nombreuses, et rien ne pouvait choquer un protestant. L'une d'elles se grava dans ma mémoire (à propos du fidèle): Il se réjouit plus d'être méprisé des hommes et humilié par eux que d'en être honoré.

Un autre titre : La vie intellectuelle, ses conditions, ses méthodes,du R.P. Sertillanges (p.44) tombait ''à pic'' au stade culturel où je me trouvais.

La science est une connaissance par les causes, disons-nous sans cesse. Les détails ne sont rien; les faits ne sont rien; ce qui importe, ce sont les dépendances, les communications d'influence, les liaisons, les échanges qui constituent la vie de la nature. Or, 'en arrière de toutes les dépendances, il y a la dépendance première; au nœud de toutes les liaisons, le suprême Lien; au sommet des communications, la Source; sous les échanges, le Don; sous la systole et la diastole du monde, le Cœur, l'immense Cœur de l'Etre. Ne faut-il pas que l'esprit s'y réfère incessamment et ne perde pas une minute le contact de ce qui est ainsi le tout de toutes choses et par conséquent de toute science?

L'intelligence n'est pleinement dans son rôle qu'en exerçant une fonction religieuse, c'est-à-dire en rendant un culte au suprême vrai à travers le vrai réduit et dispersé.

Chaque vérité est un fragment qui exhibe de toutes parts ses attaches; la Vérité en elle-même est une, et la Vérité est Dieu.

 

Cher R.P. Sertillanges, quelle nourriture ne m'avez vous pas donnée alors, complétée par la merveilleuse série d'aphorismes rassemblés dans Spiritualité..

On n'est pour soi-même une personne que par ses liens spirituels avec ses semblables. Sans cela on n'est qu'un moi privé de ses attaches naturelles, et on tend à n'être qu'un specimen du groupe hommien, un exemplaire de l'espèce homme, un individu.

Je ne puis penser qu'en évoquant une idée; je ne puis vouloir qu'en visant un objet; je ne puis aimer qu'en m'attachant à un être. Or que serais-je sans pensée, sans volonté, sans amour? Et à quoi m'abaisserais-je, si je ne consacrais à mes semblables le meilleur de mes pensées, de mes volontés et de mes amours? Le prochain est donc une exigence de ma propre vie, comme mon pain, comme mes rêves.

C'est en toute rigueur parce que je m'aime que je dois aimer le prochain; car je ne puis m'aimer que là où je suis, en Dieu, où sont aussi les autres. Solidaire de Dieu, ne suis-je point par là même solidaire de tout ce qu'il anime et de tout ce qu'il contient?

 

Que dire encore de l'Introduction à la vie dévote de St François de Sales, et du Traité de l'amour divin. C'est ainsi que mes méditations prirent une orientation assez différente, sans m'empêcher de suivre les cultes habituels.

Ecole normale

Mes parents n'ayant pas les moyens de me payer des études secondaires, je me trouvais aiguillé vers les classes primaires supérieures, et vers la classe dite ''en allemand''.

Un texte rédigé pendant de telles heures m'est resté en mémoire:

Sankt Petrus wollte eimal die Welt besser regieren als Gott. Zum beginnen musste er eine Ziege hüten. Es gelang ihm aber mit so grosser Mühe dass er endlich besser fand die ihm gegebene Macht seinem Besitzer wieder zu geben.

Pour accéder néanmoins à une culture étoffée, je pus entrer à l'École normale pour y préparer un brevet d'instituteur (1934-1938), où des maîtres valables enseignaient, sans que je réussisse à obtenir le niveau secondaire, par déficience de l'anglais par exemple. La réussite de l'examen d'entrée me permit ainsi de passer quatre années a l'école normale, formatrice des futurs instituteurs vaudois, avec d'excellents maîtres et des amis sympathiques. Le directeur, M. Chevallaz, menait l'école avec sévérité et gentillesse; notre classe ayant organisé avec la classe parallèle des filles une rencontre ma foi sérieuse, notre directeur fit parvenir aux parents des lettres comminatoires leur annonçant les pires mesures en cas de récidive. Lors de son allocution à la rentrée, il s'écria : non, non, l'école normale n'est pas une école mixte ! Quelques années plus tard. voyant arriver garçons et filles bras dessus bras dessous dans la cour de l'école, il ne pouvait que hocher la tête mélancoliquement.

C'est que la mixité était en marche irrésistiblement. Aujourd'hui, il est avéré que cette mixité constitue une catastrophe pour les garçons, qui ont un impérieux besoin d'une formation masculine pendant l'adolescence, sous peine de devenir des sortes de mollusques perméables aux aberrations; drogue, suicide, etc.

Ces quatre années 1934 1938 laissaient considérer l'instituteur parfois (rarement) comme un "roille gosses" et l'excellent maître J-H Addor (plus tard colonel puis syndic de Lausanne) racontait comment dans son village il avait corrigé un garçon qui était allé se plaindre au pasteur. A la séance suivante, notre lascar recommence ses fanfaronnades, le maître alors le rosse derechef en disant va montrer ton derrière au pasteur... Aujourd'hui, la pédagogie de l'enfant roi le transforme en roille maître, en tue maître même comme aux USA ou en France. Un des bienfaits du style de classe, où nous vivions était la permanence d'une équipe soudée. qui subsiste encore aujourd'hui, contrairement au style en usage par exemple au collège Rousseau à Genève, où chaque leçon est une constellation d'élèves variable d'heure en heure, chacun ayant un horaire selon un choix annuel" ? "

A noter : les heures de musique, violon (M. Henri Gerber), solfège et chant (Charles Mayor) m'ont rendu par la suite de grands services dans des chorales, sous les directions de Carlo Boller (le Psaume 150 de César Frank), de Pierre Colombo (le Gloria de Vivaldi), de Emile Henchoz (le Magnificat de J.S. Bach) et de Michel Rossier, ce dernier : un grégorianiste, de grande culture.

Nous étions dans notre classe deux élèves désireux d'emblée de dépasser le niveau d'instituteur, ce qu'avait remarqué le maître de pédagogie, pour lequel nous étions des ''officiers étrangers'' ; l'un d'eux n'était autre que Julien-François Zbinden, devenu plus tard musicien compositeur de renommée internationale. Quant à moi, je consacrais avec acharnement mon temps disponible aux mathématiques, à la géométrie et aussi aux problèmes d'échecs. MM René Stucky et Jules-Henri Addor ont marqué en moi une façon de penser des plus utiles. L'ambiance de la classe, stimulante, m'a laissé un excellent souvenir.

Université (1938-1942)

La Faculté des Sciences de l'Université de Lausanne admettait des ''régents'', moyennant un examen d'admission pour lequel nombre d'heures de préparation diurnes et nocturnes furent nécessaires. Obtenir une licence en quatre ans, compte tenu des semaines de mobilisation relève d'une prouesse pour laquelle je remercie la sympathie de MM. Gustave Dumas, Jules Marchand, Albert Perrier, Georges de Rham et de Georges Tiercy, et de nombre d'amis trouvés à la société Valdesia. "O alte Burschen Herrlichkeit, wohin bist du verschwunden. Nie kehrst du wieder goldne Zeit..."

Je n'oublie pas mon cher ami le Capitaine Émile Zahnd, qui m'autorisa aimablement à préparer un certificat de mécanique céleste sur les hauteurs voisines des Rochers de Naye...

A Zurich (1944-1946)

Assistant chez le Prof. Perrier, étudiant par exemple la polarisation rotatoire à l'aide d'un volumineux électro-aimant, tout en initiant des étudiants au fonctionnement d'un appareil à rayons X des plus dangereux, j'ai eu l'occasion de m'entretenir avec M. Dominique Rivier, futur recteur, sur des thèmes passionnants, le caractère philosophique de telle tonalité musicale, celle de ré mineur par exemple. Je me retrouve ensuite assistant de mathématiques appliquées chez le Prof. Charles Blanc. Quel honneur de travailler avec ce savant, promoteur d'une activité qui allait prendre à l'École Polytechnique à Lausanne une ampleur si remarquable. De là, je me vois propulsé à Zurich, pour étudier, à l'aide d'une bourse microscopique, à la prestigieuse section IX, notant les cours des grands professeurs Hopf, Eckmann, Plancherel, Gonseth et d'autres. Par chance, en 1945-1946, me voilà assistant de mathématiques, et lancé sur une thèse relative aux algèbres de Lie. Là, je fais la connaissance d'Armand Borel, et collabore avec lui à la rédaction d'un mémoire paru en 1949 sur les sous-algèbres de rang maximal ; il devint rapidement un des plus puissants mathématiciens issus de Suisse, professeur à l'Institut de Princeton aux USA.

Mariage

On peut bien penser que je représentais aux yeux des personnes nubiles un parti à étudier, et que j'ai pu décevoir certaines visées. A Zurich se présenta Lucie, celle que j'allais épouser, sans apparence universitaire, mais qui allait déterminer une orientation surprenante, dans le sens de la famille et aussi de la propriété, me donnant six enfants, suivis de vingt petits enfants, et une maison, voulue et équipée avec amour.

Au Cours de mathématiques spéciales

De 1946 à 1954, j'enseigne les mathématiques aux personnes désireuses d'entrer à l'École Polytechnique à Lausanne sans titre suffisant. L'horaire comprenait 22 heures de mathématiques par semaine, me laissant pratiquement chaque après-midi libre pour la recherche personnelle. Années bénies pendant lesquelles je pus rédiger ma thèse soutenue à Zurich en 1951, et préparer divers mémoires sur les algèbres de Lie toujours, l'un d'eux lié aux groupes de Lie compacts non connexes. Par ailleurs, enseigner à des jeunes toujours très motivés, me remplissais de joie, surtout lorsque certains d'entre eux faisaient des études les amenant au professorat universitaire, MM Mocafico et Del Pedro par exemple. L'environnement au niveau du secrétariat, très réduit, n'en était que plus efficace et sympathique.

Naquirent Jean-Luc (1947-2000), Bruno (1949), Hugues (1951), Claude-Emmanuelle (1954-1954), François (1955) et Marie-Luce (1959).

De 1952 à 1954, je donne à la Faculté des Sciences un cours d'algèbre et de théorie des groupes à titre de privat-docent, tout en poursuivant une évolution religieuse qui commence à se préciser.

Le ciel me tombe sur la tête

Intrigué par la réputation du théologien anglais Newman, je me décidai à rechercher son livre : Itinéraires, introuvable dans mon champ de recherches. Seule solution : aller voir dans la librairie catholique, sise à la rue Chaucrau; démarche insolite, troublant ma conscience, à un point qu'on ne saurait imaginer, telle une trahison vis-à-vis des pasteurs estimables de mon environnement, comme si le Ciel allait me tomber sur la tête. J'en ressortis néanmoins, le livre sous le bras.

Bien pire, un jour de 1954, je participe en soirée à une cérémonie annoncée à l'Église Notre-Dame, sans rien connaître de sa nature. Je faillis m'avancer vers la Communion, mais mon ange gardien freina le mouvement. C'était la grandiose vigile pascale

Déménagement

Quittant le chemin des Vosges à Pully (en 1952), ma famille s'installe à Chailly, par hasard humainement, à 50 mètres d'une pauvre chapelle en bois desservie par un prêtre exceptionnel, l'abbé Jean Schmukli. Ma chère Lucie, connaissant mes penchants, un jour, me poussa de force dans la chapelle. Vas-y !

Cela illustre le poids psychologique qui empêche nombre de protestants de ''faire le pas''. Merci, chérie ! Le catéchisme de conversion commença aussitôt, avec une formation basée sur les écrits des Pères de l'Église, une participation aux rites, la bénédiction du Saint Sacrement me plongeant notamment dans le mystère de la Sainte Présence réelle.

Très reconnaissant au Pasteur Grobéty pour tout le sérieux de l'ambiance protestante où j'avais vécu, j'eus une entrevue avec lui, basée sur le contenu du livre du P. Bouyer, Du protestantisme à l'Église, dont la thèse explique que toutes les grandeurs du protestantisme se trouvent sans altération dans l'Église, mais que certains éléments n'y ont vraiment pas leur place.

Le 29 mars 1956 eut lieu l'entrée de toute la famille dans l'Église. Par ailleurs, je fus nommé professeur à l'Université en 1954. Ces deux événements eurent lieu d'une manière totalement indépendante, sans aucune intention de liaison.

Professeur à l'Université (1954-1969)

A noter que je succédais au professeur Jules Marchand, ancien recteur, homme d'une culture et d'une gentillesse remarquables, dans le bureau duquel à l'avenue de Cour je trouvai une pile de prédications de l'église réformée vaudoise, qui contribuèrent notablement à mon instruction religieuse, un texte du pasteur Goumaz sur la Transfiguration par exemple.

Entrer dans l'Église en 1956 , c'est entrer dans l'Église sous Pie XII, en principe réglée par le rite tridentin, strictement respecté par l'abbé Schmukli, dans le ravissement du chant grégorien. Quelle chance imméritée, alors que dans certaines autres paroisses...Le comble de l'horreur pour les modernistes, ce fut de me voir suivre de multiples retraites de 5 jours animées par les pères de Chabeuil, avec les méditations prescrites par St Ignace de Loyola, qui osait réfléchir sur l'enfer, non sans faire frémir les fidèles sur les merveilles de la vie éternelle. De plus, le curé Schmukli exerçait un petit groupe sur la vie catholique en acte suivant le manuel de la Légion de Marie, dont voici la prière finale :

 

PRIONS

Accordez-nous, Seigneur, à nous qui servons sous l'étendard de Marie, cette Plénitude de foi en vous et de confiance en elle, qui sont assurées de vaincre le monde. Donnez-nous une foi vive et animée par la charité, qui nous rende capables d'accomplir toutes nos actions par un motif de pur amour pour vous, et de toujours vous voir et servir dans notre prochain; une foi ferme et inébranlable comme un rocher, par laquelle nous demeurerons calmes et constants au milieu des croi x, des labeurs et des déceptions de la vie; une foi courageuse, qui nous inspire d'entreprendre et d'accomplir sans hésitation de grandes choses pour Dieu et pour le salut des âmes; une foi qui soit la Colonne de Feu de notre Légion, pour nous conduire unis dans notre marche en avant, pour allumer partout les feux de l'amour divin, pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et l'ombre de la mort, pour enflammer les tièdes, pour rappeler à la vie ceux qui sont ensevelis dans la mort du péché; une foi qui guide nos pas dans le chemin de la paix, afin qu'après les luttes de cette vie, et sans déplorer la perte d'un seul membre, notre Légion puisse se rassembler dans le royaume de votre amour et de votre gloire. Ainsi soit-il.

Que les âmes de nos Légionnaires décédés et les âmes de tous les fidèles trépassés reposent en paix, par la miséricorde de Dieu. Ainsi soit-il.

 

Par suite d'un déménagement, je dus changer de paroisse, et me trouvai brusquement plongé en plein modernisme, la liturgie anticipant en 1959 sur le rite avalisé en 1969, une mutation incroyable, avec suppression du chant grégorien, de la bénédiction du Saint Sacrement, l'interdiction pratique de toute conversion. Bref, ma conversion toute récente, ancrée dans la Tradition, prenait figure d'anachronisme. Un certain esprit conciliaire avait passé par là.

 

Sur la réception d'un converti

En 1820, Charles-Louis de Haller, professeur à l'Université de Berne, se convertit, et se trouve éjecté de sa chaire. Je n'oserais me comparer à cet éminent savant, car un mathématicien se trouve doctrinalement dans une position de tout repos face au pouvoir politique. Je rends grâce à la gentillesse des collègues de Lausanne et de l'EPUL de m'avoir accueilli sans problème. On a simplement ignoré ma nouvelle position religieuse. Un catholique peut parfaitement être nommé professeur, mais pour un professeur protestant, devenir catholique, représente une situation normalement passée sous silence. Dans les milieux catholiques, par contre, on appréhende le risque du'' fanatisme des convertis'', d'où un accueil facilement suspecté. Le converti peut avoir le sentiment d'être devenu un étranger dans chaque communauté. Mais Dieu merci, beaucoup de personnes ont corrigé cette impression.

Je crus bien faire de placer mes enfants dans des écoles catholiques, qui présentaient à mes yeux des avantages, bien réels souvent. En fait, tous ont réussi à y obtenir la maturité fédérale, au Collège Champittet à Pully. Mais un examen attentif pouvait y déceler une pénétration de l'esprit moderniste, visible par exemple chez ce professeur, réalisateur d'un film à la gloire de la Révolution, projeté lors d'une cérémonie de fin d'année, personne ou presque n'ayant remarqué quelque incohérence.

Tout cela ne diminua guère mon activité scientifique, sur laquelle je reviendrai ci-dessous.

 

Congrès

Cette partie donne un panorama des congrès présentés en Suisse romande, de 1965 à 2000, à Lausanne spécialement. Certains ont donné naissance à des Actes, avec les titres des exposés seulement, sans les textes. On a donné certains passages des autres, jugés caractéristiques. Le site www.finality.ch , ou la revue Finalités peuvent compléter.

Les Congrès de Beaulieu

Le chrétien habituellement désire vivre en chrétienté, écouter de bons exposés, plongés dans une ambiance liturgique orientée vers la vie éternelle. Or, des amis français, de 1965 à 1977, organisaient en principe chaque année un congrès axé sur le droit naturel et chrétien, le plus souvent au Palais de Beaulieu à Lausanne, pendant trois jours, rassemblant des conférenciers tels que Jean Ousset le promoteur, Gustave Thibon, Jean Madiran, Marcel de Corte, Louis Salleron, Marcel Clément, les frères Charlier et d'autres, les exposés étant présidés par diverses personnalités issues de pays et continents variés. Quel régal intellectuel, philosophique et culturel ! De plus, un encadrement par des cérémonies dans la pure tradition grégorienne, par des repas chaleureux, faisait de ces journées des bains de chrétienté émouvants et stimulants, dans l'amitié, groupant jusqu'à des milliers de participants. Les Actes de ces journées en témoignent.

Marcel de Corte,

en avril 1970, énonce:

....... la démocratie moderne n'est pas un régime dont on puisse changer. Elle n'est même pas un régime. Elle est une mystification, une illusion analogue au plan collectif à celle que procure l'usage des stupéfiants à l'individu. Les hommes croient se gouverner eux-mêmes. En réalité, à la faveur de cette croyance sans objet, d'autres hommes les gouvernent qui continuent à les gouverner en leur procurant leur ration quotidienne de drogue. Toutes les techniques modernes d'information sont utilisées à cette fin. « Il est constant, disait le Cardinal de Retz, que les hommes veulent être trompés ». Ils préfèrent le rêve à la réalité. D'innombrables êtres humains, morts depuis deux siècles ou prêts à mourir pour « la dérnocratie », le montrent à suffisance. On a beau leur montrer que « la démocratie » a pour essence de n'en avoir pas et de n'exister pas plus qu'un rond-carré, ils sont persuadés qu'elle existe ou qu'elle existera. La fiction démocratique pénètre et imprègne à ce point leur mentalité déracinée du réel par l'individualisme et par le subjectivisme, que rextirper par la force ou par la lumière radio-active de la vérité équivaudrait à tuer le malade. Du reste, l'expérience de deux siècles prouvera que toutes les tentatives de détruire « la démocratie » ont contribué à la renforcer en doublant ou triplant la dose de narcotique nécessaire à ce dessein. Tout l'art des mystificateurs démocrates est d'offrir aux hommes exilés de leurs communautés naturelles une société imaginaire et de les persuader que l'Etat moderne est capable de la réaliser pourvu qu'ils leur confient, à eux les généreux philanthropes, le pouvoir de gouverner la Machine. Les plus vulgaires volontés de puissance peuvent ainsi manœuvrer l'animal politique que son avulsion hors des sociétés naturelles a transformé en pantin.

N'espérons pas davantage un secours quelconque de la part de l'Eglise telle qu'elle est en train d'entrer en « mutation » sous nos yeux. Le type de l'évêque « defensor civitatis » est disparu. La volonté de puissance cléricale, qui jaillit toujours lorsque le prêtre substitue à la verticale du surnaturel l'horizontale du « service de l'homme », veut prendre le relais des volontés de puissance politique défaillantes et les dépasser. Elle n'en est déjà plus au mirage démocratique, elle est au-delà même du communisme, cette « logique vivante de la démocratie ». comme l'écrit Balzac. Elle tente d'instaurer le Royaume de Dieu sur la terre et succombe au Tentateur par excellence qui lui en promet la possession.

La seule attitude à prendre est celle du réalisme intégral.

Lors du Congrès des 5,6.7 avril 1969,

 

Etienne Malnoux

décrit l'ambiance dans certains auditoires en mai 1968:

Les gens qui ont visité la Sorbonne à l'apogée de l'euphorie révolutionnaire n'ont pas manqué d'être frappés par la crasse qui, en quelques jours, transforma la cour, les couloirs et les amphithéâtres en poubelles, par la prolifération des graffitis et affiches individuelles à la chinoise, enfin par les déluges de paroles qui se sont déversés pendant des semaines aux micros de centaines de salles et d'amphithéâtres.

A toute heure du jour ou de la nuit, aux moments des repas, l'observateur était sûr de trouver un groupe quelconque en train de discuter. Parfois un petit groupe, d'autres fois et plus rarement des assemblées de plusieurs centaines de personnes, ou même dépassant le millier, par exemple au grand amphithéâtre de la Sorbonne. Mais toujours quelques traits communs: les ordures, la crasse, le débraillé. Un «orateur» mâle ou femelle au micro, des gens en train de manger ou de boire, des bouteilles vides, des papiers gras. Un groupe d'une dizaine d'individus installé à la tribune, les pieds sur le bureau ex-professoral, pose éminemment et symboliquement révolutionnaire et contestataire. Des garçons et des filles exténués et avachis, somnolant sur des bancs ou vautrés par terre.

Que faisaient-ils là ? Ils parlaient; des étudiants, des jeunes, bien sûr, mais aussi des professeurs, des assistants, des gens plus âgés venus d'un peu partout, beaucoup en spectateurs et en curieux.

En avril 1965,

Gustave Thibon

traitait de: L'information contre la culture dont voici quelques ligne :

La culture apparaît ainsi comme une création continue tandis que l'instruction n'est qu'un inventaire superficiel. Et, pour souligner cette différence, nous reprendrons la distinction, désormais classique, de Gabriel Marcel, entre le problème et le mystère. L'instruction consiste à résoudre des problèmes qui se posent du dehors, la culture à participer intérieurement à un mystère. Nous ajouterons que l'instruction porte sur l'avoir tandis que la culture s'attache à l'être.

J'ai appliqué à l'instruction le mot de «bagage » : on pourrait appliquer à la culture le mot de «nourriture ». Le bagage concerne uniquement l'avoir : notre corps ne varie pas selon le nombre et la dimension de nos valises, mais il se transforme suivant la qualité de notre nourriture. De même, la vraie culture fait corps avec l'homme qui la possède : c'est de 1"'avoir" assimilé, digéré et qui, par là, se transforme en "être".

C'est toute la différence que faisait Montaigne entre « la tête bien pleine et la tête bien faite ». On n'assimile rien par bourrage ou par gavage, mais par appétit.

La culture n'est donc pas seulement une rallonge extérieure, c'est un aliment qui développe et perfectionne le sujet qui l'assimile - et, par là, elle se distingue si bien de l'instruction qu'elle peut survivre à celle-ci, suivant le mot célèbre d'Edouard Herriot : « la culture, c'est ce qui reste quand on a tout oublié ». Ce qui reste, lorsque les éléments extérieurs de l'instruction (faits, dates, formules, citations, etc.) se sont effacés de notre esprit, c'est précisément cet approfondissement de l'être intérieur, cette capacité de réflexion et de critique, cet appétit qui nous permet de recevoir et de digérer de nouveaux aliments. Mais, pour beaucoup d'hommes instruits, on peut retourner la formule de l'ancien maire de Lyon et dire que la culture, c'est ce qui manque quand on a tout appris. C'est l'exemple que nous donnent tant d'érudits qui savent tout et qui ne comprennent rien.

Le type humain qui correspond à ce qu'on appelait au xviiie siècle «l'honnête homme», ou « l'humaniste » d'aujourd'hui, c'est précisément l'homme cultivé au sens que nous venons de définir. L'homme en qui le savoir, intégré dans une expérience vécue, est l'expression et le prolongement de l'être. Et c'est au nombre et à l'influence de tels hommes qu'on reconnaît la vraie civilisation : celle qui consiste, non seulement dans la domination des choses par la technique, mais dans l'épanouissement des esprits et des âmes par la sagesse.

Hélas, l'ébranlement conciliaire fut fatal à cette sagesse profonde, le culte de l'homme allant supplanter celui de Dieu, les moeurs allant s'écrouler: divorce, contraception, avortement, homosexualité, pédophilie, dans un vertige diabolique, rendant même les religions ''égales''.

Le dernier Congrès de Lausanne eut lieu en 1977, nos amis français continuant leurs efforts, visibles notamment dans la revue Permanences, L'homme nouveau, Itinéraires, et beaucoup d'autres publications. Celles conduites notamment par Jean Auguy, dans les éditions de Chiré : Lectures françaises, Lectures et tradition, et par la maison Téqui.

Le Centre de documentation civique

Quelques Suisses, enthousiasmés par les Congrès de Beaulieu, se réunirent chaque mois dès 1970 pour essayer de lancer en Suisse romande un mouvement semblable. On vit ainsi apparaître l'Office suisse de formation civique et d'action culturelle, désireux de faire état des thèses du droit naturel et chrétien, héritier d'une bonne partie de la bibliothèque du curé Henri Simon, et homme remarquable, notamment orateur à l'un des Congrès de Beaulieu. C'est ainsi que des Congrès bien modestes eurent lieu chaque année dans le cadre de Beaulieu à Lausanne, avec le concours administratif du soussigné :

Simultanément se mit en action le Centre de documentation civique (CDC), association dotée d'un compte de chèques postaux, et d'un local logeant la bibliothèque et les réunions : un '' pignon sur rue'', sis d'abord à la rue de l'Avant poste, puis à l'avenue Dapples dès 1976. Cela permit l'édition de notre modeste revue ''Finalités'', sortant 10 numéros de 20-30 pages chacun chaque année. Le site www.finality.ch donne la liste des numéros parus, avec les titres publiés, avec plusieurs textes, et le catalogue de la bibliothèque (environ 2000 livres).

Le CDC a organisé divers Congrès:

En 1971 au Collège Champittet à Pully/Lausanne : Christianisme et politique : avec Jean de Siebenthal:

Forces subversives

dont voici un extrait :

Les tortures physiques, mentales et morales atteignent un degré inimaginable ; sans la présence infernale, on ne pourrait guère s'expliquer la méchanceté glacée avec laquelle est abattue la famille, l'habileté effrayante qui pourrit les consciences, pervertit les actions humaines ; elle seule éclaire le chef-d'œuvre par excellence que produit la rééducation communiste la sensation de liberté dans les chaînes. Et cette mystification réussit : en Chine, à l'heure actuelle, des millions d'esclaves se croient maîtres de leur destin !

Mais l'Église clandestine vit, sa beauté est indescriptible ; la sainteté y fleurit, radieuse, comme aux premiers siècles. En Russie et en Chine, il n'y a plus de chrétiens purement nominaux, tièdes et somnolents ; le prix à payer y est beaucoup trop élevé. Il faut se rappeler que les persécutions ont toujours produit des chrétiens meilleurs, des chrétiens qui n'ont pas peur de témoigner, des conquérants d'âmes, qui sortent de la fournaise purifiés et trempés.

Ce qui vient d'être dit n'est qu'une approche d'un problème gigantesque. Les considérations politiques et économiques entre pays divers ne doivent jamais perdre de vue quelle sorte d'interlocuteur se tient en face. Il est certain que dans un pays sous régime marxiste-léniniste, la nature humaine tend petit à petit à reprendre ses droits, et les violences à s'atténuer en apparence. Mais tant que l'athéisme fondamental n'est pas explicitement et pratiquement récusé, le régime reste intrinsèquement pervers. Ce sera encore longtemps le cas, à vues humaines.

...Un exemple assez connu, qui empoisonne toute la pédagogie, est celui de Rousseau, qui déclare : "L'homme est bon". Les pédagogues modernes font alors de l'enfant un petit roi supérieur à ses maîtres, capable d'autonomie dès le plus jeune âge ; le résultat ? déboussolement de l'adolescence, délinquance et déliquescence juvéniles, en pleine croissance. Jean Cau a des paroles terribles contre Rousseau : "C'est un schizophrène, un paranoïaque, c'est un malade mental".

...Chaque fois que les rouges se sont trouvés face à des chrétiens vrais, donnés à Dieu et aux hommes pour l'amour de Dieu, l'effet a été constant : les communistes se sentent faibles, impuissants, en état d'infériorité. A juste titre. Ils voient trop bien l'extraordinaire mentalité de vainqueurs qui anime tant de catholiques, l'énorme sérénité et joie qui est leur en pleine tempête. Certes, ces chrétiens tremblent, ils ont peur. Mais cette peur porte uniquement sur leur faiblesse, ils craignent d'être infidèles à la grâce. Et c'est pour cela qu'ils implorent la prière de l'Église libre. Mais ils savent que fermes dans leur don total à Dieu ils seront vainqueurs ; ils savent qu'ils ont déjà vaincu. P. Dufay, Etoile contre la Croix, p. 200-201.

En 1972 au même endroit :

Autorité et participation

Marie-Dominique Philippe :Autorité et participation

...Lorsqu'il s'agit de Dieu, il n'y a pas de possibilité de conflit. Il y a le grand artiste : Dieu créateur qui communique à toutes les réalités ses idées, quelque chose de lui. Et puis, Dieu est père c'est-à-dire qu'il nous communique la vie ; et si vous regardez l'Écriture, chaque fois que Dieu communique la vie, il fait en même temps que cette vie soit source de vie. Autorité-participation !

Regardez le début de la Genèse qu'il faut souvent se rappeler. Il donne un commandement aux animaux : "Multipliez-vous ». C'est Dieu qui dit "Multipliez-vous". Et donc en communiquant la vie, il communique la source de la vie. En communiquant à l'homme la lumière, il veut que l'homme soit source de lumière. En communiquant à l'homme la possibilité d'aimer, il veut que l'homme soit source d'amour. Comme c'est curieux la différence du Dieu artiste et du Dieu père ! Encore une fois ça ne fait qu'un ! Mais encore une fois, nous ne pouvons pas avoir un regard direct sur Dieu. Nous sommes toujours obligés dès que nous faisons de la théologie sur le mystère de Dieu d'essayer de comprendre et de nous rapprocher de Dieu sous des aspects différents. Et alors nous voyons ces deux grands aspects : le Dieu créateur qui demande l'adoration et le Dieu père, source de vie qui participe pleinement. Nous comprenons, je crois là, tout le mystère des deux grands aspects de l'autorité de Dieu qui sont quand même très importants à bien distinguer. Le mystère de la royauté absolue de Dieu comme Seigneur et Créateur. Quelque chose qui demeure, qui est présent et que nous devons reconnaître. Toute autorité fondamentalement, pour le chrétien, repose sur cette autorité du Créateur. Si vous ne respectez plus cette autorité première, toutes les autres autorités ne reposeront plus que sur du sable. Fondamentalement, ça repose sur le Dieu créateur., et c'est une autorité qui n'est pas participée et qui ne peut pas être participée : c'est une autorité absolue. C'est pourquoi, nous avons tellement de peine à la reconnaître. Aujourd'hui, nous sommes tellement pris par la participation. Des quantités de gens n'acceptent l'autorité que dans la mesure où il y a participation. Alors si vous appliquez des principes à Dieu, vous voyez ce que ça fait ! "Puisque je ne peux pas être Créateur, Dieu n'existe pas" c'est la parole de Nietzsche. Comment accepter le Créateur puisque si Dieu est le créateur, ça ne peut être qu'en dépendant de lui. C'est impossible ; donc Dieu n'existe pas. Alors on rêve !

 

Chanoine Léon Barbey : Autorité et participation dans la famille

....- Retenons encore la nécessité de demander encore et toujours, la grâce de Dieu, pour nous soutenir dans l'action. "Les gens d'Armes batailleront, et Dieu donnera la victoire" disait volontiers Jeanne d'Arc. Pensons à accepter, à recevoir, les grâces d'État offertes par le Seigneur dans le sacrement de mariage, ciment de l'indispensable unité des époux, fondement de la famille! Pensons-nous plus généralement que nous sommes les instruments de la Providence et que la prière est une force invincible.

Nous en avons la preuve dans les pays où la révolution a provisoirement triomphé - sans église hiérarchique, parfois contre elle, les fidèles maintiennent, développent et répandent irrésistiblement la Foi. Ils minent le monde marxiste, saisi par le doute devant ses échecs, en attendant de le convertir. Dans cette lutte farouche et souvent héroïque des chrétiens en pays écrasés par la dictature marxiste, la Famille joue un rôle décisif. Il faut lire la presse officielle (il n'y en a pas d'autre) de ces pays : elle stigmatise l'action des grands-mères qui, en gardant leurs petits-enfants leur enseignent le catéchisme; elle publie les condamnations sévères encourues par les parents coupables de transmettre le christianisme, à leurs enfants... et cela, après 55 ans d'une dictature sanglante. C'est clair, la nature reprend toujours ses droits, la vérité est invincible. Nos pays d'Occident trahissent peu à peu leur christianisme et se trouvent en conséquence, gravement menacés. La révolution les attaque sur tous les fronts, elle mine toutes les institutions , mais tout se passe comme si la Famille représentait pour elle la difficulté principale.

Si nous le voulons vraiment la Famille peut livrer la bataille d'arrêt, prélude à la contre-offensive victorieuse : elle demeurera le môle indèstructible de l'ordre naturel et chrétien contre lequel se brisera la révolution.

En 1975 au Rond-Point à Beaulieu/Lausanne :

Egalité et inégalités

Alain Tornay, Egalité, inégalité et participation ,

Jean de Siebenthal . L'égalité désordre et les inégalités de l'ordre.

...Tous les hommes sont égaux devant les permanences de la loi naturelle; tous sont soumis aux préceptes, dont l'inobservation nuit à l'individu comme à l'espèce. Tous reçoivent les mêmes biens: le soleil luit pour les justes comme pour les injustes. Les hommes sont égaux face à la Vérité, et c'est elle qui cause l'égalité fondamentale. En résumé, disons que l'égalité fondamentale des hommes repose sur le fait que tous disposent du même potentiel initial; elle inspire les lois dans une juste mesure.

Or les hommes sont différents ! Et les différences ont des causes multiples: naissance à tel endroit, à telle date, dans telle famille. Un même plant de vigne donne des vins bien différents suivant le parchet, le vigneron ou l'année... . Le même potentiel humain placé dans des conditions très variables provoque des résultats dissemblables, mais ce qui cause essentiellement les inégalités, c'est la réponse donnée librement par chacun aux dons reçus au départ. Chacun se crée lui-même dans une certaine mesure par son travail. Ce que j'ai conquis: aptitudes, facultés particulières, bien matériels, contribue à me rendre différent des autres, et crée par là au plan quantitatif des inégalités. Les hommes deviennent ainsi profondément différents et inégaux, sur le socle de leur égalité fondamentale, et ces différences multiplient les possibilités d'échanges, de communication, multiplie la vie même. Si tous avaient la même voix dans le même registre, avec le même timbre, les chœurs polyphoniques seraient impossibles, et on n'aurait pas de soliste ni même de concert ou d'auditions. Là encore l'inégalité, en tant que différence, est source de vie, de complémentarité, d'harmonie. Si tous les hommes et femmes étaient vraiment égaux, donc identiques, nous serions tous homosexuels, et il n'y aurait plus d'enfants.

Revenons sur les différences entre hommes causées par ce qu'ils possèdent, par leur propriété, foncière, ou autre. Plus l'homme possède, en vue de son bien propre, et en vue du bien commun, non pas égoïstement bien entendu, et plus il est libre. La propriété au sens large, est l'une des conditions de la liberté. Un locataire dans son appartement vit moins librement qu'un propriétaire dans sa maison. Un paysan sur son domaine dépend moins des conditions économiques pour assurer sa nourriture qu'un fonctionnaire dans un appartement. Si la propriété est source de liberté, c'est bien entendu dans la mesure où elle remplit aussi sa fonction sociale légitime, en vue du bien commun. Observons que le propriétaire n'a rien ici du capitaliste; ce dernier ne dispose que des signes de la propriété, et il ne peut guère communiquer avec les inconnus qui travaillent pour lui. Un ordre social équitable reconnaît donc à la fois l'égalité de base, dans l'ordre substantiel, les différences initiales dans l'ordre accidentel, et les différences acquises ou conquises par chacun, seul ou en groupe, dans la perspective du bien commun. Il en tire un ordre, précisément, où les inégalités conditionnent le fonctionnement même de la société. Les élites y jouent un rôle capital, fonctionnel, car sans elles rien ne saurait se suffire. Imaginez un orchestre sans chef, ou une pièce de théâtre sans auteur et sans metteur en scène. Les personnalités les plus développées sont en effet celles qui sont le plus capables de rayonner leurs biens, au profit de tous, et ces diverses capacités de rayonnement ou autorités établissent un ordre dans la société. Les différences inégalités causent donc un ordre, dont elles sont inséparables.

En résumé, les hommes sont des personnes fondamentalement égales qui développent des personnalités différentes, pour accroître l'intensité des échanges, et favoriser une harmonie, un ordre, axés sur le bien commun. Précisons encore ceci: l'inégalité entre les hommes vient de ce que chaque homme est un existant unique, une personne aimée de Dieu d'une manière unique, secrète même. Nous montons ainsi d'un degré encore.

Égalité et inégalité au plan surnaturel.

Passons de l'ordre humain à l'ordre divin, pour y trouver confirmation des thèses précédentes. La parabole des talents prouve que divers sont les dons, divers les réponses et les salaires.

La parabole des ouvriers de la vigne présente des salaires égaux accordés à des prestations différentes: à travail inégal, salaire égal. La parabole du semeur établit qu'un même grain produit des récoltes de types variés, accordés à la réponse du terrain. Et surtout, dans le royaume des Cieux, c'est la même béatitude: voir Dieu, mais avec des différences, car il y aura des grands et des petits: une sublime inégalité dans le même bonheur fondamental. L'enfer même enferme ses adeptes dans le même malheur fondamental: la privation de Dieu, avec des différences aussi.

Michel de Penfentenyo : La formation des élites

En 1976 au même endroit :

La gauche, la droite et le retour au réel

Me Marcel Regamey : La gauche et la droite (Finalités no 23);

Extrait...Le mythe de la page blanche

Faut-il ajouter encore que, pour le révolutionnaire, le mal, qui ne peut être nié, c'est toujours les autres. C'est toujours un ennemi qu'il faut combattre et qu'il faut détruire. C'est la raison au service du moi absolu, c'est aussi le, mythe de la page blanche, et ce mythe est extrêmement important parce qu'il séduit les jeunes générations. Le révolutionnaire croit qu'il est possible d'élaborer une constitution politique simplement sur la base d'un idéal. Il lui semble qu'on peut établir des lois sans tenir compte de la charge d'un passé, et qu'il s'agit toujours de déblayer ce qui est ancien pour, s'étant trouvé devant une page réellement blanche, pouvoir construire ce qui est bon et ce qui est bien. Or nous ne sommes pas des pages blanches et même dans les premières années de notre existence nous ne sommes une page blanche à aucun point de vue. Ni au point de vue des qualités et des défauts hérités de nos ancêtres, ni au point de vue de notre propre comportement. Nous avons un fardeau et ce fardeau l'homme de gauche ne le supporte pas. Il veut une page blanche. Il veut partir à nouveau, ayant déblayé le passé : "Du passé chassons l'importun souvenir" dit l'hymne vaudois.

Vous voyez alors l'homme de gauche qui oscille constamment entre l'aspect rationaliste de sa tendance qui l'amène à un état totalitaire où tout est prévu d'avance par les autorités, par l'organisation sociale comme en Russie, et entre l'anarchie, le refus de toute autorité, comme un certain nombre de contestataires. Il est frappant de constater que ces anarchistes d'une part, et les communistes d'autre part, proviennent du même état d'esprit. Ce ne sont pas deux états d'esprit contraires, c'est le môme état d'esprit mais où la composante n'est pas exactement la même : l'élément rationnel ou rationaliste prévaut chez le communiste, et l'élément libérateur, refus des charges de l'être et du réel, chez l'anarchiste.

Or cette base, un certain nombre d'idées, qui en elles-mêmes ne sont des idées nocives, sont faussées. C'est le cas de l'égalité : il y a une certaine égalité en ce sens que chaque homme est une personne et doit être traité comme une personne ; il y a aussi l'égalité du chrétien devant Dieu, c'est l'abîme entre l'être créé et le créateur ; il y a aussi l'égalité dans le péché. Donc la notion d'égalité n'est pas en elle-même fausse, mais lorsque précisément on a exclu toutes les données du passé, à ce moment l'égalité devient l'égalité absolue de chaque citoyen, et comme il faut créer quand même une cité, alors c'est l'égalité absolue du nombre, c'est le pouvoir du nombre et il n'y a pas d'autre légitimité que le nombre.

La liberté n'est pas une notion fausse par elle-même, loin de là, mais à la liberté qui est une conquête, une véritable maîtrise du réel, on oppose la liberté de principe, la liberté de base, donc la page blanche. Il en est de même de la fraternité qui est une des plus belles idées, mais lorsqu'on dit la fraternité ou la mort, cela devient tout autre chose. Voilà l'homme de gauche en général. Bien entendu, il y a peu d'hommes de gauche qui soient entièrement conformes à ce type, mais chez chacun il y a quand même cet élément sentimental, individualiste, et d'autre part un procédé purement rationnel d'une raison raisonnante dans la réalisation des buts.

La droite, une gauche d'hier

Et la droite ? Et bien la droite existe très peu. On peut se demander même si elle existe. Pourquoi ? Parce que la plupart du temps, elle n'existe que sous forme d'un frein à l'égard de la révolution, et ce sont d'anciens révolutionnaires qui sont devenus des freins.

 

M. Frament ; Méthodes d'action subversives.(Finalités no 22) Me Roger Lovey :

Le retour au réel

(Finalités no 25)..."La loi naturelle, disait Pie XII le 23.10.49, voilà le fondement sur lequel repose toute la doctrine sociale de l'Église" et plus tard, un mois plus tard ou à peine, le 13 novembre 1949 : "Si l'on enlève au droit sa base constituée par la loi divine, naturelle et positive et par cela même immuable, il ne reste plus qu'à le fonder sur la loi de l'État comme sa norme suprême, erre qui est à la base de l'absolutisme d'État et qui équivaut à une déification de l'État lui-même. « Ce droit légal, au sens ou il vient d'être exposé, a bouleversé l'ordre établi par le Créateur, il a appelé le désordre ordre, la tyrannie : autorité, l'esclavage : liberté et le crime vertu patriotique. C'est donc à une étude attentive de tout ce qu'implique l'ordre naturel que nous devons dès lors nous appliquer et je le dirais dans l'esprit de la béatitude - "beati pauperes spiritu » que l'on interprète généralement d'une façon trop restrictive dans la mesure ou l'on ne veut en tirer qu'un détachement des biens de ce monde ; or, cette béatitude implique précisément que cette pauvreté d'esprit signifie en même temps humilité et disponibilité à accueillir tout ce qui est le réel en refusant de faire passer en lieu et place du réel, des idées qui viendraient de la seule personne.

Il nous faut donc nous appliquer également à avoir une notion exacte de ce qu'est l'homme dans toute sa dimension, de ce qu'il possède une âme, qu'il ait un destin qui dépasse et transcende l'horizon terrestre, de ce que ses droits véritablement il les tient de sa nature et de son Créateur, droit à la vie, droit à la dignité ; il les tient de son Créateur et non pas d'une majorité, et non pas d'un gouvernement et non pas d'un État et ils sont par là intangibles. Nous devons apprendre à avoir une notion exacte de ce qu'est la société qui n'est pas un élément surajouté et comme facultatif, mais qui est nécessaire, nécessité vitale au développement harmonieux de tout l'homme ; la première des sociétés est la famille, et si celle-ci vient à faire défaut aucune autre ne peut la suppléer ; de la famille et des sociétés plus larges jusqu'à la patrie, nous devons apprendre également la notion de leur inter-relation, du principe de subsidiarité, et du principe essentiel selon lequel c'est la société qui est faite pour l'homme et non l'homme pour la société. il m'arrive certainement de choquer et d'étonner des gens de mon parti devant qui j'ai l'occasion de m'exprimer ; je dirais qu'a une importance énorme en politique également le fait de croire au péché originel car il interdit définitivement toute croyance à un progrès indéfini de l'homme et en la venue un jour d'un quelconque paradis sur terre.

Les structures sociales et je cite encore une dernière fois Pie XII "Comme le mariage et la famille, la communauté et les corporations professionnelles, l'union sociale dans la propriété personnelle, sont des cellules essentielles qui assurent la liberté de l'homme et par là son rôle dans l'histoire. Elles sont donc intangibles et leur substance ne peut être sujette à des 'révisions arbitraires."

Cette connaissance et cette rectitude ne nous sont pas infuses, elles s'acquièrent par l'étude et c'est l'objet précisément de tout le travail en cellule que veut favoriser l'Office suisse.

 

En outre eurent lieu en Suisse romande des

Conférences de GustaveThibon :

Lausane ; L'érotisme contre l'amour (Finalités no 29)

....Il y a encore autre chose peut-être, et cette autre chose c'est la déviation et la dégradation de l'instinct religieux, du sens du mystère et du sacré qui sont pratiquement disparus dans notre monde devenant de plus en plus utilitaire.

En effet, l'homme a besoin de transcendance qu'on le veuille ou non. Il a besoin de se donner à quelque chose qui le dépasse, à un mystère ou à un pseudo-mystère.

Or, la vraie sexualité, par rapport à l'individu, a quelque chose de transcendant soit du côté de l'espèce, soit du côté de l'esprit. D'où ces affinités entre l'amour humain et l'amour divin qui ont été largement exploitées par tous les écrivains mystiques. En effet, les êtres qui s'aiment, même les médiocres, surtout au début de leur amour, sentent dans cet attrait qui les pousse vers l'être étranger complémentaire, un mystère, c'est certain. Ils ont besoin d'unité, et leur amour est fait avant tout d'attente, de révélation, même si elle n'est pas explicite. Comme disait un mystique, Dieu nous confie son secret sans nous le dévoiler.

Dans l'amour il y a quelque chose de cela, et Dieu sait si l'amour a été inspirateur de grandes réalités. L'amour humain ne se sépare guère de l'amour du sacré. Tout amour tend vers l'amour divin, l'amour des belles choses en particulier l'amour de la nature.

Mais ceux qui sont capables de recevoir cette révélation par l'amour, la cherchent dans l'érotisme, c'est l'ersatz, la seule issue vers l'inconnu qui reste à tant de nos contemporains dont la vie conditionnée, incolore, se déroule sans aventure, sans imprévu sur la terre et sans espérance dans le ciel. Comme le dit le poéte espagnol Maciado, parlant de la solitude des hommes dans la civilisation mécanisée où nous sommes, solitude d'une barque sans étoile et sans naufrage." C'est bien trouvé, bien sûr, on ne risque plus rien, mais on n'a plus rien.''

Alors l'érotisme donne aux gens l'illusion d'échapper à leur médiocrité et à leurs limites. Il y a encore une inconnue dans cette chair étrangère qu'on essaie d'explorer. Céline disait méchamment que l'érotisme est l'infini à la portée des caniches (des caniches humains bien sûr). Je crois qu'il est impossible sans cela de comprendre cette rage de l'érotisme et l'attrait qu'exercent tous ces faux mystères qu'on fait autour d'un vrai mystère oublié et profané. Prenez les fameuses révélations de l'érotisme concernant le corps humain, (beaucoup moins le corps masculin, les femmes sont peut-être moins bêtes que les hommes de ce côté-là) et les gestes normaux, et anormaux de l'amour charnel, comme s'il restait quelque chose encore à découvrir dans tout cela. L'anthologie grecque et les monuments de la vie privée des douze Césars épuisent déjà complètement la question. Il faut un quart d'heure pour tout savoir, et on y revient toujours, et c'est toujours la même chose.

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Sion : Dieu est-il mort ?;

Vevey : Education et liberté (Finalités no 48)

...Créativité

Evidemment je sais que je parle à contre-courant, et je sais aussi, je ne l'oublie pas, les excès des méthodes d'éducation trop coercitives des époques précédentes. Mais aujourd'hui, étant donné la vieille loi de l'égarement des contraires, j'ai l'impression que l'humanité vire vers l'excès inverse. Et on vire vers cet excès qui consiste à préconiser le minimum sinon l'absence de toute contrainte dans l'éducation. Cela équivaut à la négation de l'ascèse et l'ascèse étymologiquement cela signifie exercice. Or, la liberté a besoin d'être exercée. On repousse l'ascèse, l'exercice, nous dit-on, par respect de la spontanéité, de la créativité, ce qui équivaut à demander des fruits avant d'avoir arrosé et taillé la plante. Je me souviens d'une maison, C'est le caslimite mais enfin on y glisse, où un petit de trois ans a fait un caprice et s'est mis à casser de la vaisselle. La mère évidemment a tenté de le châtier, et un psychologue qui était là a dit : "Madame, laissez-le. Il ne faut pas le traumatiser, il ne faut pas le culpabiliser, il a exercé sa créativité !" C'est une drôle de créativité qui consiste à commencer par détruire ! Moi, je me sens tout à fait créateur dans ce domaine-là. C'est facile . . . Goethe rappelle qu'étant enfant, il avait neuf ans, ses parents l'avaient laissé seul avec un petit camarade, et à un certain moment, je ne sais par quel caprice, Goethe a jeté une assiette qui était sur la table par la fenêtre, et elle est tombée dans la rue en faisant beaucoup de bruit. Le petit camarade a été excité et s'est mis à dire : "Encore, encore". Alors Goethe, heureux d'être considéré par son petit camarade a jeté une autre assiette, puis une autre assiette, et finalement il a jeté tout le contenu du buffet dans la rue, et le petit camarade de plus en plus enthousiaste lui criait : "Encore, encore". Inutile de dire que quand les parents de Goethe sont arrivés, ils ont très peu admiré sa créativité.

Permissivité

Dans le même domaine, vous avez la permissivité, au nom de la liberté et au nom de l'amour, alors qu'une permissivité totale est contraire à l'une et à l'autre. Car voyez-vous quelle que soit la créativité et quel que soit l'amour dans les actions humaines, dans l'éducation, en toutes choses, il faut un code de la route. Le code de la route est bien ennuyeux, je suis le premier à le savoir, car j'ai le tempérament très anarchique comme tous les méridionaux. Mais enfin le code de la route rend tout de même la circulation plus libre. Que chacun conduise à sa guise et suivant son caprice, vous aurez les collisions et si vous n'avez pas les collisions, vous aurez les embouteillages. La permissivité totale est également contraire à l'amour. Un jeune homme m'a dit un jour : "Mais pourquoi n'êtes-vous pas partisan de la liberté sexuelle, puisque Saint Augustin a dit "Aime et fais ce que tu veux". Je lui ai dit : "D'abord, il s'agit de déterminer la qualité de l'amour". Quand on aime à un certain degré on peut faire ce qu'on veut parce qu'on ne fait rien de mal, mais dès qu'il s'agit du contexte sociologique de l'amour, de ses conséquences, il faut un code de la route. Oseriez-vous dire, quand vous circulez sur la route, même quand vous allez voir votre bien-aimée, oseriez-vous dire : aime et comprendrecomme tu veux. Vous verriez les catastrophes qui se produiraient.

Comprendre

D'autre part on dit beaucoup également qu'il ne faut rien faire que l'enfant ne puisse comprendre. J'ai entendu dire cela en Amérique en particulier. Certes, il est bien évident qu'il faut lui expliquer le plus possible, car ce n'est pas un petit animal ; il peut comprendre bien des choses, même jeune, mais tout de même s'il n'est pas en état de tout comprendre ou s'il ne veut pas comprendre, ce qui arrive, et bien il faut faire autre chose. Il est bon peut-être que les éducateurs dans certains cas, dans bien des cas, imitent la force des choses. La force des choses est une grande éducatrice et je le regrette, elle ne donne pas d'explications. On vous dit qu'un enfant sera complexé s'il ne comprend pas ce qu'on lui interdit ou s'il a une petite punition, mais enfin quand un enfant met la main dans le feu, et qu'il est brûlé, est-ce que le feu daigne lui expliquer pourquoi il brûle ? L'enfant retire sa main du feu, il n'est pas culpabilisé pour cela, il n'est pas traumatisé. C'est la force des choses tout simplement. On nous dira évidemment que les enfants d'aujourd' hui sont plus mûrs qu'autrefois. Cela je n'en sais rigoureusement rien ! Mais il faudrait savoir de quelle maturité. On dit aujourd'hui qu'il n'y a plus d'enfants, c'est vrai quand on voit comment grâce aux mass media, les enfants ont desmots extrêmement curieux, ils savent une infinité de choses, mais s'il n'y a plus d'enfants il y a de plus en plus d'infantiles surtout parmi les adultes précisément à cause des facilités que nous offre le monde moderne.

Fribourg ; La femme dans le monde moderne; Genève : Les maladies de la bougeoisie.(Finalités no 39)

En 1977 au Rond-Point à Beaulieu/Lausanne:

Education et socialisme

Mme Marianne Thibaud- Jaccard : Instruction ou révolution.(Finalités no 37) M. Michel Creuzet: La stratégie éducationnelle mondiale : Elements d'appréciation.

Jean de Siebenthal : La formation des élites en Suisse. (Finalités no 32 et 33). Extrait:

L'élite d'une société se compose des hommes qui, particulièrement conscients de la finalité de celle-ci, connaissant suffisamment les caractéristiques de ses membres, sa structure et ses moyens, contribuent à la propulser vers le but chacun selon sa vocation et ses possibilités.

Landsgemeinde

L'ancienne démocratie d'Uri, Schwytz, Unterwald, Glaris, Zoug et Appenzell fournit une illustration remarquable de société répondant aux quatre causes, dotée d'élites agissant en pleine lumière dans la "Landsgemeinde". Cette assemblée populaire, se tenait avec une solennité particulière, avec tout un apparat religieux: On commençait et on terminait par la prière, la cause finale latente dans le Pacte national unissant le destin terrestre de la patrie au destin éternel de ses membres. Les conceptions politiques se basaient sur la foi, et le pouvoir de l'assemblée se subordonnait au pouvoir de Dieu: qu'il s'agisse des lois, du droit de vie ou de mort, du droit de déclarer la guerre, de conclure la paix, de régler la politique extérieure. L'assemblée nommait les titulaires des fonctions et dignités les plus importantes, en gardienne de la cause formelle. Egaux devant Dieu, les membres de l'Assemblée devenaient égaux en droits et en devoirs, libres d'exprimer leur avis sur la marche de leur canton. Mais l'Assemblée déléguait la cause efficiente au Landamann, personne dotée d'une forte personnalité, placé à la tête de la république paysanne, élu chaque année. En fait, les réélections étaient fréquentes à tel point que les chefs les plus énergiques et capables furent continuellement confirmés dans leur charge, et qu'il se forma même de vraies familles de chefs, tant il est vrai que le sens de l'autorité se respire dans une famille où le père l'exerce avec art et plénitude. Cependant, l'accessibilité des plus humbles au plus hautes fonctions restait garantie. Par ailleurs, le landamann ou avoyer-chef était entouré d'un Conseil de 60 membres élus à vie par les corporations politiques ou religieuses du pays, chargé de remplacer l'Assemblée dans les affaires de moindre importance. Quel bel exemple de société élitaire, la participation de tous s'exerçant par des personnes choisies capables de déployer leurs qualités dans la stabilité.

Les élites et l'être

Essayons de pénétrer encore la nature de l'élite d'une société, d'une nation. Nous appartenons à cette élite si, selon nos aptitudes respectives, nous entrons profondément dans la nature et le but des choses, dans leur être. Connaissant d'une manière suffisamment profonde la nature de ces choses, j'agis selon les lois qu'elles portent; je m'accorde avec elles selon l'intention du Créateur et non selon les constructions de mon esprit isolé. Ainsi mon action pourra s'avérer bénéfique, parce qu'accordée à l'être. Fait partie de l'élite celui qui a l'habitus de l'être, celui qui par habitude agit selon la nature créée des choses et des personnes. L'être est infiniment riche et divers: multiples seront ainsi les façons d'appartenir à l'élite, et la capacité économique, la fortune liquide ne confèrent la qualité de membre de l'élite que si elles s'accompagnent d'un engagement suffisant de la personne dans le processus producteur finalisé vers le bien des consommateurs. Celui qui en ce sens fait partie d'une élite accroît la vie de ceux avec lesquels il est en contact; il acquiert la capacité de communiquer son habitus, et c'est cela l'autorité : le rayonnement d'une personne plongée dans l'être.

Autorité et pouvoir

Par ailleurs l'autorité s'extériorise en pouvoir, dont l'exercice consiste à décider en vue du bien commun. Engagé dans la nature du groupe ou de la société, je suis appelé à subir les conséquences des décisions que je prends ou auxquelles je contribue. Décider, c'est assumer les conséquences de la décision, personnellement et pour le prochain. Beaucoup ignorent ce que rappelle Bourdaloue dans son sermon sur l'ambition: les honneurs élitaires sont des charges, des servitudes, des engagements à servir; ce sont aussi des calices de souffrances, des sources d'amertume; de plus, ils ont en eux un caractère sacré et redoutable, en ce qu'ils participent à l'écoulement de l'autorité de Dieu, et ne constituent un profit pour personne. Pourquoi donc chez tant d'hommes cette soif du pouvoir et des honneurs, et cette envie surtout ? Selon la conception proposée ici, le membre de l'élite enraciné dans l'être exerce une autorité extériorisée en un pouvoir, doté de moyens adéquats: la propriété notamment, prise non dans le sens de la possession égoïste, mais dans celui de l'être qui rayonne, en vue d'une meilleure communication des biens. Tous membres de l'élite chacun selon son être; et donc : tous propriétaires diffuseurs...

D'où vient donc cette haine du caractère élitaire ou élitiste de la société, de l'école, sinon du rejet de l'être, de la haine de soi-même en fin de compte, de l'aveuglement portant sur le fait que tout homme peut appartenir à une élite, dans son état, s'il le veut ?

Vie trinitaire

Allons plus profond encore, en faisant appel à la vie trinitaire, combien préférable à la triade dialectique révolu-tionnaire: thèse, antithèse, synthèse. Regardons la vie interne de l'Etre lui même, Dieu, principe exprimé dans l'amour. Plonger dans l'être, c'est percevoir cette vie, s'en inspirer, et la faire passer dans sa vie concrète. Saint Augustin exprimait cela grâce au triple : mémoire, intelligence, volonté; plus près de nous, Soljenitsyne expliquait à la télévision les conditions de la création littéraire, nécessairement trinitaires' Mémoire génératrice : rassembler et trier une vaste collection de faits, de témoignages, de notes, de documents, de références... Intelligence :méditer continûment jusqu'à ce que cette masse s'ordonne, se structure, et que jaillisse l'étincelle d'un regard Ce qui vient d'être dit n'est qu'une approche d'un problème gigantesque. Les considérations politiques et économiques entre pays divers ne doivent jamais perdre de vue quelle sorte d'interlocuteur se tient

Extrait:

Transition

L'homme dépasse l'individu. Si le Corps politique du Genevois peut à la rigueur satisfaire les besoins élémentaires, il le fait par mutilation, mettant l'âme sous l'éteignoir, car ce qui distingue l'homme de l'animal, c'est sa raison et bien plus son âme immortelle. Toute la construction du Contrat repose sur l'individu transitoire aliéné à la société permanente, alors que c'est l'inverse : l'homme, individu doté d'une âme, est une personne axée sur la vie éternelle au sein d'une société civile transitoire, dont la mission est de lui permettre de vivre selon ses be- soins en tant qu'individu, mais en respectant les exigences de la personne, appelée à traverser la vie terrestre pour s'assimiler à Dieu_

Finalité

Le but de la vie terrestre, en effet, c'est la vie éternelle. L'homme est créé pour connaître son Créateur, l'aimer et vivre de Sa vie, qui est trinitaire. Dieu, un et trine, est une communauté de Personnes éternelles qui nous invite à sa vie, et les choses qui sont sur la terre sont pour l'homme en tant qu'il se dirige vers son but ; les sociétés, les communautés, n'existent que dans cette perspective, et leur structure, leur fonctionnement, doivent porter la marque de cette destination.

Le Royaume de Dieu, c'est cela : la vie trinitaire, et le Royaume en nous, et sur terre, c'est la vie trinitaire commencée dans chaque âme, et dans chaque corps social, fût-il éphémère comme tel. De là naissent les communautés de personnes.

Les communautés véritables, selon nous, sont des moyens de parvenir à la vie éternelle, à la connaissance des Personnes divines, et des moyens aussi de connaissance réciproque des personnes humaines impliquées. Le Bon Pasteur connaît ses brebis, et ses brebis le connaissent, mais de plus, elles se connaissent entre elles. Chacun se donnant à Dieu, se donne à son prochain. L'individu roussien se donne à un Tout qui n'est pas une personne, et ne se donne à personne, au lieu que la brebis connue du Pasteur, connaît les autres brebis, les proches surtout. La vraie communauté est faite pour cela, moyen d'aimer le prochain par amour pour Dieu, moyen de communier en Dieu, par Lui et pour le prochain.

Orientée vers Dieu éternel présent, la communauté synthétise passé, présent et futur ; elle se rit de la dialectique du temps, le choix de l'en-avant ou de l'en-arrière prouvant une sorte d'athéisme ; Dieu intemporel, hors de l'espace-temps, reflète le passé, irradie le présent, et ouvre l'avenir.

Taille humaine

Cela engendre des Sociétés communautaires à taille humaine, si nombreuses qu'elles puissent être. La famille bénédictine par exemple ne présente aucune trace de gigantisme : harmonie des familles où l'on est connu de tous, de son Père abbé comme de Dieu et de ses frères en religion. Chaque communauté "personnelle" prend le "vecteur" homme dans toutes ses composantes : spirituelle, culturelle, politique, économique, et parce que la première composante a la première place, tout le reste vient par surcroît, sans omettre de faire les gestes nécessaires à ce surcroît.

De telles communautés constituent un fleuve large et paisible, non sans tourbillons épisodiques, qui se jette dans l'Océan d'amour au terme du voyage, après avoir fécondé les rives. Que dire des 742 communautés cisterciennes du Moyen-Age, complexes : spirituelles par leurs églises, culturelles par leurs bibliothèques, politiques par leur organisation de société, économiques par leurs productions agricoles, forestières, énergétiques, métallurgiques.

L'Europe, née de telles fondations, doit être imitée en cela.

Visage des organismes

''Quand on n'a pas d'idée, on fait de l'organisation" (dit Gonzague de Reynold). Cela arrive dans les sociétés à but mal défini. Dans une communauté de personnes, au contraire, les idées surabondent car Dieu inonde les esprits et les rend féconds. L'organisation jaillit, et point n'est besoin de savantes commissions pour élaborer des projets, ni d'innombrables consultations pour en juger, contradictoirement d'ailleurs. Prenons la Règle de St-Benoît, sortie tout entière des méditations de l'ermite, graine de sénevé, épanouie en larges frondaisons, qui défie l'agitation des siècles. La finalité perçue donne l'organisation par surcroît, fondée sur la responsabilité des personnes, celles-ci restant solidaires de leurs actes, sans rejeter les conséquences éventuellement fâcheuses sur un tout anonyme. Organisation donc fondée naturellement sur des personnes, dont l'autonomie reconnue conduit au principe de subsidiarité. Les relations de subordination normalement consistent en relations d'aide. Gouverner. c'est aider, dans l'ordre. Par suite, les communautés ont un visage : celui de leur chef, et elles peuvent être aimées à cause de ce visage, et à travers lui. Aimer le peuple est nécessaire, mais ardu ; aimer le roi, le landamann, est plus facile ; aimer la France à travers un Saint-Louis, ou un Henri IV a un sens, plus qu'à travers un président-vedette éphémère ou une assemblée parlementaire en conflit permanent. Certains éditeurs de journaux à sensation profitent largement de tels faits : faire aimer Caroline de Monaco est rentable!

Sans être une personne, une communauté constitue néanmoins un être source d'accroissement pour ses membres ; elle a besoin alors d'une juste autonomie pour sa vie propre, et elle compte fondamentalement sur elle-même (self-reliance), portant en elle le principe vital de son développement, sa cause efficiente, don du Créateur.

Enracinement

Une communauté encore, enracinée en Dieu, s'enracine le mieux du monde dans la Création. Elle tire du sol où elle est implantée les choses nécessaires à son existence : énergie, minerai, nourriture comme les fondations cisterciennes. Pa ailleurs, les incomplétudes éventuelles excluront l'autarcie et feront fonctionner les échanges entre les communautés. On frémit de penser à quel point la vie des hommes sur le globe serait métamorphosée, par simple application de tels principes, souvent mis en œuvre par ailleurs.

Répandre les fondations monacales partout, au lieu des kolkhoses et combinats sans âme. Sans flèche d'église montrant le ciel, les bâtiments répandent l'ennui et la laideur, les universités par exemple : usines à produits humains semi -finis et castrés spirituellement. L'enracinement des communautés entraîne leur stabilité, et les entreprises échappent aux manipulations financièrement téléguidées depuis des milliers de kilomètres. La stabilité à son tour crée la tradition, mémoire active sans cesse présente, sans cesse appliquée aux questions du présent, mar quant l'orientation du futur. La vie d'une communauté, c'est sa tradition actualisée, appliquée au présent. De même, en un sens plus large, la politique, science et art des interactions humaines, n'est autre que l'histoire appliquée au présent, mise en acte.

L'enracinement encore nécessite la propriété, prolongement de la personne, garante de sa liberté et de son autonomie dans la durée, par exemple dans le cadre de la première communauté : la famille. D'immense étendues cultivables restent désertes et la place ne manque pas sur le globe pour l'implantation de familles propriétaires dans le rayonnement des centres de spiritualité à fonder partout.

Enracinée dans la Création, centrée sur l'Etre source intarissable, une communauté produira la fécondité dans la diversité. L'Eglise aux innombrables saints, aux très nombreux ordres religieux, aux styles sacrés si variés engendra on le sait une civilisation décrite avec stupeur par un Will Durant par exemple. Les cathédrales gothiques et les églises romanes en restent les témoins irrécusables et le remplacement en notre siècle de la voûte ou de l'ogive par le cube constitue la preuve d'un chute. Et que dire du foisonnement des costumes, des meubles et des styles ? Objecter les ombres n'est pas de mise, car où passe l'homme pousse hélas l'ortie. L'œuvre belle jaillit de la communauté personnifiante, pour exprimer et communiquer l'être perçu, chacun prenant conscience de son degré d'être. Telle fut la Fête des Vignerons à Vevey en 1977. La beauté, témoin inépuisable de la vérité et du bien localisés dans une communauté.

L'homme hôte de lui-même

Dans la communauté des individus, l'homme s'aliène au tout : il sort de lui- même, sa vie devient purement extérieure, et toute vie intérieure lui est même refusée. Toute pensée autonome, même marxiste, n'a pas droit à l'existence en régime communiste. Dans la communauté des personnes, au contraire, l'homme rentre en lui-même. Saint Benoît quitte un monastère dépravé : "Alors il revint à sa chère solitude ; et seul sous le regard du suprême Témoin, il habita avec lui- même". "Chaque fois que nous sommes tirés hors de nous-mêmes par le bouillonnement de nos préoccupations, nous sommes encore bien nous, mais nous ne sommes plus avec nous-mêmes, parce que nous nous perdons de vue, errant ailleurs".

La conversion du prodigue arrive lorsque "Revenant à lui" ~Luc 15, 17) il se souvient de son père.

"Je dis que le saint homme habita avec lui-même, car toujours attentif à sa propre garde, se surveillant et s'examinant sans cesse devant les yeux de son Créateur, il se garda de prostituer au dehors l'œil de son esprit"... "il se garda à l'intérieur des barrières qu'il imposait au roulement de ses pensées".

Merveilleuse efficacité d'une telle attitude! L'ordre qu'il établit en lui-même par la prière et la contemplation diffuse aussitôt dans des communautés données par surcroît, et, à plus longue échéance dans une civilisation.

L'autorité en découle : personnelle, personnifiée en l'abbé, qui ne doit rien enseigner, constituer ou ordonner en dehors des enseignements du Seigneur ; devant rendre compte et de sa doctrine, et de l'obéissance des disciples ; devant exposer par sa parole l'enseignement du Christ aux disciples capables, et aux autres, plus frustes, démontrer le plan divin par ses actes ; montrant à tous une égale charité, une même discipline, selon les mérites. Il doit montrer tantôt la sévérité d'un maître, tantôt l'affection d'un père, fauchant à la racine les vices dès qu'ils paraissent, servant à l'un les encouragements, à un autre des reproches, à un autre des conseils, selon les dispositions et l'intelligence de chacun.

Mais ce père n'a rien d'un despote, exerçant solitairement l'autorité. La participation est bel et bien prévue! "Chaque fois que des choses importantes doivent se traiter dans le monastère, l'abbé convoquera toute la communauté et dira lui même de quoi il s'agit. Puis il écoutera le conseil des frères, réfléchira par lui-même, et fera ce qu'il jugera le plus utile. Mais que les frères donnent leur avis avec toute la soumission de l'humilité, et ne se permettent pas de défendre âprement leur manière de voir. Mais si l'on doit traiter d'intérêts mineurs, on prendra seulement conseil des anciens." Le tout dans une humilité dont douze degrés sont définis, rien n'étant préféré à l'Opus Dei, l'oeuvre de Dieu, la récitation de l'Office divin, les frères s'adonnant à heures fixes au travail manuel, à heures fixes à la lecture divine. Ici, la propriété personnelle est considérée comme un vice, et nul ne peut considérer comme lui appartenant en propre le moindre objet : mais qu'on se souvienne de l'environnement spirituel d'une telle communauté : Dieu rend au centuple ce dont on se prive pour Lui.

Heureux Saint Benoît, parmi tant d'autres! Rentré en lui-même il a vu sa personnalité s'épanouir dans la communauté qu'il a constituée, accordée aux requêtes fondamentales de sa nature et à celles d'innombrables frères. Cette aventure s'est reproduite de nombreuses fois, à l'imitation du Christ, combien présent à lui-même dans sa vie cachée, dans le désert, dans la solitude, constituant l'Eglise, son Corps dans lequel nous sommes appelés à nous insérer. Saint Nicolas de Flue, rentré en lui-même au Ranft, rétablit l'équilibre entre les cantons suisses divisés (en 1481). Mais une telle soumission à la vie intérieure n'est pas requise de tous ; chacun doit trouver une juste proportion entre la vie intérieure et la vie extérieure, faisant décroître celle-ci en esprit au profit de celle-là. L'équilibre est fourni par les grands commandements : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toutes tes forces" et puis : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même".

Aimer Dieu d'abord, s'aimer soi-même en Dieu pour apprendre à aimer le prochain par amour pour Dieu. Chacun se donnant à Dieu, rentre en soi-même, et se donne au prochain. Impossible de se donner à l'homme abstrait, de se vouer au culte de l'Homme, qui n'existe pas. "Chacun se donnant à l'Homme ne se donne à personne". Le Christ n'est pas venu sauver l'homme, mais chaque homme. Cet acte de vie intérieure engendre ou vivifie une communauté, formée de proches, et réciproquement celle-ci aide à cela ; le prochain en chair, os, esprit, m'aide à rentrer en moi pour le mieux aider. Alors la communion de tous procède de la conviction de chacun. L'amour de Dieu qui isole ("quand tu pries..." Matth. 6,6) détermine, mais précède l'amour du prochain qui unit, ciment de la communauté (on relira Augustin Cochin).

A ce point de notre périple, nous percevons les traits de la communauté de personnes : un axe spirituel d'abord, un esprit, l'Esprit ; un visage humain par lequel les personnes se reconnaissent ; une taille humaine où l'organisation se dessine sans peine, suscitant un contexte matériel fécond. A l'image du Dieu esprit, créateur de l'univers, chaque personne, chaque communauté œuvre comme cause seconde à liberté optimale dans un enracinement lié à une tradition éprouvée, génératrice d'œuvre variées et personnifiantes. Une telle communauté postule chaque membre hôte de lui-même, d'où transparence, ordre, amitié, dans la perspective d'une finalité décrite par l'Apôtre : "Pour nous, notre cité se trouve dans les cieux, d'où nous attendons ardemment, comme Sauveur, le Seigneur Jésus-Christ, qui transfigurera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire, avec cette force qu'il a de pouvoir même se soumettre tout l'univers" (Phil. 3,20).

La politique, dit-on, est l'art du possible, mieux, selon Georges Perrin, elle est l'art de rendre possible le nécessaire ; pourquoi ne serait-elle pas l'art de rendre possible des communautés au sens de ce chapitre ?

En 1979 au même endroit:

Les droits de l'homme

Me Henry Chavannes Droits de Dieu et devoirs de l'homme (Finalités no 56)

Extrait :

III La crise moderne de la relation entre Dieu et le monde

Nous ne vivons plus dans l'antiquité ou au Moyen Âge et nous avons quelque peine à nous représenter la manière dont les générations d'autrefois posaient et résolvaient les grands problèmes de la philosophie et de la théologie ; en particulier, nous n'avons que difficilement accès à leur conception de la relation entre Dieu et le monde en général, alors que cette conception, aujourd'hui comme autrefois, exerce une influence déterminante dans tout le domaine de la pensée religieuse.

Pour saint Thomas d'Aquin, qui recueille le fruit de plus de mille ans de réflexion chrétienne, Dieu et le monde ne forment pas un ensemble l'existence de l'univers n'ajoute rien à celle de Dieu et la fin de l'univers n'amoindrirait en rien la richesse et le bonheur de Dieu ; Dieu et le monde, en effet, ne sont pas au même niveau, Mais parce qu'il en est ainsi, précisément, la relation qui unit Dieu et le monde est d'une nature très particulière, sans équivalent dans notre univers. Au plan de la connaissance, le fait pour nous de connaître Dieu est déterminant pour toute notre vie, alors que le fait pour Dieu d'être connu de nous ne l'affecte en aucune manière. Au plan de l'action de la grâce divine dans le monde. la relation est de nouveau inégale l'action de la grâce divine en nous est totale et à son niveau, elle accomplit tout nous sommes en Dieu comme Dieu est en nous. Et au niveau de l'action humaine, nous sommes parfaitement libres et responsables. La grâce de Dieu et notre liberté n'entrent jamais en conflit, parce qu'elles se situent à des plans différents.

La synthèse qui permettait de concevoir une relation une entre Dieu et le monde qui sont pourtant séparés par un abîme infranchissable, est perdue depuis le 13e siècle. Elle n'a cessé de recevoir des attaques sous lesquelles elle a succombé. La première fut celle de Duns Scot, qui dissout l'unité substantielle pure et simple des choses individuelles : celles-ci se composent désormais d'éléments physiques séparables l'un de l'autre, si Dieu le voulait. Désormais, les composantes constitutives des choses, n'allant plus nécessairement ensemble, vont entrer en conflit les unes avec les autres. C'est ainsi qu'à la place de la synthèse et de l'unité nous aurons la dissociation et la lutte.

En vertu de l'analogie qui structure pour l'esprit humain tous les domaines du connaître et du faire, le phénomène va affecter aussi la manière chrétienne de concevoir les rapports entre Dieu et le monde. La relation unitive va céder la place à un rapport d'exclusivité et d'opposition : d'un côté Dieu, de l'autre l'homme ; d'un côté la grâce, de l'autre la nature, et ainsi de suite. Le retournement que nous avons signalé au passage (les droits de l'homme remplacés par le droit de Dieu) est caractéristique de la mentalité moderne.

Sans doute la rupture ne s'est pas faite d'un seul coup. Duns Scot n'a fait que créer une fêlure dans l'ancienne manière de voir. Il n'est pas allé plus loin dans cette voie. Celui qui a fait la brèche, c'est Guillaume d'Occam qui enseigne que le sujet volontaire est libre de toute détermination objective, formelle et finale et qu'il n'est pas ordonné par nature à son bien.

Guillaume d'Occam est ainsi celui qui a engagé la pensée occidentale sur le chemin qui conduit, entre autre, à une notion purement subjective des droits de l'homme.

Le professeur André de Muralt, dans le deuxième des Cahiers de la Revue de Théologie et de Philosophie 14) a raconté comment d'Occam à Rousseau les systèmes de philosophie se sont succédé sans jamais pouvoir réconcilier les éléments arbitrairement opposés par le nominalisme du Moyen Âge décadent. Nous ne referons pas ce chapitre d'histoire des idées. Il nous suffira d'énumérer les résultats de cette évolution.

Les philosophies d'aujourd'hui ne peuvent plus nous fournir l'outil conceptuel qui nous permettrait d'exprimer à nouveau synthétiquement la relation entre Dieu et le monde. Au contraire, les doctrines ambiantes opposent de façon irréconciliable des thèmes qui ne sont pas contradictoires. C'est ainsi que dans la pensée politique moderne, les droits de l'homme s'opposent les uns aux autres. Ils s'opposent à l'autorité de Dieu et à la souveraineté de l'État.

Dans l'action politique, ils dressent les hommes les uns contre les autres ; ils créent un sentiment d'insatisfaction au fond du cœur de chacun d'eux, l'individu étant considéré comme un absolu.

Dans ces conditions, il convient de renoncer à toute déclaration abstraite au sujet de ces droits si estimés aujourd'hui. Il est infiniment préférable d'œuvrer patiemment et humblement dans la famille, dans le métier, dans la nation, pour que se réalisent les conditions concrètes qui permettent l'exercice de droits véritables. Ces conditions sont essentiellement la sécurité et la paix.

Notre conclusion sera ainsi la suivante : nous ne nous laisserons pas subjuguer par le mythe des droits de l'homme et nous remplacerons la morale de la revendication et de l'égoïsme par la recherche du bien commun. Cela fait moins de bruit mais c'est beaucoup plus efficace.

Henry CHAVANNES pasteur Granges-près-Marnand

Conférence prononcée le 18 novembre 1979 au Congrès de l'Office suisse à Lausanne.

Gustave Thibon : Une cité pour les hommes

En 1980 au même endroit:

L'histoire, notre présent

Jean de Siebenthal : La trame de l'histoire (Finalités no 66 et 67). Extrait:

Dimension chrétienne de l'homme

L'homme spirituel en effet, passe infiniment l'homme charnel. Ce n'est que par le culte de Dieu que l'homme se hausse vers la finalité vraie.

L'homme, cet inconnu, disait Alexis Carrel: L'homme, ce continent! faut-il encore le découvrir ? Le Christophe Colomb de l'homme, c'est le Christ, qui révélant Dieu, a révélé l'homme à lui-même. Les religions axes des histoires des hommes ont d'abord garanti la stabilité des sociétés...

... "Rome faisait corps avec ses dieux: sa grandeur semblait liée à l'observance rigoureuse des pratiques de sa religion nationale... Les guerriers et les diplomates se guidaient d'après les Augures, et toute magistrature, civile ou militaire, tenait du sacerdoce... C'est ce culte qui durant des siècles soutint la République et l'Empire... Quand les règles furent violées. Rome vit pâlir sa gloire et son agonie commença... "

En outre, les religions ont toujours montré la direction de l'invisible, de façon brutale et erronée souvent, mais toujours avec ce besoin de transcendance, ce besoin incoercible d'un''Instituant métasocial'', d'un au-delà de justice, de bonté. Le peuple élu, Israël, dépositaire initial de la Volonté divine, fut le berceau de la Révélation, mais, aveuglé, il a rejeté l'Oint du Seigneur, le crucifiant, et deux mille ans montrent que l'essence juive ne peut admettre l'existence du Christ et des chrétiens, négateurs constitutifs de la pérennité juive en tant que terrestre et charnelle. Et l'intelligence de l'histoire est forcée de tenir compte de cet antagonisme fondamental. Les holocaustes imputables à des nations "chré tiennes'' égalent-ils ceux accomplis par les descendants de Caïphe ? Si ces derniers se convertissaient, la plupart des problèmes mondiaux trouveraient solution. Sort pénible que celui des nations baptisées, en passe de retomber dans la carnalité&emdash;"France, fille aînée de l'Eglise, as-tu gardé l'alliance avec la sagesse éternelle'' questionnait Jean-Paul II au Bourget le 1er juin 1980.

Le Christ, axe et centre de l'histoire, Péguy l'a chanté dans "Eve":

Il allait hériter de ce monde charnel,

D'une création épaisse et condensée,

Il allait hériter du monde originel,

D'une création antique et entassée.

 

Il allait hériter du monde Occidental,

Des horizons perdus au loin des promontoires, Et des peuples perdus au large des histoires,

Et des ambiguïtés du monde Oriental.

 

Et les pas d'Alexandre avaient marché pour lui,

Du palais paternel aux rives de l'Euphrate,

Et le dernier soleil pour lui seul avait lui

Sur la mort d'Aristote et la mort de Socrate.

 

Il allait hériter de l'Ecole stoïque,

Il allait hériter de l'héritier romain,

Il allait hériter du laurier héroïque,

Il allait hériter de tout l'effort humain.

 

L'intelligence de l'histoire passe ainsi par la méditation de la vie du Christ, de sa doctrine, des évangiles. Le Christ préparé, le Christ venu, le Christ qui revient au soir du temps. Telle est l'histoire.

A notre mort personnelle, nos oeuvres nous suivent; nous voilà placés devant la trame de notre existence intégrale, avec ses lumières et ses ombres, sous l'éclairage de la Vérité, de Celui que nous aurons implicitement reconnu pour guide. Imaginez le film de votre vie projeté devant un cercle d'amis, de parents; quelques séquences ne vous feraient-elles pas rougir ?

Au soir de l'histoire, le Jour du Christ étalera devant tous les hommes ressuscités la trame entière dans sa dimension sociale, politique, culturelle, et cosmique.

Le droit naturel

Mais le royaume repose dans la nature créée, dans la marque de la loi divine apposée dans la Création, la loi naturelle. De même qu'il y a une métaphysique inhérente à la nature humaine, comme le constatait Henri Bergson non sans dépit, de même:''Tous les hommes sont des juristes nés en droit naturel'' énonçait Bergbohm, lui qui s'était jureé d'expulser à jamais le droit naturel. C'est qu'en effet, l'observation de la trame le montre, l'homme n'est à l'aise intellectuellement que lorsqu'il admet que les choses existent hors de lui, hors de son esprit, qu'elles sont causes et mesure de notre connaissance, qu'elles entrent en nous à l'aide des sens, grâce à l'intellect qui saisit leur essence-forme, constitutive de la chose réelle dans son être. Et bien plus, cette essence est la cause finale de la chose. Tout être tend à la réalisation continue de son essence et le devenir nous est donné pour cela. L'être et le devoir, métaphysiquement, se confondent. L'essence d'une chose est la norme et la fin de son devenir (je cite Rommen: Le droit naturel). L'ordre de l'être ou ordre ontologique, devient ici un ordre moral. "Deviens ce que tu es" Bien vivre c'est tendre à réaliser son essence; agir selon la raison libre pour parachever son essence. Pour l'homme, partie cons tituante de l'ordre établi par Dieu et inscrit dans l'ordre des choses, la loi juridique et la loi morale ne font qu'un. Les lois ont une tâche morale et positive à remplir: rendre les hommes meilleurs et plus vertueux; la loi est une norme des actes libres d'une personne, afin de les ordonner au bien commun. Si l'autorité seule peut faire la loi, ce ne peut être qu'en conformité avec la vérité, qui appartient à l'essence de la loi. ''Veritas facit legem''

Pratiquement le droit naturel consiste en un petit nombre de principes dont l'application requiert une observation attentive des contingences historiques de temps, de lieu, de circonstances, ce qui permet un approfondissement constant des principes. Le Décalogue est à cet effet une charte impérissable et une constitution, des lois, qui l'ignorent, font périr la nation. Voyez le mépris de la vie en Occident et ses conséquences dans la dénatalité.

Ce n'est pas le moment de faire un exposé de droit naturel. Simplement, un regard sur la trame prouve que l'observation de ce droit assure la prospérité des nations, et que la non-observation cause leur ruine; Israël dans l'Ancien Testament par exemple.

Résumant ce deuxième point: s'il est nécessaire de renouveler sans cesse la connaissance des faits, il est également indispensable d'approfondir leur signification en évitant les pièges de la cité des nuées. Distinguer les permanences dans la mer des événements, complète mon être et affermit son extension temporelle.

Il reste encore une dimension capitale: la mise en oeuvre.

III Prolonger la trame

L'action historique

L'histoire se fait sous nos yeux: passifs, avalons-nous le flot des informations sans autre réaction que des mots de dépit, ou bien agissons-nous ? Renoncer à faire l'histoire selon les capacités, c'est subir la volonté de ceux qui la font, et l'astuce des industriels du mal surpasse souvent celle des artisans du bien. Nous ne sommes pas des passéistes, des nostalgiques.

Notre effort de connaissance du passé, par l'éclairage qu'il en donne suscite normalement le désir d'agir correctement dans le présent Ma personne n'a rien d'instantané, sa dimension temporelle enrichit l'organisme, donne aux capacités de réflexion des moyens puissants. Les violations des lois historiques que l'on tente d'effectuer me contrarient, me poussent à tenter de rétablir l'équilibre; les lumières perçues dans le passé peuvent aussi faire surgir en moi la volonté de réaliser une harmonie meilleure.

Seul l'individu qui ne sait rien de l'histoire, l'individu instantané, qui oublie aujourd'hui les nouvelles d'hier, seul un tel individu peut se laisser mener sans résistance, peut se laisser raconter les choses les plus invraisemblables, accomplir des actions absurdes.

Connaissant la trame, imprégné des exemples des prédécesseurs, informé par la loi naturelle, je peux réagir positivement et d'une manière constructive à ce qui se passe, c'est-à-dire vivre, tout simplement. Vivre l'histoire, la connais- sant et la faisant, sachant qu'elle ne présente pas deux fois les mêmes occasions d'agir, telle est la réalité.

La plupart des traités exposent des faits attestés; interprétés par l'idéologie parfois sous-jacente, colorés d'une certaine façon, ces traités tendent au prolongement de leur climat idéologique; certains glorifient le 14 juillet 1789 et la Révolution dite française; d'autres récusent cette Révolution et tendent à un retour au droit naturel. Certains livres ou textes, de Marx, Lénine, Hitler, tendent délibérément à faire l'histoire dans le sens de leur vision historique: lire l'histoire bien ou mal et la prolonger selon l'interprétation adoptée. Voyant partout la lutte des classes dans le passé, Marx la voit dans le présent et dans l'avenir. Schéma simpliste et meurtrier. De là Ziegler, reprenant des idées des disciples de Marx frémit à la conscience de classe advenue d'abord possible, puis en soi, et pour soi.

La conscience de classe pour soi enfin, est la conscience de classe&emdash;encore rarement présente sur notre planète&emdash;par laquelle une classe, celle des travailleurs, élimine de son sein toutes les appréciations conflictuelles latérales et oppose à la violence symbolique dominatrice une totalité alternative cohérente.

La conscience de classe pour soi marque une étape nouvelle&emdash;et non encore advenue&emdash;, sauf par quelques apparitions instantanées passagères&emdash;du développement de l'humanité: étape ou les dernières barrières entre les hommes tombent, où la nation et l'Etat sont vaincus et où la libre fédération des producteurs décide à chaque instant de l'investissement des forces sociales et du travail de chacun. Avec l'avènement de la conscience de classe pour soi, les relations de hiérarchie contre les hommes disparaîtront, des relations de pure réciprocité, de réversibilité constante les remplaceront L'homme se constituera librement à l'aide d'autres hommes&emdash;La subjectivité incomplète de chacun sera réconciliée, enfin, dans un projet humain partagé dont la satisfaction des besoins de chacun, l'épanouissement de tous et le bonheur de vivre seront des paramètres exclusifs. La conscience de classe pour soi appartient à l'utopie positive, au rêve éveillé de l'humanité.

Pour cela il faut "retourner les fusils" contre soi-même et contre sa famille, son pays, se suicider donc.

Faire son histoire personnelle

Dans les courants du présent, mon histoire personnelle compte plus que tout autre, et l'histoire bien ordonnée commence par la mienne. Le passé de mon pays, de ma famille, de ma profession me conditionne, fait de moi un héritier, largement responsable de sa trajectoire temporelle. Réussir l'histoire de ma vie personnelle, quel beau thème, sous le regard de mon Créateur, en usant des moyens qu'll a voulu; la prière est la racine du développement de la personne.

De la Grâce, Seigneur, la terre est pleine.

Enseigne-moi Tes ordres.

Bien sûr, dans l'immense majorité des cas, aucune trace visible ne subsistera dans le sillage de l'humanité. Avoir son nom sur une plaque, cette vanité, est somme toute pour une infime minorité. Mais une vie obscure bien menée cependant, balisée par les vertus, déploie des bienfaits invisibles ici-bas, mais qui resplendiront aux siècles des siècles. Honorer père et mère, devenir père et mère, accomplir son devoir de citoyen, de membre d'une nation, de l'Eglise, telle est la meilleure façon de faire l'histoire. L'homme ne s'épanouit qu'en participant au développement du bien commun, et un temps comme le nôtre requiert fortement cette dimension, pour que l'histoire de nos descendants ne soit pas altérée gravement, voir irrémédiablement pour des siècles, pour dix mille ans même selon un Zinoviev. La civilisation n'aura-t-elle été qu'un mince îlot sur l'océan de l'anti-civilisation qui a englouti déjà un tiers de l'humanité ? La révolution, la gauche, c'est l'anticivilisation; c'est la mort, l'échec partout, des "Accidents de parcours'' en réalité des catastrophes prévisibles et irrémédiables.

Agir dans la cité

Vouloir fortement une société axée sur le droit naturel, faire reconnaître l'antériorité sur l'Etat de la personne, de la famille, de la nation, de la profession, telle est la première pièce de notre action; ensuite que notre société politique (démocratique) reconnaisse officiellement que le droit se fonde sur la morale, que le législateur se laisse agir par les principes du Décalogue bien plus immortels que ceux de 89.

Que les assemblées politiques se placent sous la Croix fédérale en vérité, et non en parodie.

Sinon, nous allons nous trouver dans une situation analogue à celle du Liban. Par la carence et la léthargie des élites et de tous s'installent les Palestiniens qui font de leurs camps des bases d'assaut contre le pays; vient ensuite le Syrien, l'occupant.

Seule la foi soutient les chrétiens libanais, miracle quotidien. Faire l'histoire aujourd'hui consiste à soutenir le Liban chrétien qui ne doit être rayé de la carte. La Suisse le serait aussi, car le léninisme détruit les nations, les chrétiennes de préférence. Debout donc pour sa

Congrès 1981 /Lausanne

Le redressement intellectuel et moral

Jean Madiran : Le redressement politique de l'Occident.(Finalités no 79)

Extrait :

LE DÉCALOGUE

Notre nature humaine, notre ordre naturel, notre bien temporel, nous est donné sous la forme du Décalogue. Dans l'état actuel de l'humanité nous ne pouvons (nous ne sommes pas incapables de tout bien par nous-mêmes) mais nous ne pouvons pas remplir tout le temps et pleinement les préceptes du Décalogue sans la grâce de Dieu, sans la vie surnaturelle, sans l'entrée dans l'Église. Cela, l'Occident au temps de saint Louis par exemple, le vivait spontanément; il était infidèle parce que l'homme est pécheur, mais il le vivait sans même avoir besoin d'en disserter. Depuis, l'Occident a tourné le dos à lui-même.

Je viens de parier de l'entrée dans l'Église, c'est un autre regard sur le redressement politique nécessaire de l'Occident, car toute la société occidentale actuellement, - je crois pouvoir le dire sans être injuste à l'égard d'aucune des sociétés qui composent la société occidentale, - toute la société occidentale se trompe actuellement sur ce qu'est la société politique. Car plus ou moins, mais de plus en plus, la société occidentale se considère comme étant une société de personnes. Or la société temporelle n'est pas une société de personnes, la société temporelle est une société de familles. Bien sûr les familles font des personnes et sont faites avec des personnes, mais la société de personnes c'est l'Église. Pourquoi ? Parce qu'on ne naît pas dans l'Église, on y entre par foi personnelle, on y fait une entrée personnelle. Mais la société civile est une réunion de familles, et le propre de la société occidentale c'est de se défigurer elle-même, de s'autodétruire en ne sachant plus qu'elle est une société de familles et en ne donnant pas à ses composantes en tant que telles, ses composantes nécessaires, l'espace vital, la respiration et les moyens matériels qui lui sont nécessaires pour rester elles-mêmes.

Si vous voulez, ce n'est pas d'une rigueur métaphysique absolue, mais dans l'Église on nous appelle par notre non de baptême, et dans la société par notre nom de famille. La naissance est ce qui fait temporellement que nous sommes français ou suisses, italiens ou allemands, que nous parlons une langue plutôt qu'une autre, que nous avons un héritage, que nous sommes de la société occidentale plutôt que de la société hindoue. Le phénomène de la naissance et donc le phénomène de la famille nous indiquent bien que la société civile est une société de familles. Non pas, comme dit Jean-Jacques Rousseau, une société de personnes, comme si des personnes égales passaient entre elles un contrat social. Et je passe sur cette caractéristique de la nature de l'homme qui a besoin d'être élevé, d'être éduqué pendant très longtemps. C'est pour cette raison que le Décalogue est le secret de la prospérité temporelle, comme disent les docteurs et saint Thomas d'Aquin, pour autant qu'elle est possible sur cette terre à travers mille hasards et circonstances. Dans le Décalogue, la charte de la vie sociale c'est le premier commandement de la seconde table. La première table : les devoirs envers Dieu. La seconde table : les devoirs envers le prochain, dans la vie temporelle. Le premier de ces devoirs, c'est la piété filiale, qui peut être la chose la plus méconnue dans la société civile comme dans la société ecclésiastique du XXe siècle. La piété filiale est la clé de la vie en société temporelle.

Dans le redressement politique de l'Occident il y a beaucoup de choses qui concernent l'action des gouvernements, mais je ne vois pas tellement de chefs d'État en fonction dans voire assistance, je ne vois pas tellement de ministres en fonction, et je ne vais pas vous dire ou essayer de vous demander de réfléchir à ce que nous devrions faire si nous étions ministres de la Défense Nationale. Ce redressement politique de l'Occident qui commande la marche même de notre vie temporelle, notre espace vital, notre activité, ce que nous pouvons lui apporter en tout cas, où que nous soyons, c'est d'abord de conserver la mémoire de notre identité occidentale, de ce qu'a été l'Occident dont nous sommes, et d'apporter à cette mémoire la piété naturelle, la piété filiale.

Ceux qui viennent ici sans trop de préparation, et qui sont les bienvenus, ne connaissent pas ce mot de "piété". Quand je parle de la piété du quatrième commandement, ce n'est pas la piété envers Dieu, c'est la piété naturelle ou filiale que nous devons porter à nos parents d'abord, à nos maîtres, à nos bienfaiteurs, à nos ancêtres, aux héros et aux saints qui ont fait la société dans laquelle nous vivons. C'est une vertu, c'est-à-dire une disposition habituelle à rendre à ceux à qui nous le devons ce devoir de justice. Mais de justice imparfaite. La société occidentale a su et elle ne sait plus aujourd'hui que sur cette terre nous sommes des débiteurs insolvables. Nous avons reçu beaucoup plus que nous ne pouvons rendre quel que soit notre rang. Les plus grands génies, les plus grands savants qui apportent au trésor commun de l'humanité leurs découvertes, leurs travaux, apportent eux-mêmes moins que ce qu'ils ont reçu : la vie d'abord, qu'ils ne doivent pas à eux-mêmes, le langage, l'éducation, l'outil intellectuel dont ils se sont servis. Notre condition naturelle (et dans l'ordre surnaturel c'est encore plus évident) est de savoir que nous sommes des débiteurs insolvables, et que nous ne pouvons rendre l'équivalent de ce que nous avons reçu. Nous le rendons imparfaitement par le sentiment de piété, ce sentiment de piété naturelle, de piété filiale qui fait que les "vraies valeurs de l'Occident", nous les aurons cultivées de manière telle que nous puissions au moins le transmettre, nous ne savons pas à qui. Tout homme vaut qu'on lui dise la vérité pour son destin éternel, mais dans l'ordre politique également, qui est celui dont je vous parle. Vous ne savez pas si l'enfant, l'adolescent dont vous avez la charge ou que vous avez rencontré un jour ne sera pas demain Charlemagne. Nous ne savons pas ce que seront les circonstances, l'avenir politique n'est jamais celui que l'on prévoyait. Il n'y a rien de plus misérable que de prétendre dès aujourd'hui être présent à ce qui se fera demain, car nous ne savons pas ce qui se fera demain. Les nations qui sont entrées dans la guerre en 1939 ne pensaient pas qu'elle se terminerait comme elle s'est terminée. Nous sommes entrés en guerre (entre parenthèses, il faut le rappeler) pour l'indépendance de la Pologne. Parce qu'on était entré en guerre, on devait se battre jusqu'à ce que cette indépendance soit assurée. et cette guerre pour l'indépendance de la Pologne a fait passer la Pologne sous le joug du pire des esclavages. Les circonstances sont imprévisibles : c'est par là que nous pouvons, par en bas, par en dessous, toucher que Dieu est le maître de l'histoire. Il est le maître de l'histoire par ces circonstances imprévisibles. Mais ce qui nous importe avant ces circonstances imprévisibles, ce à quoi nous pouvons quelque chose, c'est notre préparation.

Les circonstances quelles qu'elles soient ne peuvent et ne doivent pas nous surprendre si nous avons la résolution avec la grâce de Dieu d'en tirer le meilleur pour le bien commun. Jean Madiran

 

Hugues Kéraly : Les médias dans la crise untellectuelle et morale.(Finalités no 75-76).

Pierre Dudan : Récital (Finalités no 79) auteur d'un poème dédié au soussigné :

HYMNE A SAINT NICOLAS DE FLUE

PAR PIERRE DUDAN

à Jean de Siebenthal

 

0 Frère bienheureux, pieux et vénérable, Notre seul protecteur en ces temps déplorables, Par la limpidité de votre âme admirable, Soyez dans notre nuit l'étoile secourable

0 Frère bienheureux, Saint Nicolas de Flüe, Daignez prendre en pitié les âmes dissolues, Séduites par le mal et dont la foi reflue ...Que vole à leur secours, du ciel, votre âme élue

0 frère bienheureux, Saint Nicolas de Flüe, Vous qui représentez la sagesse absolue, Rappelez aux humains qui s'engluent dans l'immonde, Que seules les plaies du Christ guérissent les plaies du monde.

Protégez nos foyers, notre coeur vous en prie Veillez sur l'unité sacrée de la patrie ! Que les grâces du ciel s'unissent en sa faveur Intercédez auprès du Christ, notre Sauveur !

Nous vous devrons toujours le meilleur de nous-mêmes, Que notre cher pays ait la Croix pour emblème, Que l'on voit, liliale et pure, se détacher Sur le rouge du sang rachetant nos péchés.

Enseignez-nous l'Amour et l'oubli des remords, Les paroles de vie et non celles de mort. Désignez-nous la voie qui mène à l'essentiel. Vous êtes notre eau vive et notre pain du ciel

Père providentiel du pays où nom sommes, Où règne malgré tout la paix parmi les hommes, L'appel de l'infini et l'amour du fini ...Protégez le sommeil des enfants dans leur nid

Vous qui savez si bien le pardon des blasphèmes, 0 Frère bienheureux, sauvez-nous de nous-mêmes Intercédez pour nous auprès du Fils de Dieu, Etincelant dAmour au Clair Pays des Cieux !

 

Roger Lovey : Histoire et état de la démocratie en Suisse.(Finalités no 72)

...On ne saurait dès lors parler d'une "démocratie suisse" à propos de l'ancienne Confédération. Parce qu'il n'existe que des cantons pleinement souverains et réglant leur vie politique chacun à sa manière. Et l'on peut parler non pas d'un régime suisse mais d'autant de régimes qu'il y a de cantons.

Les cantons montagnards et campagnards possédaient leurs assemblées de citoyens, les Landsgemeinde qui sont l'expression la plus immédiate de la vieille Suisse. Cette assemblée constitue l'autorité suprême de l'État. Parce que la Landsgemeinde était chose importante et digne, elle était entourée de cérémonie d'une solennité qui s'accordait à sa valeur. Chaque citoyen qui y prenait part - et c'était son devoir d'y assister - s'y montrait armé de l'épée de l'homme libre, du soldat. La Landsgemeinde s'ouvrait par une prière et était close par une prière. Par là se trouvait affirmée la conviction que non seulement l'individu dans sa vie privée, mais l'État dans sa vie publique dépend de l'aide et de la protection de Dieu. Par là se trouvait affirmée aussi la conception de l'ancienne Confédération selon laquelle, au-dessus du peuple libre réuni pour exercer des droits souverains, existait une autorité supérieure, l'autorité de Dieu qui était reconnue immédiatement avant et après l'assemblée en un acte officiel. L'ancienne démocratie suisse n'est pas fondée sur l'absolue souveraineté du peuple. Elle reconnaissait au-dessus de la puissance de l'Ét